Vous êtes ici : AccueilInformationsBrèves2252 Création du département de T. et G.

 

00 CREATION DU TARN ET GARONNE 00a


Le sujet de mon intervention de ce matin, se rapporte donc à la création, par Napoléon Bonaparte, du département du Tarn et Garonne en 1808.
 

01 Selon une approche personnelle, je retiendrai en substance, que la problématique qui singularise cette création tardive, s'ordonne autour de trois paradoxes.

1) Premier paradoxe :
 Comment l'Assemblée Constituante a pu ignorer en 1790, l'importance de Montauban et de ses territoires, lors de la création des 83 départements français, pour ne lui attribuer que le « strapontin » de Sous Préfecture du LOT?
 
2) Deuxième paradoxe (le plus étonnant)
 On peut s'étonner, en effet, de l'implication directe et personnelle de Napoléon 1er dans la trame menant à la création  de ce département Français, tandis que bien d'autres soucis majeurs occupaient son esprit et les choix décisifs à mettre en œuvre, notamment en 1808.
 
3) Enfin troisième paradoxe – en marge des deux premiers
  La grande satisfaction, bien légitime des politiques locaux de 1808, d'avoir obtenu de haute lutte ce qu'ils recherchaient, comme d'ailleurs ceux qui se sont succédé au cours de deux siècles d’histoire, n'ont jamais daigné, par simple reconnaissance ou gratitude, laisser une marque significative du créateur du Tarn et Garonne.
 

02 Cela me conduit à vous proposer le plan suivant :

   1) Dans une première partie, j'essaierai de mettre en évidence la dimension des lieux pouvant justifier, aux yeux des constituants de l'époque, la création d'un département autour de Montauban. Pour cela, il m'a paru indispensable de revisiter, notamment à partir de la fin du 16ème siècle l'histoire de la ville, dont l'énorme influence imprime les esprits jusqu'à la révolution de 1789. Il s'agit évidemment de décrire les points les plus significatifs de cette période.
 
 2) Dans un deuxième temps, à partir de sources multiples (archives départementales, histoire locale, dont le caractère réducteur de l’événement ne manque pas d'étonner ; mais surtout une recherche sur internet, axée notamment sur les abondantes correspondances de Napoléon en 1808), je décrirai dans quelles circonstances, comment cette création a été pensée, initiée, étudiée, et enfin obtenue de Napoléon 1er.
 
 3) Enfin, en guise de conclusion, je me permettrai de rappeler les démarches que j'ai personnellement entreprises, au fil du temps, dans le but d’éveiller les consciences des responsables politiques locaux, parmi lesquels, Madame Brigitte Barèges, dont je me réjouis de sa présence ce matin. A ce titre, Madame le Maire de Montauban, nous le verrons plus tard, s’est inscrite durablement, avec détermination, dans ce fragment inédit de l'histoire de ce département. Je m’empresse, ici, de lui renouveler mes sincères remerciements.
 

03 Pour mettre en lumière l’importance de Montauban, notamment du début du 16ème siècle jusqu'à la révolution de 1789, il est nécessaire d'évoquer en particulier, l'influence de la Réforme et de ses conséquences, au cours de cette période ô ! combien mouvementée de l'histoire de la ville.

Inspirée par Luther en 1453, relayée par Calvin, la Réforme gagne du terrain en France dès 1550.  En 1561 elle triomphe à Montauban. Désormais la ville sera à la fois une des places fortes, et une des capitales du Protestantisme français, face à Toulouse demeurée fidèle au Catholicisme.
 
 Après la Saint Barthélémy en 1572, le rôle de Montauban comme capitale du protestantisme Français s'affirme. Henri de Navarre y fait de fréquents séjours. Les consuls de la ville lui font une entrée solennelle ainsi qu'à son épouse, Marguerite de Valois en 1579.
 
 En 1585, Duplessis Mornay, le Pape des huguenots, enserre Montauban dans une enceinte fortifiée, et crée les quartiers de Villenouvelle et Villebourbon.
 
 L'Edit de Nantes, en 1598, consacrera la vocation de Montauban, en en faisant une des places de sûreté majeure. Ces places de sûreté, tenues par un gouverneur, sont attribuées aux réformés, dans le but, à la fois religieux et politique. L’Edit de Saint Germain, en 1570, crée 4 villes fortes : La Rochelle, Montauban, La charité sur Loire, et Cognac.  La ville est aussi une des capitales intellectuelles du Protestantisme, grâce à son Académie fondée en 1598.  L'industrie est aussi florissante, le Montalbanais Guichard de Scorbiac est alors le Conseiller particulier du Roi Henry IV.
 
 Montauban affirme aussi sa foi huguenote lors du grand siège de 1621. Louis XIII, et son favori le Duc de Luynes, doivent reculer devant la détermination des Montalbanais animés par le Pasteur Chamier et le Consul Dupuy.
 
 L'église St Jacques porte encore les stigmates des prétendus 400 coups de canon tirés lors de cet affrontement. La légende fortement enracinée dans l'esprit des Montalbanais, peut conduire à imaginer comme plausible la présence réelle de 400 canons réunis sur les rives du Tarn tirant en même temps sur la cathédrale. Comme elle peut nous porter à croire que l'expression très usitée de nos jours : « faire les 400 coups » est tiré de ce fait d'armes.  Je laisse à chacun le choix d'en tirer le parti qui lui convient.
 

04 En mai 1629, l'intendance s'installe, Richelieu institue la Généralité de Montauban. Crées en 1542 par l'Edit de Cognac, ces circonscriptions administratives, sont dirigées par un Commissaire  Intendant Royal, qui devait résider dans la ville la plus importante de la Généralité.


 En 1661 est crée à Montauban la Cour des aides...Une sorte de Tribunal ayant pour fonction principale les questions de haute finance, et plus particulièrement la gestion de la fiscalité locale.
 

       C'est à partir de 1685 que s'édifie la nouvelle Cathédrale. Monument imposant où triomphe la religion du Roi Louis XIV.  Ses Armes trônent au fronton de la façade centrale de l'édifice.
 

05 Le 18eme siècle voit l'apogée économique de Montauban : Minoteries, tissages de la laine, de la soie, fabriques de faïences, font de la ville une des grandes places économiques du sud ouest.  A cette époque la ville compte 28000 habitants... à rapprocher avec Toulouse qui en révèle 55000.


 En 1744, la société Littéraire  de Montauban, créée par le poète Lefranc de Pompignan – l'ennemi de Voltaire – est érigée en Académie par Louis XV.
 

06  Les débuts de la révolution de 1789, sont accueillis avec ferveur par la bourgeoisie protestante ; notamment par le futur Conventionnel Montalbanais ;  Jean Bon Saint André, qui sera membre du comité de salut public, dont il assurera la Présidence pendant 11 jours.  Officier de marine, qu'il quittera suite à de nombreux naufrages, il s'installera Pasteur à Castres, puis présidera à Montauban la Société des Amis de la révolution de 1789. Préfet et Baron d'Empire, il fit adopter le drapeau tricolore dans sa forme actuelle. Sa statue trône au pied de la façade de l'ancien collège, côté rue Bessières.

Pourtant, malgré l'influence de sa personne, il ne convainquit pas ses homologues Députés à l'Assemblée. En 1790, la ville de Montauban ne sera pas retenue comme Chef lieu de département.
 

07 Un autre Député du Quercy à la constituante : Poncet Delpech, plaidant avec fougue l'obtention du Département, s'est entendu répliquer par ses collègues,  « que la France avait, pour l' l'heure, d'autres préoccupations que s'occuper des problèmes de Montauban et de ses exhortations mesquines ».  La presse de l'époque, devait relayer cette passe d'armes en soulignant que les  que les circonstances étaient trop graves et les préoccupations des Conventionnels  trop considérables pour que les législateurs de la France eussent le temps de songer aux petites jalousies de Montauban contre Cahors.

 
 Chef lieu de district, puis simple Sous Préfecture du LOT, dont le chef lieu est Cahors, Montauban supportera mal cette situation qui la rattache à une ville sans activités économiques et de bien moindre importance en terme de population.
 
 Dès 1790, l'Assemblée Constituante procède au découpage de la France en départements.  Un décret  du 15 Janvier 1790, fixe à 83 le nombre de départements. Cette division remplace les 37 généralités, ou provinces en vigueur sous l'ancien Régime.  La taille des départements est définie de telle façon que chaque citoyen peut se rendre à son Chef lieu en une journée de cheval au maximum. Dans notre région sont crées les départements de l'Aveyron et du Lot à partir des provinces du Quercy et du Rouergue.

08  Comme nous venons de le voir, deux personnages influents au plan national : Jean Bon Saint André et Poncet Delpech, n'arrivent  pas à obtenir gain de cause, au grand désespoir d’un troisième personnage : Mr Vialètes de Mortarieu, Maire de Montauban. Ce dernier, né à Montauban en 1768, est originaire d'une grande famille protestante Ariègeoise de Montesquieu Aventès.  Fait Baron d' Empire en 1808, il fut aussi Préfet de l'Ariège de 1819 à 1830.

 Pourtant ce personnage avisé, n'a pas ménagé ses efforts. La municipalité est installée à l'époque dans le Palais des évêques – l'actuel Musée Ingres – édifié en 1664.
 
 Le dossier « création » constitue la priorité des actions locales. Vialètes de Mortarieu multiplie les démarches, notamment auprès du Saint Siège, pour que sa ville accède au statut dont la révolution l'a privée, dans le but d'obtenir la création d'un Diocèse.
 
 Il est à noter qu'il s'est rendu à Paris le 2 Décembre 1804 pour assister au sacre de Napoléon en l'Eglise Notre Dame, et qu'il a mis à profit ce voyage pour rencontrer nombre de personnalités influentes.
 
 En Mai 1807, il se rend à Saint Cloud à la tête d'une délégation de notables, où il est reçu personnellement par Napoléon. Il expose à l'Empereur avec force conviction, que les conditions politiques, économiques et sociales, semblent réunies pour justifier la création d'un nouveau département dont Montauban serait le chef-lieu. Ces conditions sont longuement développées à partir d'un dossier que Napoléon remettra à ses conseillers pour étude. L'Empereur lui promet de faire examiner son contenu, convaincu de la pertinence des arguments mis en avant.
 

09 Par ailleurs, et ce n'est certainement pas le fait du hasard, le 16 Novembre 1807, l'Archichancelier d'Empire Jean Jacques Cambacérès, qui se rend en Espagne, est reçu avec faste à Montauban à l'hôtel des Intendants, (siège de l'actuelle Préfecture).

Dès son retour à Paris, Cambacérès ne manque pas de rapporter à Napoléon la qualité de cette réception à Montauban. Il en profite pour évoquer le dossier « création » dont l'intérêt n'a visiblement pas échappé à la sagacité de l'Empereur.
 
 Pourtant, le contexte de l'époque n'est pas des plus faciles ni des plus sereins. Pressé par l'urgence des événements, Napoléon se rend en Espagne où la guerre se double d'une révolte des populations.

 

10 Du 16 Avril au 20 Juillet 1808, il va séjourner à Bayonne, au château de Marraq, où il a convoqué le Roi déchu Charles IV d'Espagne, son fils Ferdinand VII qui lui a ravi la couronne, la Reine Marie Louise et son amant, le 1er Ministre Godoy qui vient de sortir de prison.

 Napoléon, considérant la situation gravissime tranche dans le vif et installe son frère aîné, Joseph Bonaparte, sur le trône d'Espagne.  Après ce séjour précipité et mouvementé, Napoléon reprend le chemin de Paris.
 
 Lors de l'étape retour à Toulouse, à l'hôtel des Augustins, Napoléon reçoit Vialètes de Mortarieu, à la demande de ce dernier, le 27 Juillet 1808.  L'Empereur est invité à visiter Montauban toute proche. Il est établit que cette circonstance avait déjà été étudiée en amont et dans le détail.  Napoléon avait prévu en accord avec Cambacérès, de s'arrêter à Montauban au retour d'Espagne.
 

11 Permettez-moi à cet instant, d'ouvrir une parenthèse pour évoquer simplement les préoccupations de Napoléon en cette période agitée et lourde d'incertitudes :
  •   La conjoncture internationale, en cette année 1808, n'est pas des plus favorables à la France.  Le pays, sous la houlette de l'Angleterre, est aux prises avec la 5e coalition des monarchies d'Europe.  Les Batailles décisives d'Essling et Wagram sont en filigrane, contre l'alliance Anglaise et Autrichienne.  Et l'on peut s'étonner que Napoléon puisse consacrer une part de son temps précieux, pour un événement, somme toute, bien mineur par comparaison.
  •   Tout se cumule en négatif au moment où Napoléon est près d'atteindre le sommet de sa puissance et de la gloire après les batailles passées d'Iéna et de Friedland.
  •  Le 18 Juillet 1808, donc quelques jours avant d'arriver à Montauban, il apprend la défaite de Baylen en Andalousie, où le Général Dupont est battu sévèrement, laissant sur le terrain 20000 prisonniers.  Le 18 Août, il apprendra aussi la défaite du Maréchal Junot, battu par le Duc de Wellington. Ce qui ne manque pas de ternir l'image et le prestige de la France.
  •  Le Blocus continental, débuté en 1806, commence à enregistrer des fêlures.
  •  La rupture des relations avec le Tsar Alexandre 1er, après la remise en cause des accords de Tilsit, signés le 7 Juillet 1807 sur le Niemen.
  •   La reprise précisément par la Russie, du commerce avec l'Angleterre, rompant de ce fait l'engagement  du tsar sur le Blocus continental.
  •  Les tracas engendrés par la répudiation de l'Impératrice Joséphine, et le choix pressant d'une nouvelle épouse.  Ne disait-il pas qu'il lui fallait épouser un ventre ! épouse Russe ou Autrichienne... Ce choix se nourrissait aussi du désir calculé de Napoléon de construire une paix durable avec la Russie et l'Autriche, lui permettre d'avoir les mains libres pour en finir avec l'ennemi Anglais, et consolider ainsi l'Empire Français dans ses limites actuelles. Limites qui, après le traité de Presbourg lui avait permis de mettre fin au Saint Empire Romain Germanique créé 8 siècles plus tôt.

 Les soucis sont donc de taille ! Ce qui fait dire à Napoléon, un temps désabusé, s'adressant à son secrétaire Monsieur Ménéval, le 25 Juillet 1808, avant d'arriver à Toulouse... :
 

12 « L'Autriche est en armes, l'Espagne insurgée, les Anglais sont au Portugal, l'Allemagne frémit, la Russie me guette... Et en France on complote, on me trahit, on souhaite ma mort. »

Bref ! C'est donc venant de Toulouse en limousine, avantageusement escorté par sa garde Impériale, que Napoléon arrive à Montauban dans la nuit du 28 au 29 Juillet 1808.

  • Il est signalé à Bressols à 1h moins le quart. Il atteint Montauban à 1h45, accompagné de l'Impératrice Joséphine. Le peuple de Montauban est en liesse.
  •  Le Maire Vialètes de Mortarieu, habile administrateur et fin diplomate, a préparé un accueil grandiose... Des arcs de triomphe ont été dressés par Joseph Ingres, le père du peintre... Gardes d'honneur en apparat, feux d'artifices, demoiselles en robes blanches... Les principales façades des immeubles sont repeintes en blanc... La foule s'ordonne aux fenêtres et balcons illuminés. Ce spectacle dure toute la nuit du 29 au 30 Juillet.
  •  En fin d'après-midi du 29 Juillet, Napoléon rend visite à Castelsarrasin puis à Moissac, où il est reçu par le Maire, Monsieur Jean Pierre Détours. Il dîne à l’hôtel de la Marine chez Madame Lafleur...
  •  Un décret impérial est signé, qui institue Moissac comme Sous Préfecture (elle le restera jusqu'en 1926, pour passer la main à Castelsarrasin).
  •  Ce même décret impérial du 29 Juillet 1808 décide la construction d'un pont sur le Tarn. Cette construction, débutée en réalité en 1812, financée en partie par une souscription des Moissagais, sera dédiée à la Duchesse Marie Thérèse d'Angoulême, la sœur de Louis XVI. Ce pont sera finalement achevé en 1825, et inauguré en 1852, par Napoléon III en personne. Une petite anecdote de ce passage à Moissac… Monsieur Pierre Delbrel, ancien Commissaire Conventionnel, dont on dit qu’il était de ceux qui avaient brandit un poignard à l’adresse de Bonaparte, au jour du coup d’Etat du 18 Brumaire 1799, et que deux grenadiers avaient expulsé de la salle des Cinq cents en l’empoignant sous les aisselles, se voit interpelé par Napoléon… « Tu veux toujours m’assassiner Delbrel lui aurait-il dit en riant !! Que souhaites-tu pour ta belle ville de Moissac ? Sire, un pont et une sous-préfecture !! Tu auras les deux !! Mais il te faut aussi un Tribunal et je t’en nomme le premier président !! Sire, je refuse ce titre, car je ne veux qu’en tant qu’homme libre prêter aucun serment, fut-ce à votre majesté !!! Je te sais honnête homme, tu ne prêteras point de serment et tu seras premier Président… »
14 Revenus à Montauban, Napoléon et Joséphine passeront la nuit du 29 au 30 Juillet 1808, à l’hôtel des Intendants.

 Ce matin du 30 Juillet, de très bonne heure -Napoléon est un lève tôt qui se rattrape par un court sommeil intermittent-  il effectue une promenade à cheval, en compagnie du grand Maréchal du Palais Michel Duroc, du Chef d'Etat Major de la Grande Armée le Maréchal Berthier, et du Duc de la Force filleul de Louis XVIII.
 
 Le Duc de la Force est aussi le frère de la Duchesse de Balbi, favorite du Comte de Provence, futur Louis XVIII.  Comploteuse contre Napoléon, elle a été envoyée en exil par l'Empereur à Caen en 1806.  Elle revient à Montauban chez son frère en 1808 dans l’hôtel qui porte encore son nom. Il s'agit de l'hôtel à colonnes qui a été occupé jusqu'à ces temps derniers par la Chambre de Commerce et d'Industrie de Montauban,  Allée de Mortarieu. 
 Napoléon et son escorte empruntent le faubourg Lacapelle, suivent Montauriol, puis entreprennent de descendre la côte Tortre jusqu'à la rivière du Tescou. 

15  La ville lui plaît. Elle ne lui est pas tout à fait étrangère. Il vient de  nommer Baron d'Empire, le Général de Division Jean Pierre Doumerc, Chef d'escadron à Marengo, Colonel à Austerlitz... Son nom figure sur la façade nord de l'Arc de Triomphe de l’Étoile à Paris.

 D'autres notables vont recueillir les mêmes distinctions en la personne des Généraux Montalbanais : Laplanche et Saint Géniès.
 

16 Montauban est aussi la ville natale du Marquis de Guibert, dont les traités de stratégie et de tactique militaire n'ont jamais quitté le chevet de Napoléon, et ce depuis son régiment de Valence, où il servait comme lieutenant en second, (il avait 16ans).

N'est-il pas aussi subjugué par l'accueil qui lui est réservé. Il entreprend une visite en  compagnie de Joséphine... Ils sont partout acclamés... Joseph Ingres les accompagne. Il leur sert de guide.  L'Empereur lui fait remettre une somme d'argent en récompense de la part prise dans l'organisation de son accueil.
 
 Napoléon s'enquiert aussi de l'état du commerce de Montauban, de sa population, de ses revenus.  En traversant la place impériale, qui fut aussi royale, et enfin nationale, il est interpellé par un groupe de jeunes en goguette, qu'il salue de la main avec un large sourire.    Arrivé à l'hôtel des Intendants, une vieille femme demande avec insistance à rencontrer l'Empereur des français... Présentée à Napoléon, elle s'annonce en ces termes :
 
 « Sire, je me nomme Peyronne Lacaze, veuve de Jean Labruyère, vigneron de la paroisse du Fau.  Le plus jeune de mes fils est mort des suites de ses blessures reçues lors du siège de Mantou en 1797. Sa grande bravoure lui a valu l’attribution d'un fusil d'honneur que voici. »  Madame Labruyère dépose le dit fusil aux pieds de Napoléon, visiblement très ému... Il se penche vers elle avec déférence, prononce quelques mots, la salue avec aménité. Puis il ordonne sur le champ qu'on lui attribue une pension de 300 francs.
 

17 Au cours de la très studieuse réunion qui se tient à l'hôtel des Intendants, Napoléon écoute attentivement les élus et les personnalités choisies en raison de leurs compétences. On lui présente la carte de la région, fait prendre des notes, pose de nombreuses questions... La légende tenace avance à ce sujet que Napoléon aurait spontanément posé son point sur l'une des cartes, et tracé le contour de celui-ci au moyen d'un crayon... ce qui tendrait à expliquer la forme de Y que configure l'actuelle géographie physique du Tarn et Garonne. 

       En fait, il apparaît plus réaliste de retenir la thèse officielle, d'une étude basée sur des données cadastrales,  et ce d'autant plus vraisemblables  que l'Empereur avait reconstitué fondamentalement et rénové le cadastre Français en septembre 1807. Il a été également tenu compte  des potentialités socio- économiques qu'offraient les richesses de la région.
 

18 D’ailleurs, la note extraite de mes recherches, que je vais vous lire, atteste bien du caractère précis de cette base d’étude. Elle a été adressée le 31 juillet 1808 à  Mer Maret son Ministre de l'intérieur :     «   Il est impossible de laisser la ville de Montauban dans l'état d'abandon où elle se trouve. Il convient de la créer Chef lieu d'un nouveau département dont le territoire sera pris sur les départements voisins. »
 
19 Le Lot a 380000 habitants ; on lui ôtera l'arrondissement de Montauban et de Moissac avec 100000 habitants. La Haute Garonne a 433000 Habitants ; on lui ôtera l'arrondissement de Castelsarrasin avec près de 100000 habitants. Le Lot et Garonne  a 533000 habitants ; on lui ôtera Valence et 50000 habitants.
20  Le Tarn a 272000 habitants ; on lui ôtera un arrondissement de 30000 habitants. On pourra aussi ôter au Gers 12 à 15000 habitants.
21 Le nouveau département, qui portera le nom de Tarn et Garonne, aura donc 300000 habitants.  Sa majesté désire que le Ministre fasse faire la carte de ce nouveau département, pour la lui présenter avant la fin du mois d'août 1808 avec les projets de loi et de règlement. Cette affaire devant être portée au prochain Corps Législatif.

En définitive, c'est donc à partir des descriptions arrêtées dans cette note, que la configuration géographique du département de Tarn et Garonne a été transcrite, à l'exception d'une partie du Tarn qui n'a pas été retenue.
 
Je vais vous citer à présent une petite anecdote qui est venue bousculer quelque peu le protocole établi : 30 jeunes filles en robes blanches, disposant chacune d’un énorme bouquet de roses blanches, ont attendu en vain l’apparition de l’Impératrice Joséphine, ce matin du 30 juillet 1808 à l’entrée d’honneur de l’hôtel des Intendants, pendant que Napoléon s’adonnait à la découverte de la ville et de ses environs… il aurait été question d’une migraine !! La fatigue sans doute… mais rappelons surtout que les amours du couple déjà tumultueuses s’étaient singulièrement dégradées, Napoléon s’apprêtant à répudier Joséphine, car elle ne pouvait lui donner l’héritier légitime tant désiré
 

22 C'est donc en cette fin d'après midi du 30 juillet 1808, avant de reprendre  le chemin vers ;  Agen, Bordeaux,  Rochefort, et Paris, que Napoléon va prendre congé, après avoir reçu les clés symboliques de la ville de Montauban ; (Ces dernières sont  exposées au Musée Ingres). 


 S'adressant au Comte de Scorbiac et au Baron Vialètes de Mortarieu, il déclare en ces termes : 
 «  Je suis satisfait de l'amour que m'ont témoigné mes fidèles sujets de ma bonne ville de Montauban. J'ai vu avec peine les pertes qu'elle a éprouvées. Je la rétablirai dans ses droits.
Vous pouvez la considérer comme Chef lieu de département. Je la mettrai au rang des principales villes de l’empire. »
 

23  Ainsi, le 4 Novembre 1808, un arrêt du Sénatus Consulte – le Conseil d'Etat -  décrète la création du Tarn et Garonne.  Napoléon devait contre signer ce texte, depuis le Camp militaire Impérial de Burgos le 21 novembre1808, marquant de ce fait la filiation Espagnole du département. 

 Par décret du même jour, il nommait le premier préfet d'Empire ; Mr Le Pelletier d'Aulnay, âgé de 26 ans. Ce dernier devait prendre ses fonctions officielles, le 26 novembre 1808 à l’hôtel des intendants. Cet Hôtel avait été acheté par Napoléon pour la somme de 50000 francs.
 
 Rappelons que Napoléon a aussi aidé financièrement la ville en apurant notamment la charge d'emprunts restant due : 35000 francs sur les 85000 francs empruntés pour l'acquisition du palais des Evêques. D'autres sommes ont été également remises au Maire pour financer des travaux en cours, et pour l'aide aux plus démunis.
 
 La construction de ce jeune département explique tout de même  la diversité des paysages Tarn et Garonnais. Fait de morceaux épars de Quercy,  de Rouergue,  de Gascogne,  le Tarn et Garonne est parvenu, 200 ans après à une incontournable unité autour de Montauban.
 

24 On constate ainsi que le bon vouloir du prince a joué un rôle majeur. Deux hommes d'Etat, et non des moindres : Richelieu et Napoléon, ont pesé de manière décisive sur les destinées du département, né lui même de la volonté du Comte de Toulouse : Alphonse Jourdain, fondateur de la ville de Montauban en 1144. 

    Permettez-moi, au terme de cette partie le l’exposé, de redire ma surprise de voir que Montauban n'a jamais voulu marquer cet évènement qui n'est point anodin. Aussi, la volonté de m'impliquer activement dans cette problématique, et susciter l'intérêt plus engagé des élus locaux, me conduit-elle à vous faire part de démarches laborieuses auprès de deux Maires de Montauban. 

25 En 1976, une opportunité s'est présentée. Mettant en avant la relative légitimité que je pouvais extraire de mes attributions conférées par la Présidence de l'Association Départementale des Corses et Amis de la Corse, conforté par mes compatriotes, je rencontrai  le Maire de Montauban ;  Mr Louis Delmas, personnage emblématique. 

 Je me mis en devoir de lui proposer le nom de Napoléon 1er à l'espace aménagé qui venait de s'ouvrir, suite aux importants travaux de restauration du centre ville. Comme un fait exprès, ma proposition s'est trouvée malencontreusement en situation de très vive concurrence.  En effet, certains demandeurs  militaient farouchement en faveur d'un personnage qui marquait fortement les esprits de l'époque : Mr Salvadore Alliende, président du Chili, qui perdit la vie dans les conditions dramatiques que l’on sait.
 
 Aucun des deux noms n'a été finalement retenu ;  les voix exprimées lors d’un Conseil Municipal « Ad Hoc », dûment constitué, étaient partagées, me disait-on, à égalité de suffrages.  C'est ainsi que le boulevard, en attente de titre, pris le nom neutre, de boulevard Midi Pyrénées.  Plus tard,  Mr Salvadore Alliende se voyait gratifié de la rue qui porte son nom, et qui se situe le long du bâtiment enserrant  le Centre Culturel Eurythmie.
 
 

26 Vingt six ans plus tard, en septembre 2002, le paysage politique local me paraissait ouvrir, à tord ou à raison, des perspectives plus favorables à remettre le couvert !!

  Madame Brigitte Barèges était Député Maire de Montauban depuis un an.  Je remis la même proposition au goût du jour, alléguant notamment l’opportunité que pouvait  offrir la célébration en novembre 2008, du Bicentenaire de la création du département par Napoléon 1er en 1808. Le moment venu de ces célébrations en 2008, un programme de festivités et autres démonstrations historiques relatif à l'organisation du Bicentenaire, a été établi en commun, réunissant la Préfecture,  le Conseil Général et la mairie de Montauban. Mais rien n'y était indiqué faisant référence à un baptême d'espace, de boulevard, de rue, qui serait  dédié à Napoléon 1er. Seule, une proposition par la Maire, non encore formalisé, visait  l'ex pont SNCF dit de la voix de Lexos, en situation de réaménagement routier.
 
 Entre-temps, ce projet, venant  à prendre forme, et sur proposition consécutive de Madame Brigitte Barèges, je déclinai à regret  son invitation  estimant que cet ouvrage excentré, éloigné de la ville et  de ses centres d'intérêt, ne me paraissait pas répondre au poids symbolique espéré.
 
 Ainsi vont les choses dans ce monde pour le moins curieux…  Dans ce contexte particulier serait-il exagéré d’avancer que l’ostracisme, voire le mépris ayant longtemps frappé la personne de Napoléon 1er, contraste singulièrement avec l'opinion fortement majoritaire des français, lesquels, suite à un sondage effectué par la très sérieuse revue «HISTORIA », jamais démenti, placent l'Empereur, après Louis XIV et avant le Général de Gaule, au panthéon des grandes figures ayant œuvré pour la grandeur et le prestige de la France.   
 
 Mais enfin, le temps faisant son œuvre, et contre toute attente, tout fini par arriver pour qui s'arme de patience, après un parcours laborieux de 32 années...
 
 Ainsi donc, en août 2008, encore année du bicentenaire, Madame Brigitte Barèges, perspicace et tenace dans son désir de bien faire, me propose de débaptiser le fameux Boulevard Midi Pyrénées, en le rebaptisant « Allée de L'Empereur ». Imaginez l’importance d’un tel évènement alors que tout espoir paraissait à jamais compromis !!! Ce baptême fut célébré le 5 septembre 2008. 

 

27 La nouvelle Allée, dont son réaménagement paysagé vient à peine de se terminer - pour ceux qui ne connaissent pas encore - s'étend de l'Esplanade des Fontaines jusqu'à la Préfecture, pour rejoindre, dans son prolongement, les allées de Mortarieu, également en situation de réaménagement dans un style identique.  

28

Faut-il y voir là un signe de la providence, qui saurait réunir harmonieusement, sur le même alignement géographique,  les mémoires d'un Empereur, attentif au désir et aux besoins de ses contemporains, et d’autre part, d'un Maire avisé et éclairé, Pierre-Joseph Vialètes de Mortarieu, qui fut l'instigateur infatigable de la création, par ce même empereur, de ce beau département de Tarn et Garonne.
29 Je vous remercie de votre attention.


 
Sforzini Roger- 1976 - 2008

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