LES GRAVURES RUPESTRES DE MARKOYE AU BURKINA FASO

 

00 Carte Markoye     Médecin capitaine du Service de santé des troupes coloniales, assistant des hôpitaux frais émoulu d’un récent concours, je fus envoyé d’urgence en octobre 1959 à Ouagadougou pour y relever un de mes anciens à la tête du service de médecine. Je me trouvais, à trente ans, appelé à recevoir les plus hautes autorités du pays.  Pirame
     Médecin Colonel PIRAME

 

      C’est fin 1961 que le hasard d’une rencontre m’a mis en présence de gravures rupestres apparemment inédites. Nous passions Noël en famille, mon épouse et mes trois enfants, à Dori chez le médecin capitaine Gustave Giudicelli, médecin chef de la circonscription médicale. Après la messe de minuit, comme nous étions réunis pour le réveillon, je fis la connaissance d’un jeune géologue, que sa mission de prospection avait amené à parcourir la brousse tout au long des dernières semaines. A un moment de la conversation il fut question - je ne me souviens plus comment - de gravures rupestres. Comme je faisais part de mon intérêt pour ce sujet, qui m’avait poussé, motivé par la perspective de servir outre-mer, à fréquenter pendant mes études à Paris le Musée de l’homme et l’Institut d’Anthropologie, il me proposa de me conduire sur un site où il s’en trouvait de nombreuses, d’accès facile, à découvert. Il était passé devant, sans leur accorder plus d’attention. Dès le lendemain, nous nous rendîmes sur les lieux dans la Land Rover du médecin commandant Pierre Rouault, chef du vaste secteur de lutte contre les Grandes endémies. Lui aussi, bien que sillonnant la brousse, découvrait à son tour, en cet endroit retiré, ces vestiges d’une histoire oubliée. Sa connaissance du terrain nous permettait de préciser exactement leur emplacement, à proximité du village de Markoye, un gros marché à quelque 70 kilomètres de Dori, chef lieu du Cercle, qui était à l’époque l’unité administrative territoriale.

      Nous fîmes les premières photos du gisement.

    Quelques jours plus tard, invité à la réception donnée à l’occasion du 1er janvier 1962 par le Président de la République, Monsieur Maurice Yaméogo, j’annonçais l’existence de gravures rupestres apparemment non encore répertoriées en Haute-Volta.

S’ensuivit un échange de courrier avec le ministre dont relevait cette découverte.

      Lettre du ministre Salembéré (cliquer)
Lettre du Docteur Pirame (cliquer)

 

Lorsque je quittais le pays en 1966, rien n ‘avait été fait pour la prise en charge de ce patrimoine par des services compétents.

Par la suite, ma carrière devait m’amener en d’autres lieux : Nouvelle Calédonie, Cameroun, Vietnam, sans pour autant que j’oublie ce Noël à Dori.

Ce n’est qu’en juillet 2000, lors d’une réunion à Paris de l’Association des Anciens et des Amis de l’Hôpital Grall - que j’avais créée en 1990 pour accompagner la relance de la coopération médicale entre la France et le Vietnam - qu’il me fut donné d’évoquer la découverte laissée sans suite, à ma connaissance tout du moins, de gravures rupestres dans le nord du Burkina Faso, précédemment Haute-Volta. Mon voisin à table, François Bon, était le fils d’un médecin militaire qui m’avait précédé dans mes fonctions à Saïgon au début des années 70. J’avais suivi la progression de ses études en archéologie. Comme je m’informais de leur avancement, il m’apprit qu’il était nommé à un poste de maître de conférences à Toulouse. Désirant marquer cette heureuse nouvelle par un cadeau à la hauteur, je lui faisais part de l’existence d’un site inexploité, qui lui permettrait d’entrer avec éclat dans sa carrière. Je lui proposais de lui envoyer, dans cette intention, les documents en ma possession. Quelle ne fut pas mon émotion lorsqu’il m’informa, en retour, que son nouveau patron, le Professeur Michel Barbaza, menait depuis 1994, en coopération avec son homologue burkinabé le Professeur Jean-Bapiste Kiethéga un programme de recherches qui s’avérait des plus prometteurs, sur le site dont j’avais rapporté l’existence au Président Maurice Yaméogo le 1er janvier 1962 !

Quelques semaines plus tard, je recevais à Moissac la visite d’une élève du Professeur Barbaza , Magali Canzian. Elle m’apportait le mémoire de maîtrise en histoire de l’art et archéologie qu’elle venait de présenter, en septembre, à l’Université de Toulouse le Mirail :

 L’étude du site de Markoye (Burkina Faso) dans le contexte de l’art rupestre sub-saharien. Ce travail considérable, de 238 pages, datait la «  découverte des gravures » en 1996. Il était consacré à une étude, extrêmement savante et détaillée, des figures relevées, au cours de ses missions sur place, par le Professeur Barbaza, classées en motifs géométriques circulaires, animaux, anthropomorphes.  

En novembre 2006 j’étais à Ouagadougou pour une séance de la Société de Pathologie Exotique, J’en profitais pour me rendre à Markoye, devenu un chef-lieu de préfecture dans l’extrême nord du pays, à une trentaine de kilomètres de la frontière du Mali. Dès mon arrivée, je ne manquais pas d’aller saluer le maire. Il m’introduisit, séance tenante, auprès du président, Monsieur Moumouni Hamidou, de l’Association Labo Allada ( le passé du pays en langue sonraï), créée en janvier 2001 pour faire participer la population à la conservation et la promotion du site. Par la suite, nous devions rapidement, mon ami Pierre Rouault et moi même, être pressentis pour en devenir membres d’honneur, ce que nous avons accepté avec reconnaissance.

 01 maireMarkove- 188 02 President association205  03 Gravures 207  04 Pirame notes 247 
 Le Maire de Markoye  Le Président de l'association  Gravures rupestres  Le Dr Pirame prenant des notes

 

Les publications du Professeur Barbaza, auquel vient de succéder le Professeur François Bon à l’Université de Toulouse le Mirail, permettent de se faire une idée de la richesse de ce site. Près de dix mille gravures, dans une zone de 600 km2, « sont concentrées sur les affleurements volcaniques proches du village, au nord et à l’est de celui-ci … Les résultats de l’évaluation chronologique à partir du radiocarbone résiduel jouent un rôle fondamental dans l’élaboration d’un modèle général plaçant l’essentiel du territoire archéologique de Markoye à la charnière des deux millénaires de notre ère. »

Nous sommes en présence, avec ce qui était déjà connu à Arabinda et à Pobé-Mengao, d’un élément majeur de l’art rupestre du Sahel au Burkina, aux confins du Niger et du Mali, prolongeant au sud l’inventaire des représentations rupestres libyco-berbères du Sahara… ;

De retour à Ouagadougou en février 2012, j’apprenais que le ministère de la culture et du tourisme venait de soumettre, à la date du 24 janvier 2012, une demande d’inscription au patrimoine de l’UNESCO pour

     Les gravures rupestres du Sahel burkinabé : Pobé-Mengao, Aribinda et Markoye

Véritables témoins d’un échange culturel qui a marqué l’histoire de la région :

«  Le rapprochement des motifs avec ceux connus dans le Sahara lybico-berbère ou dans la sphère d’habitation des Dogons est révélateur des différentes influences artistiques, donc des rencontres qui ont émaillé l’histoire des populations de cette zone ».

 

Médecin Colonel (er) Yves PIRAME

 

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