Diapo 00 a le Maréchal Koenig

Diapo 00b

Colonel Gilles LATTES


Diapo 01

    Des quatre généraux Français élevés à la dignité de Maréchal de France à la suite de la seconde guerre Mondiale , le Maréchal Pierre Koenig est sans nul doute le moins connu. Il fut pourtant un combattant exemplaire comme le démontre l'important palmarès des décorations qui lui ont été décernées tant à titre Français qu'à titre étranger.
Parmi les décorations françaises on relève qu'il était Grand croix de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération , titulaire de la Médaille Militaire et de trois Croix de guerre avec 9 citations, de la Croix du Combattant et de 10 autres distinctions, portant à 17 le nombre de décorations françaises auxquelles se rajoutent 27 autre titres décernés à titre étranger. Comme on peut facilement l'imaginer c'est bien dans l'engagement sur le terrain et les divers théâtres d'opérations que ce remarquable palmarés a été obtenu. La carrière militaire du Maréchal Koenig nous servira de fil rouge pour évoquer des épisodes marquants et peu connus de la deuxième guerre mondiale essentiellement avec les Forces Françaises Libres.

   Issu d'une famille d'origine alsacienne, Marie, Joseph, Pierre, François Kœnig étudie au collège Saint Joseph, puis au lycée Malherbe à Caen. Lorsque la guerre éclate il n'a que seize ans. Il patiente une année et après avoir obtenu son baccalauréat, il s'engage en 1917 au 36e régiment d'infanterie. En février 1918, à l'issue de son stage à l'école militaire d'Issoudun, il est promu aspirant et rejoint au front son unité. Il participe à la bataille des flandres en mai, à celle du Matz en juin-juillet puis à l'offensive de l'Oise en août-septembre 1918.

Diapo 02  Cité et décoré de la Médaille militaire,  il est promu sous-lieutenant en septembre 1918 et prend part aux combats de l'Ailette en octobre 1918.
Affecté au 15e bataillon de chasseurs alpins, il sert en Silésie de 1919 à 1922
 Diapo 03 La Silésie  qui apparaît ici en rouge sur la carte d'Europe est une région qui s'étend sur trois Etats comme le montre la carte de droite sur la diapo: la majeure partie se situe au sud ouest de la Pologne ,une partie se trouve au delà de la frontière avec la République Tchèque et une petite partie en Allemagne.) Il est ensuite affecté dans les Alpes (1922-1923) avec le grade de lieutenant.
Muté à l'Etat-major des 40e et 43e divisions d'infanterie il sert jusqu'en 1929 en qualité d'officier de renseignement des troupes d'occupation en Allemagne.
 Diapo 04  ( Les zones d'occupation apparaissent en jaune pour les Belges, en rouge-marron pour les Britanniques et en bleu pour la France qui administre également la Sarre matérialisée ici en vert)
Il effectue son temps de commandement de capitaine au 4e Etranger au Maroc
 Diapo 05  où il prend part aux opérations de pacification (1931-1934). Il reste au Maroc jusqu'à la déclaration de guerre de septembre 1939.Il quitte l'Afrique du Nord en février 1940, et prend part à l'expédition de Norvège au sein de la 13e demi-brigade de Légion étrangère, puis à l'Etat-major du Corps expéditionnaire français en Scandinavie commandé par le Général Audet. Le Corps Expéditionnaire Français, associé à un corps de troupe britannique, comprend une brigade polonaise.
Diapo 06  (La 13° DBLE est rattachée à la 1ère Division Légère de chasseurs commandée par le général Bethouart (Le général Audet à gauche sur la diapo et le général Béthouard)
Nous allons faire un premier zoom sur cette expédition à Narvik, port norvégien par lequel transite le fer en provenance des mines de Kiruna, en Suède. En hiver, il est le seul port praticable en raison des glaces qui obstruent les autres ports de la région, Il offre un accès direct à l'océan Atlantique par lequel le fer suédois peut être exporté. Or, 50% des importations en fer de l'Allemagne proviennent de Narvik et on comprend l'importance stratégique de cet objectif.
 Diapo 07  (Cette diapo montre l'invasion allemande du 9 avril 40. Elle indique les 4 points de débarquement dont le port de Narvik le plus au nord et la voie férée reliant Narvik à la mine de Kiruna. A droite une illustration de la bataille navale et des combats terrestres.)
A cette époque, Pierre Koenig est capitaine, adjoint du Lieutenant colonel Magrin-Vernerey.
Diapo 08  (Ici à droite sur la photo ) Sans entrer dans le détail de cette expédition on retiendra seulement les exploits de la 13°DBLE qui le 13 mai, à Bjervik (située au centre du croquis et au fond du fjord ) livre son premier combat, conquiert quatre objectifs, force l'ennemi à fuir en abandonnant de nombreux prisonniers, des armes automatiques, des équipements impossibles à dénombrer et jusqu'à dix avions bimoteurs.Du 28 mai au 2 juin, le lieutenant-colonel Magrin-Vernerey et ses légionnaires gagnent à Narvik ce que l'on a appelé «la seule victoire française de 1939-1940», victoire qui leur vaut d'être cités à l'ordre de l'Armée, avec attribution de la Croix de guerre avec palme de vermeil, pour avoir libéré 60 prisonniers alliés, fait 400 Allemands prisonniers, capturé 10 canons et un très important matériel.
Diapo 09 Un mot sur le patron de cette 13° DBLE, le Lieutenant Colonel Magrin-Vernerey qui à peine revenu en Bretagne, le 16 juin, avec 500 de ses hommes, rejoint 5 jours plus tard, le 21 juin, les Forces Françaises Libres en Angleterre et adopte alors le pseudonyme de Monclar (du nom du village de Monclar-de-Quercy, dans le Tarn-et-Garonne, d'où sa famille est originaire). Il est promu au grade de colonel. A noter que son ralliement intervient juste après l'appel du Général de Gaulle du 18 juin.La particularité de cet officier c'est qu' il refuse de participer aux combats de ralliement au Gabon pour ne pas avoir à combattre des Français. Il réitère en juin 1941 en refusant de combattre en Syrie contre d'autres Français.

  Il s'est illustré à la tête de la brigade française libre d'Orient en Érythrée, où il prend et rentre dans la ville de Massaoua avec une section d'éclaireurs motocyclistes et fait prisonniers l'amiral Bonatti, commandant des forces italiennes en Afrique orientale, 8 autres officiers généraux, 440 officiers et 14000 soldats des forces italiennes. Enfin en 1950, général de corps d'armée il échange ses étoiles pour les galons de Lieutenant colonel pour commander le 1er Bataillon Français de l'ONU en Corée.
Notre histoire compte un nombre important de ces héros de légende dont les exploits mériteraient bien d'être rapportés, mais nous allons revenir à la carrière de Pierre Koenig que nous avons quitté au poste d'adjoint du futur Monclar qu'il suit au sein des FFL-les Forces Françaises Libres- nom donné aux forces armées ralliées à la France libre sous l'égide du Général de Gaulle.

Diapo 10 Ces forces ont été crées le 1er juillet 1940 et dissoutes le 1er aout 1943 date à laquelle elles ont été fusionnées à l'armée d'Afrique du Général Giraud. Elles ont participé à la guerre livrée en Syrie et au Liban contre les forces de Vichy en juin et juillet 1941 et aux batailles de Massaoua (évoquée plus haut) et de Birhakeim et, en 1942 à celle d'El Alamein.

Peu de temps après leur création une partie des FFL participe à l'opération sur Dakar du 23 au 25 septembre 1940. Cette bataille essentiellement navale fut un fiasco. Néanmoins le corps expéditionnaire terrestre comportait 1450 hommes. Suite à cet échec les FFL sont réparties dans les colonies ralliées: Tchad, Cameroum, Congo et Oubangui-Chari.

Diapo 11 On retrouve le commandant Koenig dans l'opération de reconquête du Gabon. Cette colonie est toujours sous l'autorité du gouverneur Masson qui a proclamé sa fidélité à Vichy .

Une épine Vichyste au milieu de l'Afrique Equatoriale était insurportable , d'autant que le Général de Gaulle désirait utiliser l'A.E.F comme base arrière pour lancer des attaques contre la Libye contrôlée par les Italiens. La décision est prise d'occuper le Gabon par une opération militaire et de chasser le gouverneur. L'opération prévue ne se fera qu'avec des forces et des moyens logistiques réduits et uniquement avec des Forces Françaises Libres sous les ordres du Lt - Colonel Leclerc soit 1100 hommes répartis en quatre groupements qui bénéficient de l'appui de deux avisos et un cargo et du groupe de combat aérien N° 1 comprenant 15 appareils (3 Dewatine D 520 – 6 Bristol Bleinheim – 6 Lysander et 2 avions estafette Luciole). La flotte Anglaise ne participait pas directement à l'opération , mais se tenait au large pour empêcher les croiseurs venant de Dakar d'intervenir, s'ils en avaient l'intention.
    Le 27 octobre 1940 , le groupement Dio descend du Cameroun vers le sud et prend la ville de Mitzic après des accrochages en particulier près de Ngomo . Les groupements Parent et Delange venant du Congo remontent vers le nord , s'affrontent aux troupes Vichystes près de Sindara , s'emparent de Lambaréné le 5 novembre puis se dirigent vers Port-Gentil . Le groupement Koenig avec des éléments de la 13éme Demi-Brigade de la Légion Etrangère et un bataillon colonial mixte : Sénégalais et colons du Cameroun , embarqués sur le Casamance avec le Lieutenant-colonel Leclerc , quitte Douala au Cameroun . Ces forces débarquent le 8 novembre à la Pointe de de la Mondah. Le 9 novembre , des Lysanders partis de Douala bombardent l'aérodrome de Libreville qui sera pris par le groupement Koenig , après avoir rencontré une forte résistance . Le 12 novembre 1940 , le reste des forces de Vichy après de longs pourparlers , capitule à Port-Gentil tandis que le Gouverneur Masson qui s'était rendu à Port-Gentil avec l'aviso pour demander à la garnison de cesser le combat , par désespoir, se suicide sur ce même bateau à son retour.
    Après la campagne Gabonaise, le corps expéditionnaire français libre prend la dénomination de Brigade Française Libre d'Orient sous les ordres du Colonel Margrin- Vernerey dit Monclar et va rejoindre l'Erythrée après un périple particulièrement long.

Diapo 12  ( On remarquera sur cette diapo l'importance des Empires coloniaux Anglais en vert ,Français en jaune foncé ,et Italiens en rouge .) En effet, le 6 janvier la Brigade embarque à Free Town en Sierra Léone, les navires transportant la brigade doublent le cap de Bonne Espérance le 20 janvier. Après une escale de cinq jours à Durban le convoi pénètre dans le golfe d'Aden le 11 février pour atteindre Port Soudan le 14 Février.Il a quand même fallu cinq semaines pour contourner l'Afrique Australe et retrouver la terre ferme.
 Diapo 13 Le 25 février la Brigade Française d'Orient, sous les ordres du colonel Monclar, rejoint devant Keren (situé à la pointe de la flèche bleue venant du Nord sur la diapo de droite) le bataillon de marche N°3 du commandant Garbay qui a traversé l'Afrique d'Ouest en Est (de Moussoro-Fort-Lamy au Tchad jusquà l'Erythrée) soit 2000 kilomètres. La Brigade qui comprend environ 4000 hommes va s'engager dans la campagne d'Erythrée. Elle est mise à la disposition du général Briggs commandant la VII° Brigade Anglaise des Indes. Nous n'allons pas détailler cette campagne qui s'est déroulée du début février au 30 avril 1941.

(On rappellera simplement la prise de Massouah (port sur la mer rouge situé à la convergence des deux flèches bleues les plus à l'est sur la diapo de droite ou à l'est de la capitale Asmara sur la diapo de gauche) dans laquelle s'est illustré le colonel Monclar et on notera au passage que les généraux britanniques, souhaitant conserver les territoires sous influence britannique, ne voient pas d'un bon œil l'arrivée de troupes françaises sur leur pré carré: la guerre en Afrique orientale doit rester une affaire britannique. Ils leur confient des missions considérées comme mineures.
Cependant surpris par les exploits des légionnaires sur l'Enghiahat qui permettent de prendre à revers les troupes italiennes et enlever Keren, puis par les manœuvres audacieuses des compagnies de légionnaires pour enlever la place forte de Massouah, les généraux britanniques décident de ne plus se priver d'une unité d'élite telle que la 13eB.L.E. Dès la fin des opérations en Erythrée, la Brigade d'Orient est dissoute et toutes les unités françaises libres qui la composaient sont envoyées en Palestine. Le voyage de Massaoua à Suez s'effectuera à bord du transport de troupes français libre «Paul-Doumer».

 

Diapo 14  Les raisons de l'intervention des FFL en Syrie méritent d'être exposées. Reportons-nous à l'année 1941, où le Levant suscite de plus en plus d'intérêt pour :
-les Français, qui s'y trouvent en raison d'un mandat confié à la France par la SDN ; c'est normal ;
-les Britanniques, qui n'ont jamais supporté de bon coeur la présence de la France au Moyen-Orient ; c'est un fait ;
-les Français Libres, qui voudraient bien faire entrer ces territoires dans la guerre
-les Allemands, enfin, qui, vainqueurs dans les Balkans, dominent la Méditerranée de Palerme à Rhodes, menacent alors la position anglaise en Égypte et s'apprêtent en outre à attaquer la Russie.
 Diapo 15 La syrie c'est aussi le terminus des pipes-lines qui amènent le pétrole Irakien.
Le général Catroux (ici en haut à droite ) est nommé, en 1941, délégué du général de Gaulle pour le Moyen-Orient. La 1re Division Légère de la France Libre est alors formée.Le général Legentilhomme ( en bas à droite ) la commande. Il rassemble, en mai, au camp de Qastinah (Palestine), les formations – 5 400 hommes environ – qui reviennent du combat, soit de Libye, soit d'Érythrée. (Sur cette diapo la Palestine y figure telle qu'elle était en 1941.)
 Diapo 16 (De nos jours les limites de cet état ont considérablement été réduites comme le montre cette carte  d'un demi siècle de grignotage. Comment ne pas s'étonner des conflits de cette zone ? )
Le Général Wavell admet enfin la nécessité d'entreprendre une action de guerre au Levant ce sera l'opération «exporter» et puisque les Britanniques sont résolus à intervenir en Syrie, il ne faut pas que l'élimination, par les armes, de l'armée française du Levant entraîne l'éviction de la France de cette région. La présence des FFL à leurs côtés permet de maintenir les droits de la France.
 Diapo 17 Le 4 juin les combats s'engagent entre l'Armée du Levant, fidèle à Vichy, commandée par le général Dentz qui dispose de 30 000 hommes contre les 20 000 du général Wilson. Après de furieux et sanglants combats la convention de Saint Jean d'Acre met fin à la guerre. On compte 1066 tués et environ 4500 blessés du côté des Forces Françaises du Levant. Les alliés ont perdu en tués et blessés 1160 Australiens, 1900 britaniques et Indiens, et les Français libres 650.
(La diapo à l'écran montre à gauche la position des troupes au sud et à l'est au début de la campagne. On y remarque également les pipes-lines qui arrivent aux ports de Tripoli et Haïfa. La partie à droite illustre la violence des combats entre attaques et contre-attaques)

 

Diapo 18

Le 14 juillet le Général de Gaulle déclare: «Nous ne pouvons nous réjouir de succès obtenus contre nos frères. Même après la victoire, nous continuerons à porter le deuil des nôtres tombés en Syrie, aussi bien de ceux qui ont combattu dans nos rangs que de leurs adversaires, victimes de la trahison de quelques hommes qui ont sacrifié la France pour mieux servir Hitler.» Ainsi qu'il l'avait dit avant les combats, aucune décoration ni citation n'est accordée aux Français Libres pour leur action en Syrie.
La convention d'armistice de Saint Jean d'Acre,  signée le 14 juillet entre la délégation britannique du général Wilson et la délégation vichysiste du général de Verdilhac exclut le général Catroux.

Sur le plan territorial, il est décidé que les forces alliées occupent la Syrie et le Liban, et que les forces françaises soient concentrées dans des zones fixées par une commission mixte. Les armes détenues par les troupes de Vichy et le moyen de rapatriement en métropole des officiers et des troupes font l'objet d'âpres négociations entre les deux généraux. La question la plus délicate porte sur les modalités permettant de choisir entre le ralliement ou le départ vers la métropole. Cet accord, dans lequel la France libre n'est pas mentionnée et n'obtient donc pas le matériel militaire de l'Armée du Levant, porte exclusivement sur les questions de reddition. D'autre part, il est décidé que les troupes syriennes et libanaises, dites troupes spéciales, passent sous commandement britannique.(L'entente cordiale sur le plan politique est égale au «fair play» britanique sur le plan sportif!).
Pour le général de Gaulle, ce texte équivaut «à une transmission pure et simple de la Syrie et du Liban aux Britanniques.» Pas un mot des droits de la France, ni pour le présent, ni pour l'avenir.Il est évident que cet accord ne convient absolument pas au Général de Gaulle qui se rend au Caire pour rencontrer le ministre d'Etat chargé des affaires britanniques en Orient, Oliver Lyttelton. A la suite de ses entretiens avec Lyttelton, de Gaulle obtient satisfaction le 24 juillet. Un accord «interprétatif de la convention de Saint Jean d'Acre» permet à la France libre d'entrer en contact avec les troupes de Vichy, d'évoquer la possibilité d'un ralliement de celles-ci, de récupérer leurs armes. Quant aux troupes spéciales, c'est-à-dire les troupes syriennes et libanaises, elles passent finalement sous le commandement des troupes françaises libres.
Ainsi, la Grande-Bretagne reconnaît la place de la France au Levant sur les plans politique et administratif, tandis que la France accepte le commandement militaire de la Grande-Bretagne, selon les conditions bien précisées dans les textes acceptés le 25 juillet.
La Première Division Légère de France Libre est dissoute et renait sous la forme de deux brigades françaises libres indépendantes combattantes.
-La première avec à sa tête le général Koenig
-La deuxième avec le général Cazaud comme chef.
Une troisième brigade restera au Liban Français et en Syrie jusqu'à la fin de la guerre pour assurer la protection de ces pays.
Dans la biographie de Koenig on relève qu'il est promu colonel début 41 et général de brigade en juillet 41. Il semble bien que cette époque favorise l'avancement. Comme Leclerc ,capitaine à son ralliement en 1940, et Général de Brigade en 1942. Mais il est vrai que selon Corneille «aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années.»

Diapo 19 Quittant la Syrie et le Liban le 30 décembre 1941, traversant la Palestine et l'Egypte, la 1ère BFL prend position à la frontière libyenne, bien en arrière du front de la VIIIe Armée, mais où Rommel a laissé un "hérisson" qui tient le col d'Halfaya  et menace la sécurité de l'unique route du ravitaillement véritable cordon ombilical des armées alliées. Le 17 janvier 1942, la 1ére BFL et les Sud-Africains reçoivent la capitulation de la garnison d'Halfaya (5 000 prisonniers).
Se portant sur le front principal, 300 km plus à l'ouest, la 1ère BFL prend position à El Mechili au Sud du dispositif allié le 20 janvier 1942, au moment précis où Rommel, reprenant l'offensive, bouscule les troupes alliées près de la côte et menace de tourner la position tenue par les Français Libres.
Exécutant les ordres de la VIIIe Armée, les troupes du Général Koenig se replient au sud de Gazala, puis se retranchent le 14 février 1942 dans un point du désert appelé "Bir Hakeim" qu'elles aménagent en position fortifiée.
Diapo 20  Entre-temps, Rommel se trouve à court d'essence et de ravitaillement de toute sorte car Hitler a donné la priorité absolue au front de Russie. L'Afrika-Korps doit arrêter sa progression vers l'est et se retranche sur une ligne Nord-Sud-Ouest Gazala, El Mechili.
Commence alors une guerre étrange où les lignes adverses forment un V renversé. Près de la côte, à Gazala, les adversaires sont au contact, mais 100 km plus au sud, la position de première ligne de Bir-Hakeim est à 100 km des positions ennemies.
Diapo 21 C'est le temps des «Jock-Columns» où les patrouilles motorisées adverses se livrent, dans le «no man's land» à des batailles qui font penser aux engagements navals, et aux rezzou. (Ici quelques vieilles photos pour illustrer ce qu'étaient ces jock columns )Une Jock-Column est un groupement tactique constitué d'éléments d'infanterie motorisée, d'une batterie d'artillerie tractée, d'un peloton d'automitrailleuses, d'une section de canons antichars de 75 mm, d'éléments légers de DCA, du génie et de transmissions radio
Bir hakeim est un verrou qui empêche l'Africa -Korps de contourner les positions alliées pour les prendre à revers. Du 27 mai au 10 juin 42 la garnison subit les violentes attaques répétées des troupes de l'axe. La 1ére DFL évacue, de vive force, la position dans la nuit du 10 au 11 juin.
Diapo 22  (Les positions alliées apparaissent en vert. Les flèches rouges-brun marquent les troupes allemandes ,les blanches avec les pointes rouge-marron les troupes italiennes) Le déroulement de cette bataille mériterait d'être détaillé mais le meilleur hommage rendu à cette défense héroïque provient du Maréchal Rommel qui dans ses mémoire raconte: «Une invitation à se rendre, portée aux assiégés par nos parlementaires, ayant été repoussée, l'attaque fut lancée vers midi, menée du nord-ouest par la division motorisée Trieste, et du sud-est par la 90e division motorisée allemande, contre les fortifications, les positions et les champs de mines établis par les troupes françaises.

 La bataille de juin commença par une préparation d'artillerie; elle devait se poursuivre pendant dix jours durant et avec une violence peu commune. Pendant cette période, j'assumai moi-même, à plusieurs reprises, le commandement des troupes assaillantes. Sur le théâtre des opérations africaines, j'ai rarement vu combat plus acharné.»
La sortie est un succès complet et Rommel, ignorant que la position de Bir Hakeim a été désertée pendant la nuit, lance un nouvel assaut au matin. Ses hommes n'y découvriront que des cadavres ainsi que quelques blessés n'ayant pas réussi à fuir. La Luftwaffe, qui a épuisé son carburant au cours de 1 400 sorties au-dessus de Bir Hakeim, n'en a plus assez pour poursuivre et bombarder les colonnes FFL et britanniques qui s'échappent.
Toujours dans ses mémoires Rommel écrit:
«Le 11 juin 1942, la garnison française devait recevoir le coup de grâce. Malheureusement pour nous, les Français n'attendirent pas. En dépit des mesures de sécurité que nous avions prises, ils réussirent à quitter la forteresse, commandés par leur chef, le général Kœnig, et à sauver une partie importante de leurs effectifs. À la faveur de l'obscurité, ils s'échappèrent vers l'ouest et rejoignirent la 7e brigade anglaise. Plus tard, on constata qu'à l'endroit où s'était opérée cette sortie, l'encerclement n'avait pas été réalisé conformément aux ordres reçus. Une fois de plus, la preuve était faite qu'un chef français, décidé à ne pas jeter le fusil après la mire à la première occasion, peut réaliser des miracles, même si la situation est apparemment désespérée. Dans la matinée, je visitais la forteresse, théâtre de furieux combats ; nous avions attendu sa chute avec impatience. Les travaux de fortification autour de Bir Hakeim comprenaient, entre autres, 1200 emplacements de combat, tant pour l'infanterie que pour les armes lourdes».
De nombreux autres témoignages soulignent cette magnifique résistance qui a constitué un succès stratégique décisif. Parmi ces témoignages on retiendra celui d'Adolph Hitler qui déclarait sans ambages : « C'est bien une nouvelle preuve de la thèse que j'ai toujours soutenue, à savoir que les Français sont, après nous, les meilleurs soldats de toute l'Europe....... Il nous faudra absolument, après cette guerre, nouer une coalition capable de contenir militairement un pays capable d'accomplir des prouesses sur le plan militaire qui étonnent le monde comme à Bir Hakeim »
Entretemps, radio Berlin avait diffusé un communiqué: «Les Français blancs et de couleur, faits prisonniers à Bir Hakeim, n'appartenant pas à une armée régulière, subiront les lois de la guerre et seront exécutés.». Charles de Gaulle ripostait immédiatement sur la BBC: «Si l'armée allemande se déshonorait au point de tuer des soldats français faits prisonniers en combattant pour leur patrie, le général de Gaulle fait connaître qu'à son profond regret il se verrait obligé d'infliger le même sort aux prisonniers allemands tombés aux mains de ses troupes.» La même journée la radio de Berlin proclamait: «À propos des militaires français qui viennent d'être pris au cours des combats de Bir Hakeim, aucun malentendu n'est possible. Les soldats du général de Gaulle seront traités comme des soldats .»
Pour l'anecdote, Rommel, impressionné par la résistance française et s'apercevant que les prisonniers français mouraient de soif, donna l'ordre de leur attribuer une ration d'eau égale à celle que recevaient les soldats de l'Axe, ce sur quoi il fut en accord avec Mussolini qui avait exigé de ses troupes que les prisonniers français fussent bien traités. Charles de Gaulle, enfin, envoya un message au général Kœnig: «Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil.

Diapo 23 Au passage petite parenthèse pour découvrir l'adjudant-chef Susan Travers seule femme enrôlée dans la Légion, rescapée de Bir Hakeim. Une héroïne de la dernière guerre, «chauffeur du général Koenig pendant les campagnes de Syrie et Lybie, légionnaire en Indochine ensuite». En juillet 1940, elle atterrit chez les Français libres à Londres, et obtient de partir pour l'Afrique, comme infirmière. Interdit de sympathiser avec les hommes, dit le règlement. En route pour la Corne de l'Afrique, elle tombe amoureuse de Dimitri Amilakvari, prince russe si beau dans son uniforme de commandant de la Légion étrangère française. En Syrie, le regard bleu-gris et la petite moustache gaullienne du nouveau commandant des Français libres d'Afrique, Marie-Pierre Koenig, lui font oublier son légionnaire russe. «Adjudant Travers, vous serez mon nouveau chauffeur», ordonne Koenig, le 17 juin 1941. Chauffeur et maîtresse, aussi, pendant deux ans. En Syrie, à Beyrouth, en Palestine, en Lybie... Il l'appelle la Miss, elle lui renvoie du «colonel», puis du «général». A Bir Hakeim Susan le conduit à la bataille, dans une Ford exténuée. Koenig à l'arrière, lui donnant ses ordres à coups de pied dans le dos, Amilakvari, le prince russe, en navigateur à ses cotés. Elle avance entre les balles, les mines, les obus. Le lendemain, ils sont sortis du «chaudron». Rommel est battu. «Félicitations, la Miss», dit Koenig. Fin de la parenthèse.
Diapo 24 Le 21 juin, Rommel s'empare de Tobrouk garnison britannique de 35000 hommes . Il y capture 2000 véhicules, dont 30 chars, en état de marche, 2000 tonnes d'essence et 5000 tonnes de vivres. La poursuite de la 8e armée continue, et Rommel investit Marsa Matmut avant d'arriver le 30 juin à El Alamein situé à 160 km d'Alexandrie. Cette bataille prit fin le 27 juillet 1942 sans qu'elle soit réellement gagnée ni perdue par qui que ce soit. Les deux armées fortifièrent leurs positions en posant des barbelés, en creusant des tranchées, en fabriquant des casemates et, bien évidemment, en enterrant un grand nombre de mines anti-chars. Une deuxième bataille fut déclanchée le 23 octobre.
Diapo 25 Les deux armées s'étaient renforcées : Rommel disposait de 104 000 hommes (dont 27 000 Allemands), 489 chars (dont seulement 38 Panzer IV), 750 canons antichars (dont 86 de 88 mm), 470 pièces d'artillerie et 350 avions. Montgomery avait une force de 200 000 hommes, 1 029 chars (dont 252 nouveaux Shermans) 1 400 canons antichars, 1 200 pièces d'artillerie et 750 appareils. Montgomery pouvait également faire appel aux 1 000 chars et 1 500 avions stationnés en Égypte. La Royal Navy coulait les 2/3 des pétroliers et navires de transports allemands qui faisaient route vers l'Afrique du Nord, Rommel manquait donc de carburant, de munitions et de médicaments pour ses troupes touchées par la malaria et la dysenterie.

( La disparité des troupes alliées apparaît clairement sur cette diapo qui montre du nord au sud les unités des différents pays qui combattent côte à côte : Australie, Royaume Uni, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud, Grêce et France)
Au cours de cette deuxième bataille la 1 ère DFL est engagée dans une opération de diversion chargée de soulager l'attaque principale des forces alliées qui se déroule à El Alamein en Egypte. Là, elle participe à la difficile attaque du piton de l'Himeimat, parvient à immobiliser deux divisions blindées mais perd son chef prestigieux le colonel Dimitri Amilakvari, commandant de la 13° DBLE qui y est mortellement blessé.

Diapo 26 (Le massif de l'Himeimat est situé au bas de la diapo secteur dans lequel opère la 1ère DFL et où est tué le Colonel Amilakvari).
Ces deux batailles coûtèrent aux Britanniques 26 000 hommes et aux Allemands 81 800 (dont 7 000 prisonniers).
Le1er février 1943 les deux brigades françaises libres qui avaient été qualifiées de Forces Françaises du Western Désert au sein de la 8° armée britannique plus une troisième venue de Djibouti sont regroupées pour former la 1ère Division Française Libre commandée par le général de Larminat.
Diapo 27  (Un mot sur le général de Larminat qui se voit confier, en juin 1962, la présidence de la Cour Militaire de Justice en charge de juger les acteurs de la rébellion d'Alger d'avril 1961. Il se donne la mort le 1er juillet 1962, car, selon son fils, il préférait mourir en soldat plutôt que d'avoir à choisir entre juger ses pairs et désobéir à l'ordre du Général de Gaulle.)
Le général koenig est nommé adjoint et participe à la campagne de Tunisie (avril-mai 1943),
Diapo 28  à la suite de laquelle il est promu général de division et prend le commandement de la 1ère DFL. De juin à août 1943 la 1ère DFL et la colonne Leclerc qui prend le nom de 2° DFL sont envoyées en «pénitence» à Zouara dans le désert de Tripolitaine. Pour comprendre cette mise à l'écart il convient de revenir au 13 mai, jour de la capitulation des troupes germano-italiennes de Tunisie. La 1re DFL fait sa jonction avec les unités de l'armée d'Afrique engagées en Tunisie or le colonel Le Coulteux de Caumont, qui commandait le groupement blindé de la division d'Oran s'était battu contre les FFL en Syrie. On peut facilement comprendre que les retrouvailles étaient loin d'être chaleureuses. De Gaulle confie à Larminat le commandement du groupe de divisions françaises libres .
Diapo 29 Très hostile à Giraud, Larminat refuse que les FFL et l'armée d'Afrique participent ensemble, le 20 mai, au défilé de la victoire à Tunis. (Sur la diapo de droite pas très lisible figurent les généraux juin, Catroux, Alexander, Eisenower, Grant et les attachés des puissances étrangères) Bien que de Gaulle soit désormais installé à Alger (30 mai 1943), Giraud ordonne aux FFL de regagner la Tripolitaine. Cette décision exaspère l'antagonisme entre l'armée d'Afrique (qui compte 300.000 h) et les FFL (forte de 50.000 h). Le 31 juillet il est mis fin aux engagements dans les FFL
Le 1er août 1943, le général Koenig quitte le commandement de la 1ère DFL pour prendre les fonctions de chef d'Etat-major adjoint de l'Armée à Alger et y opérer la fusion entre les troupes d'Afrique du Nord et celles de la France libre qui vont poursuivre le combat sous le nom d'Armée Française de Libération. La tâche n'est pas facilité avec pour toile de fond l'antagonisme Giraud – de Gaulle.
Diapo 30 A ce sujet on rappellera que le CFLN  (Comité Français de libération Nationale) a été créé le 3 juin 43 par la fusion du Comité National Français du général de Gaulle et du Commandement en chef Français civil et militaire du Général Giraud. Cet exécutif bicéphale place de fait Giraud comme commandant en chef des Forces Françaises mais se trouve placé sous l'autorité de de Gaulle qui, à la tête du Comité de Défense, supervise les opérations militaires. Une vraie rivalité qui tourne à la guerre entre les deux hommes.
Diapo 31 Finalement de Gaulle finira par évincer Giraud pour devenir le Président du Gouvernement Provisoire de la République Française qui en juin 1944 succéda à l'Etat Français. Reconnu officiellement par les Alliés (le 3 octobre 1944) le Gouvernement provisoire s'affirme comme le représentant de la nation, ce qui lui permet d'éviter l'administration de la France libérée par les Alliés et d'assurer le rétablissement des institutions républicaines.
Diapo 32 De plus la création de ce gouvernement officialise la poursuite de la guerre et vaut à la France de participer à la signature de la capitulation allemande et d'obtenir une zone d'occupation en Allemagne. Le GPRF entreprend la reconstruction politique et matérielle du pays.
En 1944 le Général Kœnig est nommé Délégué du Gouvernement provisoire de la République française auprès du général Eisenhower  et, en même temps, commandant supérieur des Forces françaises en Grande-Bretagne et commandant des Forces françaises de l'intérieur (FFI).

Promu général de corps d'armée le 28 juin 1944, il est nommé Gouverneur militaire de Paris le 25 août suivant et le reste jusqu'à la fin des hostilités. C'est en qualité de gouverneur et mandaté par le Général de Gaulle qu'il est chargé d'arrêter le Maréchal Pétain à Vallorbe à la frontière suisse le 26 avril 1945.
Comme indiqué au début de l'exposé, la biographie du Maréchal Koenig nous a essentiellement servi de fil rouge pour évoquer à travers son parcours les principaux événements peu connus de la seconde guerre mondiale. Nous allons donc poursuivre cette plongée dans l'histoire pour savoir quand et comment s'achève celle de notre héros.
En juillet 1945, le général Koenig est nommé Commandant des Forces françaises en Allemagne puis est promu général d'armée en mai 1946. Il quitte son poste en Allemagne en août 1949 pour prendre celui d'Inspecteur des Forces terrestres, maritimes et aériennes de l'Afrique du Nord. Parallèlement, il est vice-président du Conseil supérieur de la Guerre.
En 1950, le général Koenig est élu membre de l'Académie des Sciences morales et politiques.
Député du Bas-Rhin en 1951, réélu en 1956, Pierre Koenig est président de la Commission de la Défense nationale de l'Assemblée nationale d'août 1951 à juin 1954.

Diapo 33 Elu membre de l'Assemblée consultative européenne en août 1951, il est ministre de la Défense pendant deux mois dans le cabinet Mendès-France (juin à août 1954) puis de nouveau pendant quelques mois au sein du cabinet Edgar Faure (février-octobre 1955).
Pierre Koenig est également membre du Conseil de l'Ordre de la Libération.
Le général Koenig est décédé le 2 septembre 1970. Ses obsèques se sont déroulées en l'Eglise Saint-Louis des Invalides. Il a été inhumé au cimetière de Montmartre à Paris.Pierre Koenig a été élevé à la dignité de Maréchal de France à titre posthume par décret du 6 juin 1984.
Diapo 34 Ainsi à travers l'évocation de la vie du Maréchal Koenig nous avons pu découvrir tout un pan quelque peu méconnu de l'histoire de la seconde guerre mondiale et, en particulier, l'épopée des Forces Françaises Libres.

 Près de quatre vingts ans après l'entrée en guerre de notre pays nous devons nous remémorer les événements qui ont profondément marqué cette époque particulièrement sombre de notre histoire. Cette période a vu se creuser une importante fracture du peuple français: les «légitimistes» de Pétain et les «dissidents» de de Gaulle. Nous devons nous souvenir et tirer les enseignements de ces sanglants épisodes qui ont divisé le pays et où paradoxalement ceux qui sont morts d'un côté comme de l'autre, sont morts pour que vive la France.

Eylau 1807, mort du général d'Haupoul, naissance du colonel Chabert.

Diapo1

Diapo02 L'idée de cette étude remonte à une visite de l'Abbaye Ecole de Sorèze. Nous étions dans la « Salle des Illustres »qui regroupe les bustes et les portraits des anciens élèves ayant connu une certaine notoriété : Lacordaire, Déodat de Séverac, Emmanuel de Las Cases, Jean-François de La Pérouse, les généraux Marbot (dont on reparlera plus tard), Andréossy (dont une caserne de Montauban porte le nom), Laperrine ( qui repose au Hoggar aux côtés du Père de Foucault) Bourmont ( qui déserta la veille de Waterloo et commanda l'expédition d'Alger en 1830) et des Montalbanais connus comme Marcel Sémézies et Yvan Reverdy qui présida l'Académie de Montauban en 1982-1983.

 

Je m'étais arrêté devant le buste du général Jean Joseph d'Hautpoul, lorsque la personne qui nous accompagnait me dit : « Savez vous que le général d'Hautpoul, mort à Eylau a inspiré à Balzac le personnage du colonel Chabert ». Cette intervention me remémora un ouvrage de Jean-Paul Kauffman « La chambre noire de Longwood » dans lequel il relate un double voyage à Sainte Hélène et Eylau sur les traces de l'Empereur, ce qui m'incita à m'intéresser à cette bataille ; plus récemment, le même Jean-Paul Kauffman a édité un autre ouvrage « Outre terre » dans lequel à l'occasion d'un deuxième voyage à Eylau il étudie en particulier l'éventualité d'une filiation balzacienne entre d'Hautpoul et Chabert. J'avais présenté, l'année dernière, lors d'une séance privée de l'Académie de Montauban, une chronique d'une vingtaine de minutes sur ce sujet, ce qui fait que lorsque l'UTAM me sollicita pour effectuer une conférence, je décidais de faire de cette chronique un exposé plus complet que je vais vous présenter maintenant.
   Nous verrons donc dans un premier temps la bataille d'Eylau en insistant sur sa spécificité par rapport aux autres batailles de l'Empire ; puis je vous exposerai la vie et la carrière de Jean-Joseph d'Hautpoul, un de nos proches voisins puisque né près de Gaillac ; nous verrons enfin l'histoire de Hyacinthe Chabert telle qu'elle apparait dans le roman de Balzac, essayant de trouver les raisons qui ont pu faire croire à une filiation entre le héros réel et le personnage de roman.

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1°- La bataille d'Eylau.

Diapo03 Cette bataille s'est déroulée dans ce qui était alors la Prusse Orientale, à 40 kilomètres au sud de Königsberg, la ville des Chevaliers Teutoniques et du philosophe Emmanuel Kant. En 1945, ce territoire allemand depuis 700 ans est devenu une enclave russe l'Oblat de Kaliningrad, Joseph Staline l'ayant revendiquée en compensation des destructions subies par l'URSS pendant la 2éme Guerre mondiale du fait de la Wehrmacht.

 Les Allemands qui n'avaient pas fui en 1945 devant l'Armée rouge, furent expulsés en 1948 vers l'Allemagne, laissant la place à des migrants venus des 4 coins de l'Empire soviétique. Königsberg est donc devenu Kaliningrad du nom d'un membre du Soviet suprême particulièrement fidèle à Staline, Friedland désormais s'appelle Pravdinsk, Tilsit Sovietsk et Eylau Bagrationovsk. On raconte que considérant, comme beaucoup de ses compatriotes, qu'Eylau était une victoire russe, Staline voulut lui donner le nom du général qui commandait alors les armées du Tsar. Hélas le général en question était un Prussien nommé von Benningsen et cela aurait fait un peu désordre en 1945 de donner un pseudonyme prussien à une ville soviétique. Staline reporta donc son choix sur l'adjoint de Benningsen, le comte Pierre Bagration, d'une famille royale arménienne installée en Géorgie, ce qui ne pouvait que satisfaire Staline , lui même d'origine géorgienne. Les Russes du XXIème siècle ont pris l'habitude de dénommer cette enclave située à 600 kilomètres de la mère patrie « outre-terre », car pour s'y rendre il leur faut traverser la Biélorussie, la Lituanie ou la Pologne.

Diapo04 Mais revenons à la bataille d'Eylau qui prend place dans la grande campagne napoléonienne en Europe centrale et orientale. Elle commence en août 1805 à Boulogne, quand Napoléon est contraint d'abandonner l'idée d'envahir l'Angleterre pour aller s'opposer aux troupes russes et autrichiennes qui se rassemblent le long du Danube, sous l'égide de la 3éme coalition, pour envahir la France.

 Quittant Boulogne le 26 août la Grande armée est sur le Rhin le 25 septembre, le 20 octobre elle encercle dans Ulm l'armée autrichienne du général Mack et la force à se rendre. Du coup, l'armée russe qui, aux ordres du général Koutousov, suivait le Danube pour renforcer Mack, commence à se replier prudemment vers la Moravie pour y attendre le Tsar et des renforts. Napoléon entre à Vienne le 14 novembre, puis rejoignant Russes et Autrichiens en Moravie, il les bat à Austerlitz le 2 décembre 1805, mais laisse le Tsar et son armée quitter l'Allemagne pour retourner en Russie. L'empereur d'Autriche, n'ayant plus ni capitale ni armée ni alliés est contraint à signer la Paix de Presbourg, c'est la fin de la 3éme coalition. Début 1806, le roi de Prusse Frédéric Guillaume III, poussé par sa femme, la reine Louise, décide un peu à contre temps de rejoindre l'Angleterre et la Russie au sein de la 4éme coalition. La Grande armée entre en Prusse et en une journée le 14 octobre 1806, l'armée prussienne est vaincue à Iena par Napoléon et à Auerstaedt par Davout. Quelques jours plus tard, l'Empereur fait une entrée triomphale à Berlin, mais Frédéric Guillaume réfugié à Königsberg ne signe pas la paix. Faisant face à la menace d'une nouvelle armée russe en Prusse orientale, Napoléon marche à sa rencontre la bat difficilement à Eylau le 8 février 1807 puis définitivement à Friedland le 14 juin, contraignant le Tsar à signer la Paix à Tilsit sur le Niemen.
   Dans cette série de victoires, Eylau occupe une place un peu à part, on se doute bien que si Napoléon est contraint à s'opposer aux Russes en juin à Friedland, c'est que la bataille d'Eylau, 4 mois plus tôt, n'avait pas été décisive. D'ailleurs, avec un certain aplomb voire une mauvaise foi certaine, les Russes revendiqueront la victoire : Bennigsen après avoir quitté le champ de bataille, laissant les Français maitres du terrain, écrira au Tsar : « J'ai l'honneur de rendre compte à votre Majesté que les armées qu'elle a daigné me confier viennent de remporter une nouvelle victoire ». Cette prétendue victoire lui vaudra de recevoir l'Ordre de Saint-Georges. Il convient de noter que le Tsar Alexandre Ier ne pouvait rien lui refuser, Bennigsen ayant pris en 1801 la tête de la conspiration qui allait assassiner le Tsar Paul Ier et mettre sur le trône son fils Alexandre. En mars 1816, Bennigsen sera fait Grand Croix de la Légion d'honneur par Louis XVIII sans doutes pour ses faits d'armes contre la France Napoléonienne.
    Suivant les ordres du Tsar, Bennigsen aurait du soutenir l'armée prussienne, mais cette dernière ayant été quasiment détruite à Iena et Auerstaedt, il se trouve obligé de temporiser en attendant l'arrivée d' une 2éme armée russe aux ordres de Buxhovden. Napoléon franchit la Vistule et manœuvre pour envelopper Bennigsen, mais il n'arrive qu'à provoquer des combats contre les arrières gardes russes à Pultusk et Golymin. Napoléon pense alors faire tomber Bennigsen dans un piège en l'attirant sur le corps d'armée de Ney et en le coinçant contre la Baltique. Manque de chance, l'estafette portant les ordres de l'Empereur à Ney est interceptée par les Russes, Bennigsen peut éviter ainsi le piège et retraiter à nouveau. Napoléon décide alors de le contraindre à la bataille en marchant sur Koenigsberg où se trouvent les réserves et les approvisionnements des Russes. Le Tsar ordonne à Bennigsen d'arrêter les Français à hauteur d'Eylau.
 

Diapo05 Cette bataille est donc, en quelque sorte, un combat de rencontre qui n'a pas été stratégiquement préparé par Napoléon et qui se déroule dans un milieu qu'il n'a pas choisi. Dans la neige et le froid, sur un terrain très plat qui ne permet pas de masquer les manœuvres et de surprendre l'ennemi, cette bataille sera essentiellement un duel d'artillerie et de charges frontales qui en feront un des combats les plus meurtriers de l'Empire avec les batailles de la Moskova et de Waterloo.

Le 7 février au soir Bennigsen s'arrête donc à Eylau et fait face aux Français avec 80.000 hommes. Napoléon, suivant son habitude, marche en échelons très déployés ( Davout et ses 17.000 hommes sont 15 kms au sud, Ney et ses 10.000 hommes qui surveillent les Prussiens de Lestocq sont 40 kms au nord), il ne dispose à ce moment que de 40.000 hommes. Les combats déjà acharnés du 7 soir, permettent aux Français, grâce en particulier aux cuirassiers du général d'Hautpoul, de chasser les Russes du village et d'occuper l'église et son cimetière, seul point d'observation où Napoléon va installer son poste de commandement.
    Le 8 matin, la bataille débute par un duel d'artillerie, 400 canons russes contre 300 canons français. Le maréchal Davout, prévenu par estafette, s'est mis en route dans la nuit, il débouche sur le champ de bataille vers 10.00 heures et reçoit l'ordre d'envelopper l'aile gauche russe que Bennigsen va renforcer en engageant ses réserves. Napoléon décide alors de lancer le 7éme Corps d'armée d'Augereau contre le centre russe.

Diapo06 Les deux divisions du 7éme Corps soit 14.000 hommes s'ébranlent, mais au moment d'aborder les Russes une tempête de neige les surprend, les flocons leur arrivent en plein visage les rendant quasiment aveugles. Désorientés ils obliquent sur leur gauche et défilent devant les Russes en leur offrant le flanc.

Soixante dix pièces russes déclenchent un déluge de feu à bout portant et disloquent les régiments français qui refluent en désordre poursuivi par l'infanterie russe jusqu'au pied du cimetière d'Eylau où se tient l'Empereur.

Diapo07 Napoléon entend les « hourrah » poussés par les soldats de Bennigsen et observe avec sa lunette les baïonnettes russes qui se rapprochent, « Quelle audace, quelle audace » murmure-t-il. « Oui mais avec cette audace vous allez bientôt être sous les balles »lui répond Berthier toujours pragmatique. Effectivement la Garde Impériale un peu en arrière du cimetière commence à entendre siffler boulets et biscaïens, certains grognards rentrent la tête dans les épaules.
Diapo08 Le colonel Lepic commandant le Régiment de grenadiers à cheval, se dresse sur ses étriers et crie à ses hommes « Haut les têtes Grenadiers, ce n'est pas de la merde ce n'est que de la mitraille ». Vexés les grognards se redressent. Aux ordres du Général Dorsenne, un bataillon de la vieille Garde se déploie en avant du cimetière, pour protéger l'Empereur. Cet engagement est à souligner car Napoléon répugnait à risquer la vie de ses grognards et si dans la Grande Armée on les appelait les « immortels » c'est bien parce qu'ils se faisaient moins tuer que les autres.

 Ce jour la, heureuse de combattre et pour montrer son mépris de la mort, la Garde charge et repousse les Russes à la baïonnette, sans tirer un coup de feu. Napoléon n'appréciera pas cette fantaisie et le général Dorsenne aura droit à une sérieuse réprimande après la bataille.

Diapo09 L'Empereur fait signe à Murat d'approcher et lui dit : « Nous laisseras-tu dévorés par ces gens ? Prend la cavalerie et écrases moi ces Russes ».
Murat se met à la tête des 3 divisions de Dragons et des 2 divisions de la réserve de cavalerie lourde soit un total de 10.000 cavaliers. Il lance d'abord les Dragons de Grouchy. Emmanuel de Grouchy est un excellent général de cavalerie, qui ne mérite peut-être pas l'opprobre que lui a valu son absence à Waterloo, il va conduire la première vague, celle qui se lance à découvert et subit le feu de toute l'artillerie ennemi.
Diapo10 S'avancent ensuite les 16 escadrons de cuirassiers de la division du général d'Hautpoul. Lorsqu'il passe à la tête de ses hommes devant l'Empereur, d'Hautpoul le salue du sabre et lui dit : « Sire, vous allez voir mes gros frères au travail, ca rentre dans les carrés ennemis comme dans du beurre ». Les lignes russes sont entamées mais résistent.
Diapo11 Murat décide de relancer l'attaque avec l'ensemble de ses moyens, les Dragons de Beaumont et de Sahuc, les Cuirassiers de Nansouty. Murat en personne mène la charge, un simple cravache à la main, criant le commandement trivial mais habituel des chefs de cavalerie sous l'Empire : « Direction le trou de mon cul, en avant ». Un ordre court, simple et n'exigeant pas d'explications complémentaires. Cette fois les deux premières lignes russes sont enfoncées, la troisième tient bon puis cède sous les assauts de la cavalerie de la Garde aux ordres du général Nicolas Dahlmann qui sera tué pendant l'attaque.

 Le colonel Lepic à la tête de ses grenadiers à cheval traverse les lignes russes et se retrouve encerclé. « Rendez vous,Général, votre courage vous a entrainé trop loin dans nos lignes » leur intime un officier russe. « Regardez nos gueules et dites moi si elles ont l'air de vouloir se rendre. Vive l'Empereur et en avant » réplique Lepic. Les grenadiers à cheval traversent en sens inverse les rangs russes et regagnent les lignes françaises. Pour la petite histoire, le colonel Lepic sera promu général le soir même par Napoléon et recevra une prime de 50.000 francs or qu'il repartira illico entre ses soldats. C'est au cours de la charge que le général Jean-Joseph d'Hautpoul aura la cuisse droite fracassée par un biscaïen, ses hommes pourront le ramener en arrière mais il décédera après 6 jours d'agonie. La charge de la cavalerie de Murat a sauvé l'armée française en désorganisant le centre russe, mais le manque de troupes d'infanterie empêche d'exploiter cette désorganisation.

Diapo12 Pendant la charge de Murat, les divisions du corps de Davout ont continué leur progression, elles ont chassé les Russes du village de Klein-Sausgarten et font peser une menace d'encerclement sur l'aile gauche russe. Vers 16.00 heures, les 8.000 Prussiens du général Lestocq (un huguenot français dont la famille est installée à Hanovre depuis la révocation de l'Edit de Nantes) débouchent au nord du dispositif. Bennigsen les envoie renforcer son aile gauche, ce qui met Davout en difficulté.

Vers 19.00 heures, alors que Napoléon, qui a mis pied à terre, s'entretient avec le maréchal Soult qui se tient respectueusement devant lui tête nue sous la neige, une estafette arrive au galop et dit à l'Empereur : « Sire, les colonnes du maréchal Ney débouchent d'Althof en talonnant l'arrière-garde prussienne ». Le général Caulaincourt, Grand Ecuyer de l'Empereur, s'approche furieux de l'estafette : « Comment osez vous parler à l'Empereur sans descendre de cheval et le chapeau sur la tête ». L'estafette, le capitaine Guiraud de la Garde impériale rétorque cavalièrement : « Général, j'aurai perdu du temps, j'ai cru plus pressé de calmer l'inquiétude de sa Majesté, je pars au galop rejoindre le maréchal Bessières, tant pis pour l'étiquette ». Je cite cette anecdote qui montre que même en campagne, on gardait au Grand Quartier Général de l'Empereur une étiquette équivalente à celle en cours aux Tuileries.
    L'arrivée de Ney met fin au combat, pris en tenaille entre Davout et Ney, Bennigsen abandonne le champ de bataille et dans la nuit entame son repli vers Königsberg, ce qui ne l'empêchera pas de rendre compte au Tsar de sa brillante victoire.
Pour sa part, Napoléon est bien conscient que les pertes considérables subies par les deux camps lui sont plus préjudiciables qu'à son adversaire qui dispose de renforts conséquents à Königsberg. Il reste quelques jours sur le champ de bataille d'une part pour prouver sa victoire en occupant le terrain, d'autre part pour laisser son armée penser ses plaies ; puis il prendra ses quartiers d'hiver et ne repartira en campagne qu'au printemps.

Diapo13 Au cours de la nuit suivant la bataille, il écrira à Joséphine : « Mon amie, il y a eu hier une grande bataille ; la victoire m'est restée, mais j'ai perdu bien du monde ; la perte de l'ennemi qui est plus considérable encore, ne me console pas. Enfin, je t'écris ces deux lignes moi-même, quoique je sois bien fatigué, pour te dire que je suis bien portant et que je t'aime. Tout à toi. Napoléon. »
À travers ces lignes on sent bien un certain désarroi chez Napoléon, « la victoire m'est restée, mais j'ai perdu bien du monde », ce n'est pas l'expression d'un général victorieux et fier de sa victoire.. Si l'on se penche sur les tableaux officiels des batailles de cette campagne 1805-1807, on note des différences.
Diapo14 Austerlitz c'est la victoire brillante, le général Rapp amenant le Prince Repnine fait prisonnier, les mamelouks portant les drapeaux de la garde impériale russe.
Diapo15 Iena c'est l'enthousiasme de la Garde impériale voulant partir à l'attaque pour participer à la victoire.
Diapo16 Friedland c'est l'Empereur donnant calmement ses ordres au général Oudinot devant un général russe prisonnier qui baisse la tête.
Diapo17 Dans les 3 tableaux Napoléon apparait serein et sur de lui. Rien de tel sur le tableau du Baron Antoine-Jean Gros « Le champ de bataille d'Eylau ». La représentation de la bataille avait, comme souvent, fait l'objet d'un appel d'offres avec un cahier des charges précis, 27 peintres avaient concouru et le projet de Gros avait été retenu, l'artiste s'est donc vraisemblablement plié aux indications données par l'Empereur :

 l'atmosphère est sinistre, seul Murat dans son apparat habituel, visiblement fier de sa charge de la veille, est la personnification de la guerre, Ney, Bessières, Berthier, Soult et Davout, qui encadrent Napoléon, ont des têtes d'enterrement, au fond Eylau est en flammes, la neige est sale, partout du sang et des cadavres, des soldats russes blessés supplient l'Empereur qui étend son bras droit comme pour une bénédiction, son regard morne, refusant de regarder le champ de bataille, est plutôt tourné vers le ciel.

Diapo18 Ce tableau illustre bien la phrase désabusée prononcée par Napoléon ce lendemain de la bataille : « Quel massacre et sans résultats. Spectacle bien fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre ».

   Augereau ne figure pas sur le tableau, Napoléon a écarté celui qui a failli être le responsable d'un désastre, certes il a eu la malchance d'être pris dans la tempête de neige, mais les malchanceux n'ont pas leur place dans l'épopée napoléonienne. D'ailleurs, avant de promouvoir un officier qu'il ne connaissait pas personnellement, Napoléon s'enquérait : « A-t-il de la chance ? ». Sans doute, le 7 février 1807 Augereau n'en avait il plus. Napoléon dira plus tard de lui, avec dureté : « Depuis longtemps chez lui, le Maréchal n'était plus le soldat ; son courage, ses vertus premières l'avaient élevé très haut hors de la foule ; les honneurs, les dignités, la fortune l'y avaient replongé ».

2°- Mort du Général d'Hautpoul

Diapo19 Jean-Joseph d'Hautpoul est né le 13 mai 1754 au château de Salettes à Cahusac sur Vère, entre Gaillac et Cordes. Cette gentilhommière qui menaçait de tomber en ruine a été rénovée récemment, c'est devenu un hôtel de charme situé au milieu d'un vignoble qui a retrouvé ses lettres de noblesse. Le restaurant peut s'enorgueillir d'un macaron au Guide Michelin et une de ses salles, seule concession à l'histoire, se nomme « salon Général d'Hautpoul ». Le futur général est né dans la tour ronde au toit en forme d'éteignoir.

Il descendait d'une famille très ancienne puisque l'on trouve des seigneurs d'Hautpoul dés le 10éme siècle. Durant les croisades un de ses ancêtres avait trouvé la mort sous les murs d'Antioche. Il fait ses études à l'Ecole Royale Militaire de Sorèze de 1764 à 1771. Puis à 17 ans il s'engage comme cadet dans les Dragons de la légion du Dauphiné où il gagne son épaulette de sous-lieutenant, puis il rejoint le régiment du Languedoc où il sera capitaine. En 1789, il choisit de continuer à servir la France et est rapidement nommé lieutenant-colonel. Avec Murat, Lasalle, Nansouty et peut-être Grouchy il va faire partie des grands sabreurs de l'Empire. Il participera à la bataille de Valmy, à celle Fleurus où à la tête de ses hommes il franchit la rivière Piéton sous le feu de l'ennemi et le force à retraiter. Mais en 1794, sous la Terreur, il est exclu de l'armée compte tenu de ses origines nobles. Ses hommes se rebelleront et exigeront avec succès son maintien à leur tête avec le grade de général de Brigade. Affecté à l'armée de Sambre et Meuse sous les ordres de Hoche, il est blessé devant Altenkirchen . Inspecteur de la cavalerie sous le Consulat, il la réorganise en créant les divisions de cavalerie indépendantes (peut on dire qu'il est en cela un précurseur de la division blindée, je n'irai pas jusque la).

Diapo20 Il prend sous l'Empire le commandement de la 2éme Division de Cuirassiers avec laquelle il se couvrira de gloire en enfonçant le centre russe à Austerlitz, ce qui lui voudra la croix de Grand Aigle de la Légion d'honneur et le rang de Sénateur. En février 1807, la veille de la bataille d'Eylau, il culbute les avant-gardes russes. L'Empereur le félicite et l'embrasse. « Pour me montrer digne d'un tel honneur, il faut que je me fasse tuer pour Votre Majesté » s'écrit-il.
Diapo21 Hélas, il ne croyait pas si bien dire, le lendemain, lors de la grande charge de Murat, il est blessé par un biscaïen qui lui brise la cuisse. Il aurait pu être sauvé s'il avait été aussitôt amputé, mais devant le nombre de blessés qui devaient être soignés il avait refusé tout passe-droit. Le baron Pierre-François Percy, chirurgien en chef de la Grande Armée, avait dit à Napoléon que d'Hautpoul allait s'en sortir, mais la gangrène s'installa et il mourut après cinq jours d'agonie. Au moment de mourir, il dit à son cousin, lieutenant d'infanterie « Je suis perdu, mais je te laisse un bel exemple à suivre : je meurs pour la France et pour l'Empereur »

. Il était sur le point d'être nommé maréchal d'Empire. Son corps d'abord enterré au château de Worienen à côté d'Eylau, fut rapatrié en France en 1808. Il repose au cimetière du Père Lachaise à Paris, son cœur a été placé dans la crypte des Gouverneurs aux Invalides, son nom est gravé sur le pilier est de l'Arc de Triomphe de l'Etoile.

Diapo22 Napoléon avait ordonné qu'une statue du général soit érigée avec le bronze de 24 canons russes pris à Eylau. Ce geste qui est indiscutablement un hommage de l'Empereur à un de ses généraux favoris est également une manière de montrer qu'Eylau est bien une victoire. C'est seulement en 1851 que la statue sera inaugurée à Gaillac. Elle fut renversée en 1942 sur l'ordre du régime de Vichy et fondue pour soutenir l'effort de guerre allemand.
Diapo23 Elle a été remplacée après la guerre par une statue en pierre qui ne semble pas aussi esthétique que la précédente. Il reste néanmoins, et c'est heureux, le piédestal d'origine sur lequel est inscrit : « Jean-Joseph d'Hautpoul, sénateur, général de division, grand-croix de l'ordre de la légion d'honneur, né à Salettes, arrondissement de Gaillac-Tarn, le 13 mai 1754, blessé mortellement à Eylau, le 8 févier 1807 » A noter que les lettres du mot sénateur sont deux fois plus grosses que celles du mot général, comme si c'était le sénateur qui était mort à Eylau.

3°- Naissance du Colonel Chabert.

Diapo24 Le roman ou plutôt la nouvelle (environ 70 pages) de Balzac « Le Colonel Chabert », débute par l'entrée, un jour de 1817, dans l'étude de Maître Derville, un avoué parisien, d'un vieillard pauvrement vêtu qui quand il enlève son chapeau découvre une horrible cicatrice allant du sommet du crane à l'œil droit. A la question de Derville « À qui ai-je l'honneur de parler ? », il répond « Au colonel Chabert », « Celui qui est mort à Eylau ? » demande Derville, un peu ironique, « Lui-même » répond le vieil homme. Et il explique qu'à la tête de son régiment de cavalerie, il a participé à la grande charge de Murat et comme il le dit, « il n'est pas pour rien dans la réussite de cette affaire ».

Après avoir traversé et sabré les lignes ennemies, il est pris à partie par deux cavaliers russes, dont l'un, un vrai géant, lui assène un coup de sabre qui lui ouvre profondément le crâne. Sa mort est annoncée à l'Empereur qui envoie deux chirurgiens en leur disant : « Allez donc voir si, par hasard, mon pauvre Chabert vit encore ». Les deux carabins ne voulant pas rester trop longtemps en première ligne le déclare mort après un examen plus que sommaire. Plongé dans un évanouissement cataleptique, il est dépouillé de ses vêtements et jeté dans une fosse commune où il reprendra plus tard ses esprits. Il réussit à s'extraire de ce qu'il appelle « un fumier humain » en s'aidant d'un bras détaché d'un mort pour écarter les cadavres qui le séparent de la surface. Il est récupéré par un couple de paysans prussiens, chez qui il restera 6mois entre la vie et la mort avant d'être admis à l'hôpital de Heilsberg. Ayant perdu la mémoire, il va errer une dizaine d'années entre les hôpitaux, les asiles psychiatriques et la prison. Retrouvant peu à peu la mémoire, il revient en France pour récupérer son titre, sa femme et sa fortune. Hélas, son épouse Rose, une ancienne fille de joie, a hérité de lui, reçu une rente de l'Empereur, puis a refait sa vie avec un émigré revenu en France et elle est devenue la Comtesse Ferraud, très bien introduite dans la société de la Restauration. Elle ne veut en aucun cas reconnaitre ce « revenant » et renoncer par la à son nouveau mari et au statu social qu'il lui confère. Quand Derville fait part à Chabert des difficultés pour se faire reconnaitre, ce dernier s'écrit : « J'irai au pied de la colonne Vendôme, construite avec les canons pris aux Russes à Austerlitz, je crierai : je suis le Colonel Chabert, celui qui a enfoncé le grand carré russe à Eylau et le bronze lui me reconnaitra ». « Et on vous enfermera à Charenton » lui répond Derville qui lui conseille de transiger avec son ex- femme. D'ailleurs dans sa première édition ce roman s'appelait « La transaction ».

Diapo25 En fait de transaction, on va assister à une belle machination de la comtesse. Elle accepte de voir son ex-mari et sentant que le colonel l'aime toujours, elle l'invite dans sa maison de campagne, cherche à l'émouvoir, tout en essayant de lui faire signer des papiers par lesquels il renonce définitivement à son nom. Chabert s'en aperçoit, attristé et déçu par tant de machiavélisme, il s'enfuit pour se réfugier à l'hospice de l'hôpital Bicêtre où au milieu de vieux soldats il sombre peu à peu dans la folie.
Diapo26 Quelques années plus tard, Derville le rencontre dans cet hospice et le salutd'un « Bonjour, Colonel Chabert ». Le vieillard lui répond : « Il n'y a pas de Chabert, je ne suis plus un homme, je suis le numéro 164 de la 7éme salle ». Quand Derville lui donne une pièce de 20 francs pour acheter du tabac, Chabert présente les armes avec sa canne en disant : « Merci brave troupier et vive l'Empereur ».

 Triste destinée, comme le dit Derville, et se souvenant que Chabert de son vrai nom Hyacinte est un enfant abandonné : « Sorti de l'hospice des enfants trouvés, il revient mourir à l'hospice de la vieillesse ».


4°- Balzac, Hautpoul et Chabert.
On voit que les rapports entre le général Hautpoul et le colonel Chabert sont assez minces : la bataille d'Eylau, la grande charge de Murat, la mort réelle chez l'un, fausse chez l'autre. Cependant, même si il y fait peu allusion dans son œuvre, la famille de Balzac avait des attaches dans le Tarn et un arrière grand oncle de son père aurait même épousé une demoiselle d'Hautpoul. Il est vraisemblable que cette filiation, même lointaine était connue de Balzac et que ce personnage de sa famille mort à Eylau aurait l'inspirer pour créer son personnage de Chabert.

Diapo27 Il est également possible que Balzac est eu vent des « aventures » du baron et général Jean-Baptiste Marcellin Marbot qui était capitaine et aide de camp du maréchal Augereau à Eylau. Lors de la débandade du 7éme corps, le 14éme régiment d'infanterie de ligne était resté encerclé par les Russes ;

 Marbot reçut d'Augereau l'ordre d'aller dire au colonel de tenir bon jusqu'à la charge annoncée de Murat. Dans ses mémoires Marbot raconte qu'il passa à travers des nuées de cosaques et parvint au monticule où le régiment formé en carré résistait tant bien que mal. « Je ne vois aucun moyen de sauver le régiment, lui dit le colonel, retournez vers l'Empereur, faites lui les adieux du 14éme et portez lui l'Aigle qu'il nous avait confié et que nous ne pouvons plus défendre ». Marbot se saisit de l'emblème et se lança vers les lignes françaises, mais boulet russe traversant la corne arrière de son chapeau, lui causa un choc terrible qui le laissa conscient mais incapable de bouger. Toujours en selle sur sa jument Lisette ils sont tous deux blessés de plusieurs coups de baïonnettes, la jument folle de douleur se précipite sur l'agresseur et lui arrache avec les dents toute la peau du visage lui faisant, dixit Marbot, une tête de mort rouge, puis Lisette attrape un autre Russe par le ventre, lui arrache les entrailles, le piétine et le laisse mourant dans la neige. Le couple Lisette –Marbot repart vers les lignes françaises, mais Lisette qui a perdu beaucoup de sang s'effondre sur Marbot qui perd connaissance. Marbot est convaincu que les 10.000 cavaliers de Murat lui sont passés sur le corps mais que Lisette l'a protégé. Dans la nuit il est dépouillé de ses vêtements par des maraudeurs et revient à lui sur le champ de bataille n'ayant plus que son chapeau et une botte ; heureusement il est retrouvé par le valet de chambre d'Augereau qui le ramène à une ambulance pour y être soigné. Cette aventure a sans doute un fond de vérité, mais méfions nous car comme le disait l'historien Pierre Bloch, parlant de Marbot « l'infatigable vantard se préparait volontiers, en dupant ses familiers, à mystifier la postérité ».

Conclusion.

Diapo28 Qu'il se soit inspiré d'Hautpoul ou de Marbot, Balzac a vraisemblablement voulu dans ce roman créer en Chabert la figure de l'absent, du gêneur, du disparu. Il est celui dont on ne veut plus entendre parler, il est la chose enfouie qui revient brutalement à la surface et que l'on rejette car elle représente un passé qu'on voudrait oublier. Comme Chabert le clame dans son désespoir « J'ai été enterré sous des morts, mais maintenant je suis enterré sous des vivants, sous des actes, sous des faits, sous la société toute entière qui veut me faire rentrer sous terre. »

On peut imaginer que Balzac à travers le colonel Chabert et la comtesse Ferraud ait voulu opposer le souvenir de l'Empire et la réalité de la Restauration. Chabert c'est l'Empire porteur de gloire mais aussi de guerre et de mort, la Comtesse c'est la paix, le progrès, le développement économique. L'Empire c'est en quelque sorte la préfiguration du romantisme opposé au réalisme de l' « enrichissez-vous » de Guizot.

Diapo29   Le souvenir de l'Empire est banni sous les règnes de Louis XVIII et de Charles X, surtout dans la noblesse et la bourgeoisie des villes, mais il survivra dans les campagnes du fait des anciens soldats qui feront revivre l'épopée napoléonienne. D'ailleurs après « Le colonel Chabert », Balzac écrira « Le médecin de campagne », roman dans lequel le fantassin Goguelat et le pontonnier Grondin racontent avec fierté leurs campagnes devant un auditoire passionné.
 Diapo30  En 1840, Adolphe Thiers, Premier Ministre de Louis-Philippe, auteur de l' « Histoire du Consulat et de l'Empire », obtint l'autorisation du roi de demander à l'Angleterre la possibilité de rapatrier les cendres de Napoléon. Les Anglais qui avaient déjà dit en 1922 : « Les cendres du général Bonaparte seront rendues lorsque le gouvernement français en manifestera le désir » donnèrent leur accord.

 Le 15 décembre 1840, la dépouille de l'Empereur faisait son entrée en grande pompe aux Invalides. Napoléon pouvait reposer comme il l'avait demandé « sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français qu'il avait tant aimé ». Une année plus tard, la statue du général d'Hautpoul était érigée à Gaillac et grâce à Balzac le colonel Chabert était, enfin, autorisé à sortir de sa tombe.

Insigne Maginot 

Assemblée générale des anciens combattants de Reyniès

18 mars 2018

Lattes Colonel Gilles LATTES

 

Servir

Ce livre, écrit juste après la démission de l'auteur, chef d'état-major des armées, éclaire   de sa décision dont il donne les raisons. Sur le fond, la protection du budget de nos armées, et sur la forme, le discours du président le 13 juillet qui entamait la confiance entre eux. L'objectif de ce livre n'est pas de faire polémique sur ce différent mais de faire connaître les enjeux de défense aux Français.
Après avoir relaté son parcours militaire qui l'a amené à ce haut poste de responsabilités il analyse la situation dans laquelle il doit exercer sa fonction et explique ce que doit être un outil de défense.

Diapositive02 Pour se défendre efficacement il convient de définir la ou les menaces. De nos jours nous devons, en fait, faire face à deux menaces distinctes: le terrorisme islamique radical et le retour des Etats-puissances.

 

 

   Voyons en premier ce qu'est le terrorisme islamique radical

Diapositive03 Il est constitué d'un réseau d'individus qui poursuit un projet global de subversion politique et religieuse qui vise à l'implosion des sociétés et à l'installation d'un chaos propice à l'émergence d'un néo-califat. Ce n'est pas parce que Daech est en perte de vitesse et en passe de perdre son emprise territoriale en Syrie et en Irak que la menace islamiste sera éradiquée.

La stratégie de ce terrorisme passe d'abord par un enracinement territorial qui ignore les frontières des Etats. Peu importe l'étiquette ou le nom revendiqué – Daech, en Irak et en Syrie, al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) en Algérie et dans les 5 pays du Sahel al Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) au Yémen, al Nosra en Syrie. Boko Haram au Nigéria et les Shebad de Somalie prétendent eux aussi administrer des territoires. Ces territoires procurent soutiens et ressources et surtout des exécutants. Tous les continents sont à présent touchés par la gangrène du terrorisme islamiste radical. Cette diapo illustre bien cette prolifération des groupes terroristes. A noter que les Etats-Unis n'ont pas de groupes déclarés sur leur territoire mais sont néanmoins la cible des attentats terroristes.
Les caractéristiques de ces groupes terroristes reposent sur trois éléments essentiels:
   - Le pouvoir d'attraction dont la prison, la mosquée radicale et les réseaux sociaux sont les vecteurs de recrutement et de radicalisation des islamistes.
   - Les modes d'action utilisés se multiplient en matière d'agression.

Diapositive04 Cette diapo montre le nombre d'attentats commis en Europe depuis 2002 ainsi que les modes d'action employés. Attaques avec des véhicules suicide, engins explosifs improvisés, mines, snipers, drones, terroristes kamikazes souvent jeunes avec un nombre sans cesse croissant de jeunes filles. Attaques au couteau.
Diapositive05 La sauvagerie est systématiquement utilisée pour marquer les esprits.  Tout le monde se souvient de la brutale attaque de ce 11 septembre 2002. Les cyberattaques ne sont pas à exclure. Une cyberattaque bien ciblée peut déstabiliser un réseau de commandement ou un système logistique. Les terroristes islamistes radicaux comptent dans leurs rangs des hackers qui ont prouvé une compétence au moins égale à celle qu'on trouve en Russie, en Chine, en Europe et aux Etats-Unis.

   - Le jusqu'au-boutisme qui se traduit par une surenchère de la terreur d'une violence inouïe: viols, décapitations, tortures les plus abjectes (jeune fille brulée vive pour avoir osé faire du vélo en short), crucifixions publiques, esclavage des femmes.

   La deuxième menace est constituée par la menace des Etats-puissances.
En dépit des efforts diplomatiques la crise ukrainienne n'est toujours pas réglée.

Diapositive06 On voit ici la Crimée, en brun foncé au bas de la carte, annexée de fait par la Russie en mars 2014 et en pointillé, à droite la ligne de front réelle après les accords de Minsk 2 le 02-12-2015. Par ailleurs l'ambiguïté de la situation apparaît plus clairement quand on voit le pourcentage des populations russophones(en brun et orange foncé à l'Est de l'Ukraine) qui peuplent les différents territoires.

Au moyen Orient, la Syrie est un point d'application de la rivalité conflictuelle entre les chiites iraniens et les sunnites saoudiens. Le Yemen est également une illustration de ces tensions. Les Saoudiens cherchent à repousser l'offensive des Houchis chiites soutenus par les Iraniens.

Diapositive07 Sur cette diapo, les majorités chiites sont indiquées en jaune, les majorités sunnites en bleu. Les zones mixtes chiites-sunnites en hachuré jaune-bleu. Ces dernières apparaissent essentiellement en Iran en Turquie et les émirats du golfe persique. La couleur des encadrés des Etats indique la religion au pouvoir et met ainsi en évidence le jeu des alliances. Turquie, Jordanie, Arabie Saoudite, Koweït, Barheim et Qatar ont un gouvernement sunnite. L'Iran, l'Irak et la Syrie ont un gouvernement Chiite. Le Liban et le Yémen un gouvernement mixte. Les tirets en noir en Syrie et en Irak indiquent les zones qui étaient tenues par l'état islamique. Enfin les lieux saints de l'Islam sont indiqués par une étoile et un croissant et les lieux saints du Chiite par le sigle noir. Cette carte mieux qu'un long discours éclaire bien la complexité de cette région. Tous ces conflits nous concernent indirectement car ils favorisent un terreau propice au développement du terrorisme.

 «Les nuages noirs sur le Pacifique »  suivant l'expression de Renaud Girard sont peut-être les signes avant-coureurs d'une prochaine tempête en mer de Chine. Les tensions entre bateaux chinois, américains, japonais sont récurrentes autour de la revendication territoriale de certaines îles.

Diapositive08 Diapositive09 Sur la diapo apparaissent ces enchevêtrements des revendications. Ici en rouge les zones revendiquées par la Chine, en vert par le Vietnam, en orange par les Philippines, en violet par la Malaisie, en bleu foncé par Brunei et en, jaune caca d'oie par l'Indonésie, au sud de la carte. On peut voir ici aussi la complexité entraînée par le chevauchement des zones concernées. (Pour les ignorants en géographie  le Sultanat de Brunei se situe sur l'ile de Bornéo. Tout petit Etat de 5700 km2, il possède 381 km de frontière avec la Malaisie.)
Diapositive10 Simultanément le dossier Nord-coréen illustre ces tensions entre les différentes puissances, sur fond de prolifération nucléaire.
Le signe de cette montée des tensions c'est le réarmement du monde. Chine, Russie, Etats- Unis et Allemagne augmentent en 2018 leurs dépenses militaires de façon significative.

   A côté des menaces évoquées, il convient aussi de prendre en compte les désordres du monde.
Il ne faut pas sous-estimer non plus la misère qui pousse des centaines de milliers, d'hommes, de femmes et d'enfants à prendre tous les risques pour rejoindre l'Europe. Ce phénomène est mondial

Diapositive11 Il suffit de jeter un œil sur cette diapo pour voir l'ampleur des flux migratoires dans le monde.

 Au surplus, la faiblesse d'un certain nombre d'Etats exerçant avec peine leurs responsabilités régaliennes et ne respectant pas leurs engagements internationaux, est une source supplémentaire de risques.

Diapositive12 En ce qui nous concerne (diapo 12) cette diapo illustre bien les différentes voies empruntées par les migrants.

On constate que la fragilité de l'Afrique subsaharienne reste préoccupante. De même que la situation en Lybie, Etat avec deux Parlements, deux gouvernements, des frontières poreuses permettant le trafic généralisé que ce soit pour les hommes, la drogue et tous types de produits. Les Balkans restent sous l'effet de migrations non contrôlée de trafics multiples et de la montée en puissance des islamistes radicaux.
Comme on peut le constater l'adversaire est difficile à cerner et les menaces décrites-le terrorisme islamique radical et les Etats-puissances- bien que distinctes ces deux lignes de conflictualité sont souvent en interaction. En Syrie par exemple au nord-ouest de Raqqa il n'était pas rare de trouver simultanément, des terroristes de Daech, des milices «modérées» syriennes, des soldats russes, américains, turcs, syriens.

Diapositive13 Après cette première analyse, le Général de Villiers décrit le nouveau visage de la guerre à travers le constat des modes opératoires, de la mutation des combattants, des stratégies utilisées. Il identifie sept caractères, sept mots qui commencent par un "d" qu'il va ensuite décliner.

     Le durcissement. Nous sommes confrontés à un degré de violence auquel nul ne peut se préparer. Ainsi dans le cadre de l'opération Sangaris, l'armée a assisté à des scènes d'une sauvagerie inouïe et a dû s'interposer entre des hommes s'attaquant à la machette face à d'autres qui décapitaient à l'arme blanche leur voisin; elle a aussi du empêcher des lynchages.
   La durée. Sur le territoire national la menace terroriste élevée rend difficilement envisageable le retrait des forces armées. De même il est impossible aujourd'hui de prévoir la fin de l'opération Barkhane et le désengagement de nos troupes dans la bande sahélo-saharienne.
  Le délai. La réaction rapide à un évènement ou une information a toujours constitué un facteur de supériorité. La clef est donc d'obtenir le bon renseignement au bon moment afin de pouvoir agir sans délai.
   La dispersion. Les opérations extérieures sont menées dans des zones géographiquement éloignées de la métropole. Barkhane au Sahel s'étend sur un front de 4000 kilomètres et une profondeur de mille kilomètres. La dispersion des forces engagées dans les opérations intérieures est également considérable : Sentinelle sur l'ensemble du territoire métropolitain, Harpie en Guyane (lutte contre l'orpaillage), forces de souveraineté et postures de sûreté maritime et aérienne dans le monde entier.
La dissémination. C'est l'état du monde actuel. Le danger est partout. Aucun continent n'est en paix. Les organisations internationales sont en difficulté, OTAN, Union Européenne ou ONU.
   La désinhibition. Le terrorisme islamiste radical fonde sa stratégie sur la violence extrême et l'emploi d'armes jusque-là communément prohibées qu'il met en image pour déstabiliser psychologiquement les sociétés occidentales. Face à cela, nos repères se brouillent alors que nous nous référons à un système de droit qui distingue traditionnellement état de paix et état de guerre, combattant et non combattant.
   La digitalisation. Le recours grandissant à l'intelligence artificielle et l'imbrication dans le cyberespace des réseaux civils et militaires posent dès à présent des questions éthiques: quand les systèmes sont de plus en plus autonomes, ils risquent d'être de plus en plus vulnérables de l'extérieur et difficiles à contrôler de l'intérieur.

  Le Général de Villiers expose ensuite sa vision de la stratégie militaire qui, à son sens, repose sur les principes suivants: la liberté d'action, l'économie des forces et la concentration des efforts auxquels il convient d'y joindre l'effet de surprise. Puis il passe en revue les actions menées par nos armées, car il précise que les français eux-mêmes n'en ont pas toujours conscience. Désormais l'ennemi peut se trouver à l'intérieur de l'Hexagone ou très loin au-delà des mers. Notre espace sécuritaire dépasse notre seul espace géographique. Trente mille militaires sont en posture opérationnelle vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
 

Diapositive14 - Le premier dispositif d'assurance est la dissuasion nucléaire qui repose sur deux composantes océanique et aéroportée.

    - Sur le territoire national les forces militaires viennent en complément des forces de sécurité intérieure (police et gendarmerie).

 

Diapositive15 Les postures permanentes  Nous allons voir la contribution de nos forces armées ainsi que les actions qu'elles conduisent.

    - L'armée de l'air (diapo 16) compte un peu plus de 42600 hommes. Elle est équipée de 687 aéronefs dont 226 avions de combat. Elle garantit notre espace aérien en exerçant une surveillance renforcée ce dont le public n'est pas toujours conscient. Autour de Paris les hélicoptères (tels les fennecs ici sur la diapo) en état d'alerte assurent la surveillance face à toute intrusion aérienne. Les avions de chasse (rafale ici à droite ou mirage en bas) sont en alerte 7 minutes. L'armée de l'air participe également aux différentes opérations.
   - La marine (diapo17) comprend 35500 militaires et 2800 civils. Elle compte plus de 600 bâtiments et 200 aéronefs. Elle concourt directement à la protection de notre littoral, sans oublier la protection de nos espaces sous-marins. L'armée de Terre compte 102800 militaires 17000 civils 7200 blindés (chars leclerc 254 AMX VDL 11000 arme antichars, 307 hélicoptères, 340 canons 226 Sol air.
   - Aux dimensions traditionnelles aérienne et maritime, s'ajoute désormais l'espace, domaine en pleine expansion. (Diapo 18) La cyberdéfense est désormais une composante de la défense nationale.
  - La protection terrestre de nos emprises militaires devenues une cible prioritaire des terroristes complète cette panoplie de postures permanentes.
L'opération sentinelle (diapo 19) est devenue l'emblème de la participation active et pérenne de nos armées à la protection de la France et des Français. Près de 10 000 soldats sont déployés pour dissuader, protéger et rassurer.

L'opération Barkhane (diapo 20) a une stratégie fondée sur une coopération renforcée avec les armées de la région G5 Sahel (Burkina-Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad,) et dont la mission principale est de réduire la coalition de différents groupes terroristes le RVIM (Rassemblement pour la victoire de l'islam et des musulmans aux ordres de Iyad Ag Ghali). Pour cette opération, la France s'appuie sur différents partenaires: la mission de l'Union Européenne qui forme les bataillons maliens, la mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) qui est installée avec plus de 10000 soldats et les alliés occidentaux : Américains, Allemands et Espagnols.

Diapositive16 Diapositive17 Diapositive19
Diapositive20 Diapositive21  Diapositive18

L'opération Barkhane  déploie 4000 soldats sur une zone géographique étendue : 4000 Km de front sur 1000 Km de profondeur. En face les groupes armés terroristes sont agressifs, mobiles et bien équipés. La sécurité des pays du G5 Sahel se joue aussi en Lybie et vers la zone des trois frontières (Tchad, Cameroun, Niger)

Pour lutter efficacement contre le terrorisme il faut opérer en boucles rapides «renseignement sur les cibles, capacité de les suivre vingt-quatre heure sur vingt-quatre et capacité de frappes aériennes et d'actions au sol.» Pour ce faire il faut à l'instant «t», des drones des hélicoptères, des avions, des munitions, une capacité de commandement au plus près des forces déployées qui doivent être protégées au mieux.

Diapositive22

Sur cette diapo, on voit apparaître la répartition des forces. L'état-major à Ndjamena au Tchad . Les trois bases régionales: Gao au Mali, Nyamé au Niger, Ouagadougou au Burkina-Faso. Les trois bases opérationnelles avancées Tessalit au Mali, Madama au Niger, Faya Largeau au Tchad
 Voici quelques vues de l'opération Barkhane. En haut à droite le type de drone utilisé.

 

   Au Levant, les forces françaises font équipe avec la coalition pilotée par les Américains en Irak et en Syrie. Les avions de chasse appuient à partir de la Jordanie et des émirats arabes les forces démocratiques syriennes composées de milices kurdes et arabes. Un module français d'artillerie CAESAR aide aussi les Irakiens dans la reconquête du terrain.

 

Diapositive23 Au centre de la photo le CAESAR. La France engage 9 chasseurs rafale, 6 chasseurs mirage 2000, 1 ravitailleur C 135 Stratoliffer ,1 E-3F Sentry ou Awak ici à droite, 1 Breguet Atlantique.

La question se pose également de savoir où iront les groupes terroristes après l'effondrement du califat? Au Yémen, en Egypte, dans d'autres pays du Moyen-Orient, en Afrique sahélo-saharienne, en Lybie, ou retourneront ils dans leurs pays d'origine pour les combattants étranger ? Autre sujet d'inquiétude en toile de fond la guerre sans pitié que se livrent sunnites et chiites et d'un côté l'axe Arabie Saoudite- Turquie et de l'autre l'Iran.

Diapositive24 L'opération Daman au Liban mobilise environ 700 hommes dans le cadre de la FINUL (Force des Nations unies). La situation au Liban est en lien étroit avec celle en Syrie et en Irak d'une part et avec le conflit israélo- palestinien d'autre part.
Diapositive25 En Afrique, nous avons de l'ordre de 300 soldats qui servent en République Centre Afrique au sein de  la MINUSCA (Mission des Nations Unies en Centre Afrique)
Diapositive26 En Europe et sur les mers, la France participe dans le cadre de l'OTAN à des missions de police de l'air dans les pays Baltes avec des avions de chasse et des missions de surveillance maritime en mer Baltique .Elle a envoyé un détachement terrestre blindé (4 chars Leclerc et 13 VBCI et 300 hommes environ) en Estonie suivi en 2018 par un autre en Lituanie.
Diapositive27 L'opération Atalante  au large de la Somalie consiste à escorter les navires du programme alimentaire mondial afin de prévenir et d'éviter les actes de piraterie. La marine est toujours présente dans cette zone en s'appuyant sur le dispositif militaire de Djibouti.
Diapositive28 L'opération Corymbe  a laquelle participe la Marine Nationale poursuit une mission identique dans le golfe de Guinée.
Diapositive29 L'opération Sophia mobilise en permanence une frégate française au large de la Lybie. Sur cette diapo, on voit la photo prise d'un Breguet atlantique et qui localise la position d'embarcations de migrants.
Diapositive30 Ces opérations extérieures ne sont possibles que grâce à l'organisation des forces pré positionnées en deux parties:  huit mille hommes dans les DOM-COM.(La répartition de ces 8000 hommes est indiquée par les points bleus sur cette carte . Ces forces constituent les forces dites de souveraineté. On les retrouve aux Antilles -1000 hommes- en Guyane -2100 hommes- à la Réunion – 1000 hommes-, en Nouvelle Calédonie -1450 hommes- en Polynésie Française -900 hommes) et moins de quatre mille en Afrique et aux Emirats Arabes dites Forces de présence (indiquées en vert sur cette diapo). Elles s'articulent autour de :

   - Deux pôles de coopération au Sénégal et au Gabon avec 350 hommes sur chaque pôle qui contribuent au soutien des opérations nationales et aux forces de maintien de la paix onusienne
   - Trois bases opérationnelles avancées à Djibouti (1400 hommes), en Côte d'Ivoire (950 hommes) et aux Emirats Arabes unis (650 hommes). Elles constituent une réserve stratégique régionale au profit des opérations en cours ou un point d'appui pour faciliter une intervention française dans la zone.
La Guyane fait l'objet d'une attention particulière avec l'opération Harpie de lutte contre l'orpaillage clandestin et la protection de Kourou point stratégique essentiel.
Notre présence en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie permet à la France d'être un acteur légitime reconnu dans le Pacifique. Les tensions en mer de Chine incitent à ne pas déserter cette région où une partie du sort du monde se joue là-bas.
La présence militaire dans les Antilles et à la Réunion s'avère indispensable pour lutter contre les trafics de drogue ou contre l'immigration clandestine. Les îles Saint-Martin et Saint-Barthélemy victimes du cyclone Irma ont pu bénéficier rapidement de l'intervention de ces forces pré positionnées.
Par ailleurs, cette diapo résume parfaitement l'emploi de nos forces. En haut à gauche la protection du territoire national avec ses trois composantes: terre – air- mer. Toujours du côté gauche les opérations extérieures pour l'armée de terre et l'armée de l'air: Barkhane 4000 hommes et Chammal 1200 puis Damam au Liban 750 hommes armée de terre seule. A droite le résumé des opérations extérieures pour la Marine et leur positionnement. Corymbe dans le golfe de guinée 250 hommes. Atalante au large de la Somalie 200 hommes. Eunafor en Méditerranée 100 hommes. Atlantique Nord 200 hommes et pour Chammal en Méditerranée 300 hommes. Enfin, côté gauche 300 hommes terre et air au profit des mesures baptisée de réassurance OTAN en particulier dans les pays Baltes et pour terminer le rappel de la force de dissuasion air- mer.
Ce survol planétaire impressionnant permet de saisir la spécificité française, en comparaison des autres pays européens. Tous ces déploiements participent chacun à leur façon (opérations extérieures, missions intérieures, forces pré positionnées) à la protection des Français et au rôle de la France dans le monde.

Le Général de Villiers aborde ce qu'il appelle une transformation silencieuse.

Diapositive31 Depuis la fin de la conscription en 1996 le système de défense a été fragilisé par le processus de transformation qui a concerné la totalité de nos forces. Entre 2008 et 2014 le nombre de militaires est passé de 241 000 à 203 000. Depuis 2008 cinquante unités de l'armée de terre, dix-sept bases aériennes et vingt batiments de la marine ont été supprimés alors que dans la même période l'armée a augmenté son taux d'emploi et multiplié le nombre d'opérations.

Le ministère de la Défense a été le plus important contributeur à la révision générale des politiques publiques (RGPP). Lorsque les engagements opérationnels sont en hausse et le budget en baisse c'est cela le grand écart. La transformation s'est articulée en deux volets interdépendants. D'abord poursuite de l'adaptation de nos forces à l'évolution du contexte géopolitique et des menaces et simultanément restructuration et rationalisation de l'armée.
Entre 2008 et 2012 cinquante-quatre organismes majeurs ont été dissous et 18 transférés. 60 bases de défense pour le soutien des armées ont été créées. Ces dernières regroupent les fonctions d'habillement, de restauration, d'hébergement, de solde et d'administration (néanmoins 32 000 postes ont été dissous en 4 ans). En parallèle il ne faut pas perdre de vue qu'une unité qui ferme se sont des milliers d'emplois qui quittent le territoire, des commerces qui perdent leur clientèle, des écoles qui voient des classes se dépeupler, un secteur local du BTP fragilisé. Par ailleurs les bâtiments libérés sont souvent cédés aux collectivités locales et territoriales pour un euro symbolique alors que vendues à leur juste prix les sommes récupérées auraient pu être réinvesties dans les ressources exceptionnelles ou dans l'infrastructure.

Cette restructuration a touché toutes les composantes de l'armée y compris le service de santé ou des services moins connus comme le service des essences qui à chaque crise de carburants pendant un conflit social est mis à contribution et se révèle bien utile pour l'Etat soucieux de conserver des stocks stratégiques. La gestion des munitions ne comprend plus qu'un seul service pour les trois armées.

   Le renseignement une priorité.

Diapositive32 Notre autonomie stratégique dépend de notre capacité à bénéficier d'un renseignement fiable et indépendant dans tous les domaines : géo spatial, cyber, contreterrorisme. Début 2017 a été créé un commandement de cyberdéfense dont les missions sont d'abord de protéger les systèmes d'information des armées de cyberattaques et aussi de conduire des opérations de renseignement.

A l'avenir, il convient de poursuivre les réformes à conduire en recherchant l'optimisation dans la coopération européenne, en externationalisant certaines fonctions de soutien et en réformant notre processus d'acquisition des équipements par la fluidité du dialogue entre les militaires, les ingénieurs de de la direction générale de l'armement (DGA) et les industriels.

Diapositive33 Dans le chapitre intitulé  Le prix de la paix c'est l'effort de guerre le Général de Villiers fait un constat :

   - Nos armées sont aptes à répondre sur toute la largeur du spectre des menaces: sur terre, en mer, dans les airs, dans l'espace et désormais dans le cyberespace. Quand nous réussissons une opération militaire à l'autre bout du monde, c'est l'ensemble de la chaine opérationnelle qui l'entreprend et qu'il faut entretenir.
   - Mais faute de moyens suffisants c'est notre liberté d'action qui est en jeu. Il convient d'abord de revenir au plus vite sur les pannes d'hélicoptères, les déficits en équipement, en effectifs formés et entrainés, en munitions disponibles, en pièces de rechange. L'insuffisance des moyens de renseignement aériens -drone et avions de chasse- nous rend dépendants des américains. L'armée de l'air est obligée de louer des Antonov avec des équipages moldaves, ukrainiens ou autres. Il a fallu attendre plus d'un an entre la commande et la livraison pour reconstituer nos stocks de munitions. Au Sahel plus de quatre-vingt blindés ont été définitivement hors d'usage et renvoyés en France pour finir à la casse. Il convient aussi de durer et ce avec du matériel à bout de souffle. Certes de nouveaux matériels arrivent mais le problème tient à leur rythme d'arrivée et à leur nombre.
   - L'armée de terre est déployée sur cinq théâtres d'opérations au lieu de deux prévus dans le livre blanc de 2013. La marine avait comme objectif un à deux théâtres, elle est aujourd'hui déployée sur quatre à cinq zones. L'armée de l'air a un volume d'avions de chasse en opérations extérieures supérieur à une vingtaine d'avions, alors que le contrat de 2013 en stipulait une douzaine au maximum. De nombreux stages ou exercices d'entrainement n'ont pu s'effectuer essentiellement en raison du suremploi des différentes forces.
   - Pour préserver l'indispensable crédibilité de notre discussion nucléaire il est nécessaire de renouveler ses deux composantes, océanique et aéroportée sans descendre plus bas notre volume de têtes nucléaires situé à hauteur de 300 (Les Etats-Unis en ont environ 7000 et la Russie 8000)
Le Général de Villiers développe un long chapitre sur les conditions de vie de nos militaires, de leur famille, du manque de moyens matériels et souhaite une amélioration rapide de ces conditions.

Diapositive34 Le nerf de la guerre.

Pour le chef d'état-major, le dilemme budgétaire est redoutable. D'un côté il doit discuter avec des techniciens financiers, parfois technocrates qui ne connaissent de langage que celui des chiffres et de raisonnement que des opérations arithmétiques et de l'autre il doit faire face à des situations difficiles, inquiétantes et de la plus extrême urgence quand elles viennent des théâtres d'opérations. Il rappelle que c'est un des rôles du CEMA, tel que le définit le code de la défense: des trois programmes qui fondent le budget de la défense, il est responsable de celui relatif à la préparation et à l'emploi des forces et copilote avec le directeur général à l'armement, celui prévoyant l'équipement des forces. Il est en désaccord avec la présentation des dépenses engagées et souligne le fait que si sa démission a pu contribuer à favoriser les arbitrages budgétaires en faveur d'une meilleure prise en compte des préoccupations évoquées il ne peut que s'en réjouir.
   Au sujet de la loi de programmation militaire, il déclare que ce que font nos armées aujourd'hui nécessite, des frégates, des avions de chasse, des blindés, des drones, des moyens de renseignement et de cyberdéfense supplémentaires.

Diapositive35 Le Général de Villiers dénonce le danger du renoncement.

 Il conclut ce chapitre par trois remarques. La première est que nous sommes entrés dans des temps difficiles et incertains. La deuxième remarque est que toute approche strictement financière et comptable est à bannir car il faut toujours penser, lorsque l'on prend des décisions, aux risques que l'on fait courir à nos soldats sur le terrain, voire aux Français dans leur existence quotidienne. La troisième remarque repose sur un constat historique des défaites militaires: une situation économique difficile conduisant à une myopie politique minimisant le danger et réduisant d'autant les mesures à prendre pour y faire face. Et enfin l'incapacité des chefs militaires à faire prendre les bonnes décisions à la hauteur des dangers pour la protection du pays. Il estime que chacun doit prendre ses responsabilités et c'est ce qui l'a inspiré dans ses interventions publiques. Allusion à son attitude. On ne peut jouir de la paix sans préparer la guerre.

Diapositive36 Le Général estime que le partage du fardeau est néanmoins nécessaire.

Forte de son déploiement international sur de nombreux théâtres d'opérations, de son ancrage dans l'Union européenne, de sa vocation mondiale, la France bénéficie d'un rayonnement sur la scène internationale qui l'oblige et la conduit à prendre l'initiative dans de nombreux domaines. Néanmoins il convient de parvenir à l'équilibre entre les différents acteurs et de définir avec eux la menace et la façon d'y faire face. Les organisations internationales comme l'ONU, l'OTAN, l'UE jouent un rôle essentiel dans les équilibres militaires mais elles peinent à s'adapter aux nouvelles donnes de la guerre et la nécessité de prendre des décisions rapides dans des situations compliquées. Un pays comme la France ne pourra pas durablement payer trois fois: pour son propre budget de défense, pour les organisations internationales et pour les coalitions. Ce sujet est éminemment politique. Il faudra au minimum envisager rapidement une participation accrue des pays européens à nos opérations de sécurisation dans la bande sahélo-saharienne, aux côtés du G5 Sahel car toute l'Europe en bénéficie. Autre constat si l'armée française est envoyée en première ligne, les forces économiques suivent plus difficilement. Les entreprises étrangères sont souvent plus soutenues par leur gouvernement que les entreprises françaises. Les premières s'emparent des marchés, bénéficient des débouchés économiques et, lorsque les secondes se présentent sur place, souvent en retard, les place sont prises, la reconstruction et le développement sont laissés à nos concurrents. Il semble que les Français font la guerre et que d'autres pays touchent les dividendes de la paix. Le partage international du fardeau est indispensable militairement, technologiquement, financièrement et stratégiquement.

Diapositive37 La France est grande.

En matière de défense, notre niveau d'engagement fait de nous la locomotive de l'Europe. A l'OTAN ou à l'Union européenne, notre armée jouit d'un niveau de confiance exceptionnel auprès des vingt-sept autres pays membres.

Diapositive38 Sur le plan militaire la grandeur de la France s'est incarnée à de multiples reprises dans notre histoire et ces pages glorieuses ne sauraient être oubliées par les exercices de repentance, de culpabilisation et d'excuses dont on nous abreuve parfois.

  La souveraineté repose sur l'indépendance nationale et l'autonomie stratégique. La dissuasion est l'ultime garantie de la souveraineté nationale. Pour essentielle qu'elle soit, elle ne saurait nous protéger de toutes les menaces et notamment nous prémunir contre les attaques terroristes. C'est pourquoi notre souveraineté militaire se fonde également sur l'autonomie stratégique. Grâce à elle, la France peut décider seule et rapidement de la réponse à une menace spécifique. Dans l'art de la guerre il est essentiel de prendre les bonnes décisions au bon moment et d'en assurer la parfaite exécution.

Diapositive39 Servir.

 


  Tel est le titre du livre  et de l'avant dernier chapitre du l'ouvrage dans lequel le Général de Villiers narre son départ et son dernier jour à la tête de l'armée et l'émotion qui a été la sienne par la spontanéité des différents hommages qui lui ont été rendus. Il souligne l'excellent état d'esprit qui règne dans l'armée dans laquelle l'essentiel se concentre sur la discipline, la rigueur, la fraternité, le courage, l'humanité, l'engagement et le sens du service. La carrière militaire n'est pas un métier comme un autre, une profession que l'on exerce «aux heures de bureau». Elle saisit toute l'existence.
Il termine le chapitre en évoquant le différend qui l'a opposé au chef de l'Etat et écrit à ce sujet. Ce sont deux façons de voir différentes, deux manières d'être parfois antagonistes qui se confrontent et se concilient dans l'intérêt supérieur du pays. Le politique se trouve soumis à des pressions, des urgences venant de toute part, un calendrier marqué par des échéances à court et moyen termes. Le militaire est concentré sur la force armée, il sait que les opérations durent souvent au-delà d'un quinquennat et que leurs conséquences s'inscrivent à long terme. Le politique maîtrise l'art de la communication, de la subtilité rhétorique, des allusions fines. Le militaire, lui, reste souvent dans la sincérité du premier degré.
Après un hommage à la jeunesse pour laquelle il écrit «Aimons notre jeunesse elle nous le rendra.» il conclut:
«Au moment de partir, je vous redis à quel point la vie militaire mérite d'être vécue. Je reste indéfectiblement attaché à mon pays et à ses armées. Ce qui m'importera, jusqu'à mon dernier souffle, c'est le succès des armes de la France.»

Ma conclusion
A la lecture de ce livre j'ai découvert un chef militaire qui nous a parfaitement éclairés sur l'état de notre armée qu'il aime et connait parfaitement. A la lumière des explications on perçoit la cohérence du déploiement mais aussi des difficultés que cela comporte d'où l'absolue nécessité de doter nos forces d'un minimum de matériels fiables. En l'état actuel la vétusté de ces matériels compromet l'efficacité de certaines interventions et met même en cause la sécurité du personnel. Dans ces conditions l'annonce d'une coupe de 850 millions d'euros en 2017 pour le budget des armées choque, alors que les troupes françaises sont engagées depuis des années au Mali et en Irak mais aussi sur le territoire national, dans le cadre de l'opération «Sentinelle».
À l'origine, la décision du premier ministre, Édouard Philippe, de réaliser une économie de 850 millions d'euros sur le budget de la Défense (32,7milliards d'euros) en 2017. Plus précisément sur les crédits d'équipements des armées, c'est-à-dire l'argent débloqué par la Direction générale de l'armement (DGA), qui passe commande aux industriels. Premier investisseur de l'État et bras armé du ministère de la Défense, la DGA gère un budget annuel qui tourne autour de 10 milliards d'euros. On conçoit parfaitement que cette décision soit dénoncée, à huis clos, par le chef d'Etat-major devant la Commission de la Défense. Cette prise de position parfaitement justifiée vaut au Général de Villiers la réplique cinglante du chef de l'Etat qui lui dit devant un auditoire important de chefs militaires: (Ici à gauche le 13 juillet)

Diapositive40 «Je considère qu'il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique. J'ai pris des engagements. Je suis votre chef. Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n'ai, à cet égard, besoin de nulle pression et de nul commentaire.» Une gifle. La présidente PS de la commission de la défense à l'Assemblée sous le quinquennat précédent, Patricia Adam, s'en désole : «On ne peut pas humilier le chef d'état-major des armées devant ses hommes.»
Diapositive41 Ce dramatique épisode met bien en lumière l'opposition des techniciens financiers, technocrates qui n'ont rien compris à la sécurité de notre pays avec les vrais spécialistes de la mise en œuvre de notre défense.

Je terminerai cet exposé par un chaleureux merci au Général de Villiers qui a su avec panache et courage défendre l'honneur de notre armée.

Colonel (er) Gilles LATTES

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Diapositive01

Guerre 1914 - 1918

ANNEE 2017

021

 

    Comme les années précédentes nous voici réunis pour évoquer ce qui s'est passé il y a juste cent ans. Nous sommes donc le 11 novembre 1917. Débutée le 2 août 1914 cette guerre dure depuis un peu plus de 3 ans. Trois ans que notre pays est en guerre et dans le deuil. Cette guerre paraît interminable pour ceux qui la vivent au quotidien sur le front, dans la tourmente , la souffrance et la peur, comme à l'arrière dans les familles dans l'appréhension d'une mauvaise nouvelle.

Afin de se replacer dans le cadre historique de ces mémorables moments nous allons faire un rapide survol des événements qui se sont déroulés depuis le début du conflit jusqu'à ce 11 novembre 1917 date choisie pour faire le point de l'actualité de l'époque.

(Le chapitre qui suit avait été exposé l'année dernière mais il demeure néanmoins incontournable pour faire le lien chronologique et historique des événements)

   En guerre depuis le 2 août 1914, notre pays a subi d'énormes pertes dès le début du conflit dans ce que l'on a appelé la bataille des frontières qui s'est déroulée du 2 au 24 août. (Cette diapo rappelle la position des différents fronts matérialisés ici par les lignes de couleurs différentes. En haut, en rose, la ligne de front au 22 août 14, en bleu au 30 août. La ligne violette marque l'avance allemande au 3 septembre et la ligne verte le front atteint à la veille de la fameuse bataille de la Marne.)

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Cette opération qui s'est étendue du 6 au 17 septembre marque un coup d'arrêt à l'avance allemande. Après la séquence course à la mer, le front s'est stabilisé vers la mi-novembre. L'année 1915 connaîtra deux expéditions, une aux Dardanelles et l'autre à Salonique . Sur le front les tentatives de percée en Artois et en Champagne  se sont soldées par des échecs coûteux en vies humaines. L'année 1916 fut sans nul doute la plus meurtrière avec les batailles de Verdun et de la Somme.

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Diapositive08 L'année 1917 se caractérise par l'entrée en guerre des Etats Unis, la Révolution Russe qui va libérer le front allemand à l'Est et la terrible bataille du chemin des dames qui affecte profondément le moral de l'armée française. Nous allons donc nous intéresser à ces trois événements majeurs dont les principaux protagonistes apparaissent sur l'écran de gauche à droite le Général Pershing commandant des troupes américaines, le Tsar Nicolas II dont la démission entraîne la Révolution Russe et le Général Nivelle généralissime dont le nom symbolise l'horrible bataille du Chemin des Dames.
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    Le début de l'année 1917 marque un tournant essentiel et plusieurs facteurs vont entraîner les Etats-Unis à changer de position et à entrer dans la guerre. Le président Wilson  a été réélu à la fin de l'année 1916 et la volonté de maintenir les Etats-Unis à l'écart du conflit ne constitue donc plus un enjeu électoral dans un pays où l'opinion reste profondément attachée au neutralisme. Les Etats-Unis ont maintenu une position de neutralité durant les trois premières années du conflit. Cette attitude de retrait vis-à-vis des affaires européennes était conforme à l'isolationnisme prôné par la Doctrine Monroe, énoncée en 1823, qui stipulait que nul (et les puissances européennes étaient surtout visées) ne devait s'immiscer dans les affaires touchant le continent américain et, réciproquement, le continent américain ne s'occuperait en aucune façon de ce qui concernait l'Europe. L'opinion publique américaine elle-même était résolument opposée à une intervention américaine et Wilson avait été élu pour un deuxième mandat en 1916 sur un programme de neutralité. En cela, Wilson cherchait avant tout à préserver l'unité de la nation.  Cette dernière rassemblait à la fois des individus originaires des pays de l'Entente et des citoyens issus des pays de l'Axe et de ce fait était divisée quant au camp à rallier en cas d'entrée dans la guerre. (La dipositive qui apparaît ici montre bien la diversité des origines du peuplement américain ) Ainsi, Wilson cherchait à jouer le rôle de médiateur entre les belligérants sans se prononcer en faveur des uns ou des autres.

Diapositive12 En relançant à partir du 1er février une guerre sous-marine intense les Allemands,malgré la promesse faite au président américain provoquent rapidement d'importants ravages parmi les navires neutres et menace les liens commerciaux américains avec l'Entente. En effet, les sous-marins allemands n'hésitaient pas à couler les navires circulant entre les continents américain et européen. Déjà en mai 1915, c'est le Lusitania, navire britannique, qui fut torpillé, entraînant la mort de cent vingt huit Américains. Cette attaque provoqua la stupeur parmi l'opinion publique américaine et suscita aussi une certaine reconsidération de leur neutralité.

    Enfin, les Allemands ont commis une véritable provocation aux yeux des Américains en proposant une alliance militaire avec le Mexique, avec la possibilité pour les Mexicains de recouvrer certains Etats (Texas, Nouveau-Mexique, Arizona). Cette affaire est révélée par les Anglais qui transmettent la correspondance entre le ministre allemand des Affaires étrangères Zimmermann à son ambassadeur à Mexico. Enfin, la révolution russe (février 1917) remet en cause l'équilibre en Europe.

Diapositive13 ll faut rajouter que le réseau d'espionnage de l'Empire allemanddirigé par Franz von Rintelen effectua plusieurs sabotages sur le territoire des États-Unis alors encore neutre pour empêcher la livraison de matériel américain aux puissances de l'Entente. Ce réseau fut également très actif en soutenant aussi bien la Révolution Russe que les Indépendantistes Irlandais

   Les Etats-Unis sont aussi et on pourrait rajouter et surtout entrés en guerre parce que leurs intérêts commerciaux et économiques étaient menacés, une défaite de l'Entente les aurait privé d'un marché très profitable et de leurs créances

Les États-Unis ont prêté 2 milliards de dollars à la France et au Royaume-Uni. Wilson sait que cette dette ne sera jamais remboursée si l'Allemagne gagne la guerre. De plus, le conflit européens à ramené la prospérité aux États-Unis.

Le 18 mars 1917, 3 navires marchands américains sont coulés dans l'Atlantique

Dès lors Wilson n'eut plus alors aucune difficulté à convaincre la grande majorité des Américains de la nécessité de s'engager, aux côtés des pays de l'Entente, contre les puissances de l'Axe. Le 6 avril 1917, le Congrès déclara la guerre à l'Allemagne. 

Les premières unités de "Sammies" ("petits soldats de l'oncle Sam") débarquent à Bordeaux en juin 1917. Le 4 juillet 1917, jour de la fête nationale américaine, elles effectuent même une parade dans Paris derrière leur commandant, le général Pershing.  Mais les unités américaines, mal préparées, ne sont pas immédiatement engagées sur les champs de bataille et subissent tout d'abord de longs mois d'entraînement dans des camps installés à Brest, Bordeaux, Saint-Nazaire, Le Havre. Leur nombre reste également dans un premier temps assez limité : 80 000 hommes à la fin 1917 (dont 50 000 combattants),

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    Dans un premier temps, le port de Saint-Nazaire est choisi comme base de débarquement des premières troupes américaines pour la qualité de ses équipements. Le 26 juin 1917, les premiers bâtiments d'un convoi parti de New York y amènent 14 750 hommes.

Dès le 9 août 1917 une seconde base est mise en place à Bassens près de Bordeaux], les Américains y créent un port artificiel composé de docks flottants capable de recevoir et de décharger vingt navires à la fois.

En septembre, des travaux d'aménagement commencent à Pontanézen, près de Brest, pour la construction d'une véritable ville qui va accueillir 70 000 militaires américains en transit avant de monter au front. Pour chaque homme qui débarque, une tonne de matériel arrive également en France. Brest va ainsi devenir le principal port de débarquement (et de réembarquement) des soldats américains et le quartier général de l'US Navy en Europe. Ainsi le SS Léviathan, alors plus grand bateau à vapeur au monde, desservait uniquement le port breton .Ainsi sur les 2 millions de membres que comptait in fine l'AEF, ( l'American Expeditionary Force)   plus de 700 000 arrivèrent par Brest. Aux abords des ports les plus importants furent établis d'immenses magasins et zones de stockage : Montoir de Bretagne à l'arrière de Saint-Nazaire, Saint-Sulpice-et-Cameyrac et Izon près de Bordeaux et Miramas près de Marseille.

Mais si les Américains fournissent hommes et matière première une grande partie de l'équipement provient des Européens. Pour sa part la France y participe. Elle leur fournit la totalité des chars de combat soit 260 véhicules (dont des Renault FT) (ici en haut à droite sur la photo où le futur général Patton est phographié devant un char Renault) Diapositive17

       - 2150 canons de 75 mm et 1684 d'autres calibres dont des 155 mm (comme les Schneider )

       - 81% des avions soit 4881 appareils (notamment des SPAD ici en bas à gauche et des Nieuport en haut sur la diapo))

       - 57% des canons à longue portée.

      - La quasi-totalité des munitions d'artillerie.

      - Des dizaines de milliers de mitrailleuses comme les Hotchkiss et des fusils-mitrailleurs Chauchat

      - Plus de 20 millions de cartouches

En juin 1917, les premiers éléments de l’AEF arrivent à Gondrecourt-le-Château situé dans le sud de la Meuse où ils recevront une instruction militaire qu'ils n'avaient pas et où ils seront également entraînés. La formation des militaires américains,d'un minimum de 5 mois, aux conditions de combats extrêmement intense en Europe est assurée par des unités françaises.

Diapositive18 Les américains relient chacun de leurs ports ou de leurs camps par des voies ferrées comme le montre cette diapositive.
Diapositive19 Une impressionnante infrastructure logistique (à l'américaine) est mise en place dans tout le sud-meusien, parfois avec l’armée française: baraquements préfabriqués, voies ferrées, dépôts de ravitaillement, parcs d’artillerie, garages, terrains d’aviation, hôpitaux, poussent comme des champignons.

On compte une vingtaine de camps d’entraînement qui s’étendent dans une zone allant au sud de la Meuse, au nord des Vosges et de la Haute-Marne, dont ceux de Gondrecourt-le-Château (Meuse), Vaucouleurs (Meuse), Neufchâteau (Vosges) et Bourmont (Haute-Marne).

Le 22 juin 1918, une étude de la Mission Militaire Française indique que le total des instructeurs français est de 320.

Diapositive20 La France et les Français découvrent les soldats américains.  Ces derniers sont des civils, ils ont amené avec eux toute une panoplie de ce qui fait la spécificité du Nouveau Monde. Pour tenter de résoudre le problème de la langue, l'armée américaine leur distribue un dictionnaire franco-anglais présentant l'armée française.
Diapositive21 Les Français confronté à un rationnement depuis le début de la guerre vont être mis en présence d'une société d'abondance. Les Américains donnent aux civils français  du savon, du chocolat, du chewing-gum (une découverte pour les Français), des cigarettes de tabac blond ou des boîtes de conserve.

    La solde des sammies est équivalente à celle des officiers français. Grâce à ce pouvoir d’achat, les habitants leur vendent des omelettes, des volailles, des pâtisseries ou des douilles d’obus ciselées par les poilus. Peu habitués à l'alcool, la prohibition est alors en vigueur dans 26 États des États-Unis, certains soldats américains abusent du vin, de la bière ou de la gnôle vendus par les aubergistes, même si la police militaire réprime les beuveries.

La ferveur religieuse et le patriotisme de ces hommes venus d'outre-Atlantique s’expriment lors de leurs fêtes nationales dont l’Independance Day, du Decoration Day ou de Thanksgiving. Les cérémonies militaires, les spectacles de cabaret, les bals et les concerts organisé par les forces américaines émerveillent les populations civiles. La présence américaine en Meuse marque ainsi profondément la population qui découvre la culture américaine tel le jazz, le blues, ou encore le baseball.

Le contraste apparaît ainsi important entre l'armée américaine (au sein de laquelle les noirs, très minoritaires, étaient cantonnés aux tâches de logistique et de main-d'oeuvre) et l'armée française où les contingents noirs (tirailleurs sénégalais) furent souvent en premières lignes sur le champ de bataille. Cette ségrégation raciale est mal ressentie en France.

Diapositive22

Cette année 1917 sera donc essentiellement consacrée ,comme nous venons de le voir , à la montée en puissance des américains. L'entrée effective dans le combat aura lieu les 2 et 3 novembre 1917 date du premier engagement de troupes américaines. Un bataillon combat à Bathelémont-lès-Bauzemont (région de Lunéville) où trois soldats sont tués ( ce sont les premiers de l’AEF).

En fait le renfort américain se concrétisera en 1918 (et nous aurons l'occasion d'y revenir l'année prochaine)

Diapositive23 Nous allons maintenant nous intéresser à ce qu'on appelle le front de l' Est qui désigne le théâtre d'opérations de la Première Guerre mondiale qui oppose la Triple-Entente à la Tripe Alliance ou Triplice.( La triple entente (en rouge sur la diapo) comprend la France, la Russie et la Grande Bretagne . Ses alliés ou états proches (qui apparaissent en orange) sont les royaumes de Roumanie, de Serbie et de Grèce ). la Triple-Alliance ou Triplice (ici en vert) est composée de l'Empire Allemand, l'Empire Austro-Hongrois et jusqu'en 1915 du Royaume d'Italie. On compte parmi ses alliés la Bulgarie et l'Empire Ottoman.)

    Que s'est-il passé depuis 1914 ?

Diapositive24 Dès le début de la guerre les Russes ont lancé une série d'opérations militaires en Prusse Orientale et en Pologne. Les Allemands stoppent l'offensive russe à Tannenberg (26-29 août 14) (ici en haut à droite sur la ligne de front xxx)
Diapositive25 En 1915, une vaste offensive austro-allemande permet aux Empires centraux de s'avancer profondément en territoire russe et d'occuper la Pologne, alors que la Bulgarie se joint à leur effort militaire. L'année 1916 voit l'évolution des alliances: l'Italie dès 1915 avait déclaré la guerre à l'Autriche Hongrie, alors que l'Empire Ottoman et la Bulgarie sont désormais alliés aux empires centraux. (Les nouvelles lignes de front, en rouge sur la diapo, marquent les limites atteintes par la Triplice à l'Ouest comme à l'Est).

 Malgré une série de succès russes en 1916 et l'entrée en guerre aux côtés de la Russie de la Roumanie la même année, une situation économique explosive et le mécontentement populaire débouchent en mars 1917 sur la chute de l'Empire russe. La Roumanie est parallèlement envahie, occupée et vaincue.

La chronologie des événements donne quelques explications à cette Révolution.

L'hiver 1916-1917 marque le sommet de la crise: le froid est intense et tout manque dans les villes. Les prix montent de 25% en trois mois. Les grèves, très suivies en octobre 1916 reprennent en janvier 17. Les désertions se multiplient au sein de l'armée.

Diapositive26 Le refus des troupes de réprimer les manifestations, dues entre autres à la forte dégradation de l'économie et à la lassitude vis-à-vis des classes dirigeantes, obligent le tsar Nicolas II à abdiquer: c'est la révolution de février1917 à l'issue de laquelle la Russie devient une république. Un gouvernement provisoire est alors constitué .
Diapositive27 Il est présidé par Alexandre Kerenski.Tout en esquissant des réformes, celui-ci tente malgré tout de respecter les engagements de la Russie vis-à-vis de ses alliés en poursuivant la guerre. L'offensive Kerensky du début juillet se révèle finalement un échec coûteux.

    En effet des unités refusent de monter au front. La contre-offensive germano-austro-hongroise lancée dès le 19 juillet, réoccupant la totalité de la Galicie,(Région au centre de la diapo où les flèches indiquent les axes de la contre attaque et la progression des unités en territoire russe).qui donne le coup de grâce à l'armée russe tandis que le front n'est plus tenu sur la totalité de sa longueur. L'offensive allemande dans les pays baltes, lancée le 1er septembre aboutit à la prise de Riga (ici tout en haut de la diapo derrière la ligne de front) et où les soldats russes refusèrent le combat et s’enfuirent à l’approche des troupes adverses.

Dans ce contexte, la révolution d'Octobre frappe une armée russe en pleine décomposition et donne le pouvoir aux soviets. Lénine limoge le général Dukhonine, commandant en chef de l'armée.

Diapositive28 Le 21 novembre, une demande d'armistice est ainsi adressée aux puissances centrales par le nouveau commandant en chef russe Krylenko, qui s'empresse d'annoncer un cessez-le-feu à l'annonce de l'acception de l'offre de négociation. L'armistice signé le 15 décembre n'est cependant valable que du 17 décembre au 4 janvier.
Diapositive29 Nous laissons de côté toutes les nombreuses conséquences générées par la Révolution. Dans l'immédiat l'abandon de la guerre par la Russie permet aux Allemands de transférer 700 000 hommes en France où ils espéraient percer le front avant l’arrivée des troupes américaines. L'impact de cette Révolution trouvera, comme nous le verrons, un écho sur les troupes russes en France. En cette fin d'année 1917 voici comment se présentent les fronts marqués par les lignes en rouge. A l'Est on voit nettement le recul du front russe. Au Sud les forces Austro hongroises ont atteint la frontière Grèque et sont contenues à la frontière Italienne.
Diapositive30 n France les territoires récupérés entre 1914 (ligne noire) et 1917 (ligne rouge) ne représentent pas une avancée décisive aussi la décision d'une offensive de grande ampleur avait été prise par le général Joffre quand il était encore à la tête de l'armée française. : ce sera une attaque conjointe avec les troupes anglaises sur le front entre Vimy et Reims
Diapositive31 Le front a la forme d'un angle droit. Tandis que les Anglais attaqueront sur la ligne entre Vimy et Soissons, les Français le feront entre Soissons et Reims afin d'affronter les Allemands selon deux directions différentes. Le nouveau commandant en chef de l’armée française, Robert Nivelle, qui remplace en décembre 1916, Joffre, promet aux dirigeants politiques d’obtenir une victoire décisive sur le front ouest, avant la fin du printemps 1917, en rompant le front « …d’un seul coup, en 24 ou 48 heures »...-paroles malheureuses comme nous allons le voir. Le secteur de front choisi pour l’affrontement est le Chemin des Dames, dans le département de l’Aisne.

    Le chemin des Dames doit son nom aux filles du roi Louis XV, Mesdames Adélaïde et Victoire qui empruntaient ce chemin pour se rendre au château de la Bôve résidence d'une dame d'honneur. Mais ce lieu est devenu célèbre par l'intensité des combats qui s'y sont déroulés et la tragique notoriété qu'il a alors acquise.
Le Chemin des Dames est situé sur un plateau qui s'étire sur une vingtaine de kilomètres d'ouest en est. Il constitue une barrière naturelle qui domine les vallées de l'Ailette au nord et de l'Aisne au sud. Ses versants festonnés et abrupts hauts d'une centaine de mètres sont percés par les vastes galeries des anciennes carrières de pierre.

Diapositive32 Véritable forteresse naturelle au cœur du dispositif défensif allemand, le plateau de Californie était traversé par des tunnels débouchant sur des cavernes fortifiées comme la Caverne du dragon  qui se situe à proximité de l'isthmede la ferme de l' Hurtebise, c'est-à-dire là où le plateau est le plus étroit. En outre, sa position offre un large panorama sur la vallée de l'Aisne. (Sur la diapo vue intérieure et plan de la caverne du Dragon qui donne l'ampleur du lieu)Craonne où toutes les caves ont été reliées par des galeries est comparé à un gruyére.Tel est le décor où va se jouer ce sanglant épisode. A fortiori on peut se demander pourquoi lancer une attaque en ce lieu.
Diapositive33 Du 15 au 19 mars 1917, le Grand Quartier Général allemand met en œuvre l’opération Alberich, conçue par le général Ludendorff :  il s’agit d’un retrait stratégique de la ligne de front entre Arras et Soissons, sur une profondeur atteignant 70 km dans certains secteurs. (On voit sur cette diapo la position du front en novembre 1916 matérialisée par la ligne en pointillé et celle en trait plein qui marque celle de mars 1917).

 La ligneHindenburg » ou« ligne Siegfried » préparée avec minutie et réalisée de façon impeccable, vise à raccourcir le front et à installer les défenses allemandes derrière des positions fortifiées considérées comme inexpugnables ; ces dernières sont constituées de plusieurs lignes, protégées d’immenses réseaux de barbelés, truffées d’abris bétonnés profonds et de nids de mitrailleuses. Le retrait des troupes est précédé d’une opération planifiée de « terre brûlée », déclenchée le 21 février : la population française habitant les zones devant être abandonnées est expulsée vers l’arrière, les villages systématiquement dynamités et minés, les voies de communications détruites, les arbres abattus. Il s’agit, pour Ludendorff, d’empêcher les Alliés de disposer du moindre abri pouvant permettre la préparation de cantonnements et d’abris avant un assaut.
L’état-major français ne prend pas conscience du piège mortel que constitue ce retrait, d’abord perçu comme un indice de faiblesse de l’ennemi : il lui faut d’abord, en quelques jours, réorganiser totalement les bases de départ de l’offensive ; par ailleurs, les services de renseignement n’ont pas mesuré à sa juste valeur la puissance du dispositif défensif allemand. En outre, les Allemands ont connaissance, dans les premiers jours d’avril, du lieu précis de l’opération française en préparation ; il n’y aura pas d’effet de surprise.

Diapositive34 L'offensive alliée prévoyait une attaque conjointe avec les troupes anglaises sur le front entre Vimy et Reims. (Les zones de cette attaque sont matérialisées sur cette vue par des encadrés: Arras au Nord et le chemin des Dames au Sud) Dès la fin 2016 les Britanniques ont préparé les plans d’attaque pour une opération qui doit être déclenchée au début d’avril 1917.
Diapositive35 L’état-major britannique élabore une méthode innovante :un vaste réseau souterrain (environ 20 km), dont l’aménagement est confié aux tunneliers néo-zélandais, doit permettre aux troupes de surgir devant les premières lignes ennemies sans avoir subi de lourdes pertes en traversant le no man’s land.

La fin du mois de mars voit l’achèvement de ces travaux souterrains. À la veille de la bataille d’Arras, les caves et carrières sous la ville peuvent héberger plus de 24 000 hommes. Au total le réseau souterrain compte 19 km de galeries.
Le 6 avril, le moral des assaillants est au beau fixe, avec l’annonce de l’entrée en guerre des États-Unis.

Diapositive36  Le lundi 9 avril 1917, à 5h30 du matin,  après un bombardement intensif de quatre jours, destiné à annihiler toute action des forces adverses,la 1ére armée britannique, constituée des quatre divisions canadiennes s'élance à l'assaut du plateau de Vimy. (ici matérialisé par la masse jaune-brun à cheval sur la ligne de front au nord d'Arras)Cette bataille est une victoire pour les Canadiens, qui réussissent à prendre la cote 145 (au nord du plateau de Vimy) et à réaliser tous leurs objectifs, au prix de 3598 morts. Cette victoire, donne aux troupes canadiennes le statut de troupes d'élite
Les deux premiers jours de la bataille d’Arras se traduisent par de nets succès tactiques des Britanniques qui, avancent sur les deux rives de la Scarpe.(Ici en bleu au centre de la diapo)

 Cette avance rapide oblige les Allemands à un repli stratégique sur leur 2e ligne de défense. L’arrivée d’importants renforts leur permet ensuite de lancer de vigoureuses contre-attaques, dès le 14 avril, et d’enrayer l’offensive britannique. Dès lors, la bataille d’Arras s’enlise dans des combats locaux mais néanmoins meurtriers, devant Arleux (28-29 avril), Fresnoy (3-4 mai), Rœux (13-14 mai). 
Mais ces résultats à caractère tactique ont été obtenus au prix de pertes très élevées. Un peu plus de 100 000 Britanniques ont été mis hors de combat durant les mois d’avril et mai 1917 devant Arras.

Diapositive37  Dans le même temps que se déroulent les attaques britannique et canadienne devant Arras, l'offensive Française est lancée au Chemin des Dames.

Entre le 6 et le 16 avril, l’artillerie française tire 5 millions d’obus sur les positions allemandes, dont 1 500 000 de gros calibre. L’armée française a prévu d’engager près d’un million d’hommes dans la bataille ; parmi eux,       10 000 tirailleurs sénégalais et 20 000 Russes. Mais nous allons revenir sur la présence de Russes dans cette offensive.

Diapositive38 L’attaque d’infanterie est lancée les 16 et 17 avril, par un temps glacial, sur un front de près de 40 km : c’est partout un échec sanglant, sur le Chemin des Dames comme dans la plaine champenoise voisine ; l’infanterie française est hachée par les mitrailleuses allemandes. Après une relance de l’offensive le 5 mai, le constat du fiasco est définitif le 8. Des opérations locales obtiennent quelques succès comme l'indique la diapo à l'écra . Craonne, le plateau de californie, la ferme d'Hurtebise et la majeure partie du chemin des Dames sont aux mains des Français mais les lignes allemandes ne sont pas rompues et la victoire se dérobe. Le 15 mai, Nivelle est remplacé par Pétain à la tête de l’armée française.

 

 

    Mais au printemps 1917, une véritable lame de fond ébranle les armées meurtries physiquement et moralement par l'offensive Nivelle du Chemin des Dames.Le 20 mai éclatent les premières mutineries au sein de régiments ayant combattu sur le Chemin des Dames et qui refusent de remonter en ligne . Près de 150 unités sont concernées, dans les zones de repos proches du front. C’est la déception consécutive à l’échec d’une offensive perçue comme décisive et l’ampleur des pertes subies qui sont à l’origine de ces mutineries, ou plus exactement de ces refus de participer à de nouvelles attaques inutiles, puisque les officiers d’encadrement ne sont pas pris à partie et que les soldats veulent continuer à tenir le front. Ils chantent la chanson de Craonne dont les paroles du refrain sont les suivantes:

« Adieu la vie, adieu l'amour, adieu toutes les femmes. C'est bien fini, c'est pour toujours, de cette guerre infâme, c'est à Craonnes qu'on doit laisser sa peau car nous sommes tous condamnés, cest nous les sacrifiés.»

Diapositive39 L'agitation touche également l'arrière. Des permissionnaires dans les gares, dans les trains, arborent des drapeaux rouges, cassent des vitres, détellent des locomotives, entonnent l'Internationale. La répression fut massive, mais pondérée : 450 hommes furent condamnés à mort, mais seuls 27 furent exécutés, le président de la République, Poincaré, ayant fait jouer son droit de grâce. L’accroissement des permissions et l’amélioration des conditions de vie des combattants permirent un retour à la normale dès le mois de septembre1917 dès lors, l’armée française combattit sans faillir, jusqu’au bout.

 

 

Diapositive40 L'arrivée du corps expéditionnaire Russe en Champagne, en 1916 , est un épisode peu connu dans l'histoire de la Première Guerre mondiale.Pourtant , plusieurs dizaines de milliers de soldats de la lointaine Russie ont combattu aux côtés des Alliés dans la boue des tranchées en France , mais aussi en Orient.

Après les accords de décembre 1915, le gouvernement impérial Russe met sur pied quatre brigades d'infanterie , fortes de 44 000 hommes , réparties en huit régiments . Les 2éme et 4éme brigades débarquent à Salonique pour se battre sur le front d'Orient aux côtés des Alliés commandés par le Général Sarrail . Les deux autres soit 20 000 soldats Russes rejoignent la France où ils sont rassemblés au camp de Mailly. (Voici sur la diapo,le périple accompli par les renforts russes)

Diapositive41

En avril 1917, les deux brigades sont réunies et rattachées à la 5ème armée du Général Mazel afin de participer à l'offensive de Nivelle. Le 16 avril les Russes attaquent au nord-ouest de Reims ; en deux jours ils prennent les ruines de Courcy , la cote 108 , le mont Spin , Sapigneul .

Ce qui reste du village de Sapigneul à gauche et l'inscription sur la plaque à droite) Ils font un millier de prisonniers , mais subissent de lourdes pertes . Le 20 avril ,ils sont relevés par des unités Françaises après avoir perdu 70 officiers et 4472 hommes , tués , blessés où disparus ; Pour ces faits d'armes , les 1ère et 3ème brigades sont citées à l'ordre de l'armée.

 

 

Par contre, les lourdes pertes, l'influence des événements révolutionnaires en Russie, l'incidence des mutineries dans l'armée française génère des séditions et une véritable mutinerie qui dut être matée par l'intervention de l'artillerie au camp de la Courtine où les troupes russes avaient été envoyées au repos.

Diapositive42 La bataille du Chemin des Dames se termine le 23 octobre par la prise du fort de la Malmaison, à l’issue d’une attaque limitée mais très bien préparée .c’est un succès tactique, avec des pertes très inférieures à celles infligées aux Allemands, qui valide la nouvelle conduite de la guerre prônée par Pétain. Entre le 31 octobre et le 1er novembre 1917, les Allemands abandonnent leurs positions sur le Chemin des Dames pour se replier derrière une nouvelle ligne de défense, au nord de l’Ailette.
Diapositive43 Si le temps fort de cette année 1917 est marqué par la bataille du chemin des Dames d'autres combats se sont déroulés sur l'ensemble du front. Cette diapo résume bien l'essentiel des confrontations et offensives sucessives Ainsi de haut en bas dans les encadrés bleus on trouve l'offensive du 7 novembre en direction d'Ypres dans les Flandres, l'offensive du 4 avril en Artois conjointe avec celle du chemin des Dames puis celle du mois d'août dans le secteur de Verdun Au passage on relève la ligne de repli allemande (en violet sur la carte) qui marque parfaitement l'alignement du front. Enfin en vert clair les zones des territoires reconquis en 1917.

   L’échec du Chemin des Dames met un terme au credo de l’offensive décisive. Dès lors, les états-majors alliés réfléchissent à une nouvelle manière de poursuivre la guerre et optent pour des attaques limitées et sur le renforcement de l’armement, pour tenter de limiter les pertes humaines et tenir jusqu’à ce que l’engagement américain devienne effectif sur le terrain.

Diapositive44 L'année 1917 est une année charnière marquée par les événements rappelés ici sur la diapositive. et évoqués au cours de cet exposé: l'entrée en guerre des Etats-Unis, la Révolution Russe, la bataille du chemin des Dames. Chacun de ces événements mériterait un développement plus approfondi mais tel n'est pas le but recherché qui est de se remémorer ce qui s'est passé dans notre pays il y a 100 ans et plus particulièrement ici à Reyniès où deux de ses enfants ont péri dans cette terrible bataille du chemin des Dames il s'agit :

 

 

    - Du caporal Marsal Auguste 23 ans tué le 22 juin à Laon ;

    - et du soldat Viatgé Ferdinand 35 ans tué le 21 juillet au chemin des Dames.

    La guerre n'est malheureusement pas finie et en ce 11 novembre 1917 notre commune pleure les 18 poilus qui depuis le début de la guerre ont donné leur vie pour que vive la France.

Colonel (er) Gilles LATTES

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