Chronique d'une mort annoncée - le Pharo

Article écrit par le Médecin-en-chef Yves PIRAME,02 pirame G

ancien médecin des Troupes Coloniales,

dans "Le courrier des lecteurs" en octobre 2011

Médecin-en-chef PIRAME

Ancien du Pharo, et même grand ancien (promotion 1955), je désirerais renchérir sur mon jeune camarade le médecin général inspecteur Francis KLOTZ.

J'étais aux 17èmes Actualités du Pharo pour la dernière édition.

Partagé entre une immense tristesse et la rage d'un gâchis inouï.

Ainsi au prétexte de misérables économies, alors qu'il y a tant d'argent pour les tonneaux des Danaïdes de clientélismes qu'il ne faut pas nommer, il se sera trouvé des responsables français pour rayer de nos atouts un tel patrimoine !

Il est devenu de bon ton de décrier l'action de la France outre-mer, le psittacisme anticolonial n'épargnant même pas maintenant nos savants et nos médecins.

Mais avant sa disparition, il faut rappeler une ultime fois que l'Institut de Médecine Tropicale du Service de Santé des Armées, dont la liquidation honteuse n'est plus qu'une question de mois, est l'héritier de la glorieuse Ecole d'Application du Service de Santé des Troupes Coloniales qui ouvre en 1905 à Marseille dans le quartier du Pharo. De là le nom sous lequel elle sera en son temps universellement connue.

A la fin du XIXème siècle l'expansion coloniale de la France s'accompagne d'une action médicale ambitieuse assignée à partir de 1890 à un corps civil de santé des colonies. Les difficultés de sa gestion entraîneront sa militarisation et son rattachement aux Troupes coloniales dont il devenait en 1903 le service de santé. La prise en considération des conditions particulières de l'exercice outre-mer conduisit à mettre en place un enseignement pratique approprié. Ce fut à Marseille. Le 1er février 1907, l'Ecole d'application du service de santé des Troupes Coloniale accueillit sa première promotion de 42 médecins et 4 pharmaciens. Suivront des milliers de praticiens qui seront les artisans du développement sanitaire que vont trouver les états devenus indépendants.

Lorsque j'ai quitté le corps en 1976, la France avait les moyens d'envoyer, à travers le vaste monde, huit cents des nôtres, et des centaines de VSN et de VAT. De nos jours pratiquement plus personne. Les armées ne sont plus le vivier des tropicalistes de terrain qui faisaient le succès de l'enseignement dispensé au Pharo.

Et pourtant existe-t-il un autre exemple d'un fléau millénaire dont les vainqueurs avaient la même et unique origine, comme ce fut le cas de la peste avec Alexandre Yersin pour la découverte du bacille, Paul-Louis SIMOND pour la transmission par la puce, Georges GIRARD et Jean-Marie ROBIC pour le premier vaccin ? Ils étaient tous les quatre des médecins des Troupes Coloniales. Pas un Prix Nobel pour aucun de cette phalange bienfaitrice de l'humanité. Il est vrai que le médecin militaire Alphonse LAVERAN avait déjà été en 1907 le premier Français à le recevoir pour sa découverte de l'hématozoaire du paludisme le 6 novembre 1880 dans le sang d'un fiévreux à l'hôpital de Constantine en Algérie.

Comme l'écrivait le premier doyen de la jeune faculté de médecine de Dakar, le Professeur Maurice PAYET, il y a bien longtemps :
Qui a fait mieux, et où ?

Au train où ceux qui sont aux affaires se débarrassent de l'héritage colonial, conservera-t-on au moins les noms de Paul-Louis SIMOND et d'Eugène JAMOT, le pionnier légendaire de la lutte contre la maladie du sommeil, aux allées menant aux bâtiments historiques de l'ancienne Ecole d'application ?

Après la fermeture de l'Ecole de Santé Navale, la France persiste et signe.

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