WATERLOO

 Conférence du Général PACHABEYIAN  Pachabeiyan
      Le 26 février 1815, Napoléon Bonaparte quittait discrètement l'ile d'Elbe pour le littoral sud de la France. Le 1er mars, il débarquait à Golfe Juan à la tête d'un peu plus d'un millier d' hommes. Désireux d'éviter la vallée du Rhône dont les principales villes avaient toujours fait preuve d'un certaine fidélité à la monarchie, il décidait de se diriger par la route des Alpes vers Grenoble qu'il atteignait le 7 mars; de là il obliquait sur Lyon où il entrait le 10. Diapositive 01

    Le 17 il était à Auxerre, où il obtenait le ralliement du maréchal Ney et ce malgré la promesse que ce dernier avait faite à Louis XVIII de lui « ramener l'usurpateur dans une cage de fer ». Il atteignait Fontainebleau le 19 mars, le roi décidait alors de quitter Paris et Napoléon reprenait possession de son palais des Tuileries dés le lendemain soir. Suivant la promesse proclamée par l'Empereur à son débarquement, l'aigle aux couleurs nationales avait bien volé en 20 jours de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre- Dame.

      Les souverains européens étaient pour l'heure réunis à Vienne en un congrès destiné à redéfinir les frontières du continent, ce qui ne se déroulait pas sans créer des conflits: la Russie voulait une partie de la Pologne, la Prusse voulait la Saxe, la Hollande voulait la Belgique, l'Angleterre ne voulait pas l'apparition d'une nouvelle puissance dominante en Europe continentale. Mais quand le 8 mars le Congrès apprenait que « l'ogre corse » avait débarqué en France et marchait sur Paris, les dissensions s'apaisaient et les souverains ou leurs représentants signaient et publiaient, dés le 13 mars, une déclaration solennelle affirmant que « Napoléon Bonaparte, en rompant le Traité de Paris, s'était mis hors la loi et qu'il ne saurait y avoir ni paix ni trêve avec lui et que leur volonté était d'étouffer dés sa naissance tout projet tendant à détruire la Paix et ce par tous les moyens que la Providence avait placé entre leurs mains ». Diapositive 02

 Ainsi, alors que Napoléon pensait, en écrivant à chaque souverain européen une lettre dans laquelle il faisait part de son désir de paix et de son renoncement à tous les territoires acquis sous l'Empire, qu'il allait pouvoir reprendre son règne, les chancelleries européennes mirent immédiatement la France en quarantaine, ne daignant même pas répondre à sa correspondance ou la retournant sans l'avoir décachetée comme le fit le prince-régent d'Angleterre. Dans ces conditions il ne restait plus à Napoléon qu'à se préparer à la guerre, ce qu'il entreprit de faire en remettant sur pied, avec l'aide du maréchal Davout, une armée qui avait été licenciée ou mise en demi-solde par les Bourbons.

Face à une Europe coalisée, décidée à lui faire la guerre pour le mettre définitivement hors d'état de nuire, Napoléon allait montrer que ses qualités de stratège étaient intactes, tout au moins en ce qui concerne la conception des opérations, car en revanche, il allait commettre ou laisser commettre au niveau de l'exécution des erreurs qui causeront sa perte.

C'est ce que nous allons examiner en étudiant successivement

                   -   le plan de campagne de Napoléon,

-        les combats de Ligny et des Quatre-Bras le 16 juin,

-        les occasions perdues du 17 juin,

-        la bataille décisive à Waterloo, le 18 juin

-        et pour conclure les conséquences de la défaite.

I°- Le plan de campagne de Napoléon.

       11- Le rapport de forces entre les Alliés et la France.

      Napoléon a donc essayé de négocier en voulant faire croire à l'Europe qu'il remontait sur le trône avec des intentions pacifiques. Ayant échoué dans son entreprise il ne lui reste plus qu'à combattre. Face à lui, 800.000 hommes sont en train de se concentrer en vue d'une offensive générale prévue pour juillet. Ils sont répartis en quatre armées principales:

-        l'armée des Pays-Bas aux ordres du duc de Wellington, elle regroupe 95.000 Anglais, Hanovriens et Néerlandais;

-        l'armée du Bas-Rhin, 116.000 Prussiens aux ordres du feld-maréchal Blücher;

-        l'armée du Rhin, 150.000 Russes aux ordres du maréchal Barclay de Tolly;

-        l'armée du Haut-Rhin, 230.000 hommes aux ordres du Prince Schwarzenberg, elle est formée de troupes autrichiennes et de différents états allemands.

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      A cela s'ajoute une armée austro-piémontaise, mais elle est occupée à lutter contre le roi de Naples Joachim Murat qui essaie de conserver son trône et une armée espagnole susceptible de franchir les Pyrénées.

      Napoléon peut leur opposer les armées de Rapp, Lecourbe et Suchet à l'est, de Brune, Decaen et Clauzel au sud, et celle de Lamarque dans l'ouest, face aux velléités de révolte des vendéens toujours fidèles aux rois. Mais l'essentiel de son corps de bataille est constitué par l'Armée du Nord, forte de 122.000 hommes qu'il doit prendre directement à ses ordres.

       12- La conception stratégique de Napoléon.

      En état d'infériorité numérique, l'Empereur sait qu'il ne peut gagner qu'en battant successivement les différentes armées avant qu'elles réalisent leur jonction. Les armées russe et autrichienne ne représentant pas un danger immédiat ( leur arrivée sur le théâtre n'est pas envisageable avant juillet) il va s'intéresser aux deux armées déployées en Belgique, c'est à dire l'armée de Wellington et celle de Blücher. Wellington a d'abord placé le centre de gravité de son armée à l'ouest de Bruxelles, pour se garantir une éventuelle possibilité de sortie vers les ports de la Manche, mais répondant aux demandes insistantes de Blücher, il a accepté de déployer le 1er Corps d'armée sur la route Bruxelles-Namur. Quant à Blücher il a placé ses quatre corps d'armée le long de la route Liège-Namur-Charleroi. Diapositive04

Renseigné sur le dispositif adverse par des informations provenant de Belgique, l'Empereur décide de marcher sur Charleroi et de combattre séparément les Anglais sur Bruxelles et les Prussiens sur Namur. Il escompte que Wellington battu se repliera sur Anvers pour rembarquer vers l'Angleterre et que Blücher battu repassera le Rhin.

      Dans les premiers jours de juin, il concentre son armée sur la frontière nord à hauteur d'une ligne Maubeuge-Beaumont-Philippeville. Le 12, il quitte Paris pour se mettre à la tête de ses troupes.

II°- Les débuts de la campagne.

       1 - Le 15 juin à 03.30 du matin, l'Armée française se met en mouvement, passe la frontière et se dirige vers Charleroi. Vers midi les renseignements, tant d'espions que d'unités de cavalerie confirment à Napoléon que Wellington viendra vers lui depuis Bruxelles et Blücher depuis Namur pour opérer leur jonction dans la région des Quatre-Bras. Il décide donc de porter son aile gauche composée des corps de Reille, de Drouet d'Erlon et de la cavalerie légère de la Garde sur les Quatre-Bras pour y arrêter les Anglais et porter le reste de l'armée vers Sombreffe pour livrer bataille aux Prussiens. C'est à ce moment que survient le Maréchal Ney, venu de Paris en voiture avec un seul aide de camp et qui venait, par chance, d'acheter deux chevaux au Maréchal Mortier qui souffrait de sciatique. Ney avait été tenu à l'écart par l'Empereur depuis son retour, cependant quittant Paris le 12 juin Napoléon avait dit à Davout: « Si Ney désire être de la première bataille, qu'il me rejoigne dés que possible à Avesne ». Diapositive05

     Napoléon le reçoit cordialement en lui disant: « Bonjours Ney, je suis bien aise de vous voir. Prenez le commandement des 1er et 2éme Corps, je vous donne aussi la cavalerie légère de ma Garde, demain vous serez rejoint par les cuirassiers de Kellerman. Allez, poussez l'ennemi sur la route de Bruxelles et prenez position aux Quatre-Bras ».

      Cette scène est assez étonnante, voilà un maréchal plus ou moins en disgrâce que l'on invite à venir participer, s'il le veut, à une bataille où va sans doute se jouer le sort de l'Empire, on lui donne le commandement de 45.000 hommes, avec pour seul consigne de prendre position aux Quatre-Bras sans savoir ni quand ni pourquoi. Il ne connait rien du plan de campagne de l'Empereur, il ne sait pas quel ennemi il a en face de lui, il n'a pas d'état-major pour préparer et diffuser ses ordres. En bref, c'est une complète improvisation et les erreurs dramatiques que va commettre ce maréchal de France, sans être excusables sont pour le moins compréhensibles.

     C'est à ce moment que l'Empereur apprend la désertion du Général Comte de Bourmont, commandant une division du 6éme Corps, il passe à l'ennemi avec une partie de son état-major. Royaliste de cœur, « il ne voulait pas contribuer à rétablir le despotisme en France ». Même si Blücher refusera de lui parler, disant: « Même si il change de cocarde, un jean-foutre sera toujours un jean-foutre «    , il est vraisemblable qu'il fournira aux Prussiens des renseignements sur le plan de campagne de Napoléon. Mais surtout sa désertion renforcera le doute qui régnait dans le camp français concernant la fidélité des officiers envers l'Empereur, les soldats ayant tendance à voir partout des traitres en puissance. Bourmont connaitra par la suite une brillante carrière sous la Restauration, c'est en particulier lui qui commandera l'expédition d'Alger en 1830.

Ney se porte donc vers l'aile gauche française pour en prendre le commandement et s'emparer du carrefour des Quatre-Bras. Mais arrivé sur les lieux, par une erreur d'appréciation peu compréhensible, il croit avoir en face de lui une grande partie de l'Armée anglaise alors que le carrefour n'est tenu que par les 4.500 fantassins de la division néerlandaise du général Perponcher.Il juge donc aventureux ou pour le moins prématuré d'engager les 25.000 hommes du corps d'armée de Reille et remet l'attaque au lendemain matin 16 juin. Notons à la décharge de Ney qu'à 7 heures du soir les soldats de Reille qui venaient de couvrir 40 kilomètres en 12 heures avaient besoin de se remettre en condition. Diapositive06

       Simultanément Grouchy, commandant la réserve de cavalerie, mais chargé par l'Empereur de coiffer l'aile droite, a refoulé les Prussiens du Ier corps du général von Ziethen, mais ne pouvant atteindre Sombreffe avant la nuit, il décide avec l'accord de Napoléon de faire bivouaquer ses troupes à hauteur de Fleurus.

       Le 15 soir, le pari de Napoléon est en partie tenu, il a séparé Wellington de Blücher, sans pour autant conquérir les objectifs qu'il s'était fixé, à savoir les carrefours des Quatre-Bras et de Sombreffe.

     2- Dans la nuit du 15 au 16, Wellington qui assiste à Bruxelles, avec une centaine de ses officiers à un bal donné par la comtesse de Richmond est informé que les Français sont au contact de la division hollandaise de Perponcher à hauteur des Quatre-Bras. Il donne l'ordre au général Hill de basculer son corps d'armée de l'ouest au sud de Bruxelles, prend congé de la comtesse et rejoint ses troupes aux Quatre-Bras à 9 heures du matin. La situation de Ney se complique, l'arrivée des renforts anglais inversant peu à peu le rapport de forces rend la conquête du carrefour de plus en plus urgente. Mais  «le brave des braves » reste apathique toute la matinée et ce n'est que vers 14.00 heures, qu'après un nouveau rappel à l'ordre de Napoléon, il engage véritablement le combat. Diapositive07

       Dans la matinée du 16, Blücher qui a décidé d'accepter la bataille déploie son armée en avant de Sombreffe, seul manque le corps de von Bülow attardé sur la route de Namur. Il aligne donc environ 85.000 hommes. Le vieux feld-maréchal von Blücher, âgé de 73 ans, surnommé « général en avant » par ses soldats est plus un sabreur qu'un grand stratège, il a conscience de son peu d'efficacité dans la haute direction de la guerre et s'appuie sans complexe sur un homme d'exception le lieutenant général von Gneisenau, un des principaux architectes de la réforme militaire prussienne, devenu major général de l'Armée. A noter, pour la petite histoire, que le chef d'état-major du 3 éme corps prussien est le colonel Karl von Clausewitz.

    C'est à 08h00 que Napoléon alors à Charleroi, est prévenu par un message de Grouchy que de fortes colonnes ennemies débouchent de la route de Namur de part et d'autre de Ligny pour renforcer le corps de Ziethen. L'empereur se porte immédiatement sur place et du haut du moulin à vent de Fleurus, constate que Blücher accepte la bataille. N'ayant qu'environ 70.000 hommes à opposer aux 85.000 prussiens, il demande à Ney de le soutenir en lui envoyant le 1er Corps de Drouet d'Erlon pour « envelopper la droite ennemie et tomber à bras raccourcis sur les arrières ». Le maréchal Soult, major général, ajoute « Cette armée est perdue si vous agissez vigoureusement. Le sort de la France est entre vos mains ». La bataille débute à 15.30, les troupes françaises repoussent, peu à peu, mais avec difficulté les Prussiens en attendant l'arrivée du 1er Corps qui doit envelopper et détruire l'aile droite de Blücher. Le 1er Corps n'arrivera jamais; Soult pour gagner du temps a fait porter l'ordre directement à d'Erlon sans passer par Ney. Quand d'Erlon arrive à hauteur de Ligny, il est rattrapé par un messager de Ney qui lui intime l'ordre de retourner aux Quatre-Bras. Discipliné d'Erlon exécutera l'ordre de son supérieur hiérarchique. Les 20.000 hommes du 1er Corps auront donc passé l'après midi en allers et retours entre les deux champs de bataille sans pouvoir être engagés. Faute de Napoléon trop confiant vis à vis de ses subordonnés, faute de Soult pas assez précis dans la rédaction des ordres, faute de Ney qui fait preuve d'indiscipline, qu'importe une manœuvre qui devait aboutir à une victoire décisive sur les Prussiens a échoué.

Le combat continue jusqu'à la nuit, la Garde finit par enfoncer l'infanterie prussienne, les cuirassiers français de Milhaud sabrent les fantassins en retraite, Blücher, déchainé charge comme un jeune homme à la tête des uhlans de Brandebourg, il est renversé sous son cheval au milieu des Français qui ne le reconnaissent pas et il est récupéré par son aide de camp et des dragons qui le ramènent vers l'arrière. A l'état-major prussien, on est sans nouvelles du feld-maréchal et tous les regards se tournent vers Gneisenau à qui revient la prise de décision; à cheval, consultant sa carte à la lueur du claire de lune,il décide après un court examen « En retraite sur Tilly et sur Wavres ». Diapositive08

Blücher ayant récupéré après avoir bu un magnum de Champagne et s'être fait massé avec de l'ail et du schnaps, approuvera la décision de son chef d'état-major. La nuit est tombée, les Prussiens malmenés quittent le champ de bataille, mais en bon ordre, ils vont prendre une direction qui les rapproche de Wellington. Contrairement à ce pense avec optimisme Napoléon, ils ne sont pas en déroute et ne s'enfuient pas vers le Rhin.

     23 – Le 17 juin matin, la situation est la suivante:

- Wellington a rejoint l'armée anglaise qui est presque en totalité rassemblée aux Quatre-Bras face à Ney toujours aussi indécis, voire amorphe,

- l'armée prussienne est en mouvement vers Wavres,

- Napoléon sur le champs de bataille de Ligny donne l'impression de perdre du temps, il passe les troupes en revue, félicite ses soldats et discute avec ses généraux.

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      Vers 11.00 heures, il prescrit au général Mouton, de se porter avec le 6éme corps, par la route de Namur, en direction des Quatre-Bras, pour prendre en tenaille les Anglais. Avant de quitter Ligny, à la tête de la Garde pour suivre Mouton, il dit à Grouchy: « Pendant que je vais marcher contre les Anglais, vous allez vous mettre à la poursuite des Prussiens. Vous aurez sous vos ordres les corps de Vandamme et de Gérard, la cavalerie de Pujol et d'Exelmans ». Henry Houssaye, dans son excellent ouvrage Waterloo paru en 1905, écrit: « Dés le premier instant, Grouchy sentit le poids plus que l'honneur de cette mission. Au cours de sa longue carrière, il n'avait jamais exercé un si grand commandement. C'était comme général de cavalerie qu'il avait accompli ses faits d'armes et conquis sa renommée. Il était l'homme d'une seule heure, d'une seule manœuvre, d'un seul effort. Tacticien, mais tacticien momentané, local et spécial, il n'était pas fait pour la conduite et la responsabilité des opérations stratégiques et de plus il était conscient de son infériorité comme commandant d'armée agissant isolément. Ce sentiment allait le paralyser ». Trois quart d'heure plus tard, Napoléon précisera par écrit les instructions verbales qu'il venait de donner au maréchal Grouchy en lui intimant: de concentrer ses forces à Gembloux, point intermédiaire entre Namur et Wavres, de s'éclairer vers Namur direction probable mais non certaine de la retraite prussienne, de se mettre à la poursuite des Prussiens et en les suivant de pénétrer leurs desseins pour savoir en particulier si Blücher avait pour objectif de se réunir aux Anglais.

     Napoléon s'engage alors sur la route des Quatre-Bras, avec la Garde pour monter sa manœuvre contre les Anglais. Dans la matinée Wellington apprenant la défaite de Blücher à Ligny se sent exposé à une attaque combinée de Ney sur son front et de Napoléon sur sa gauche; il décide de retraiter pour aller occuper le plateau de Mont-Saint-Jean, forte position défensive qu'il avait reconnu l'année précédente et d' y livrer bataille à condition que les Prussiens puissent lui prêter main forte. Il sollicite Blücher qui lui répond qu'à l'aube du 18, le corps de von Bulow qui n'avait pas participé à la bataille de Ligny, puis le corps de von Pirch, se mettraient en route, en mesure de déboucher dans l'après-midi sur le flanc droit des Français. Les divisions anglaises commencent leur retraite, couvertes et masquées par les 10.000 cavaliers du lieutenant-général lord Uxbridge.

     Quand Napoléon arrive aux Quatre-Bras à 14.00 heures, il lance deux divisions de cavalerie, suivies du corps de d'Erlon à la poursuite des Anglais. A ce moment éclate un orage d'une violence exceptionnelle, la poursuite se déroule sous une pluie effroyable rendant très difficile toute progression hors de la route. Vers 18.30 heures, Napoléon à la tête de son avant garde atteint les hauteurs de la Belle Alliance en face du plateau de Mont-Saint-Jean où Wellington a arrêté son armée. Un bref duel d'artillerie s'engage, Napoléon voulant par là évaluer le volume approximatif des forces face à lui. La nuit approchant, les corps de Reille et Mouton étant très en arrière, l'Empereur fait cesser le feu et mettre ses troupes au bivouac. Il a compris que ce ce n'est pas une arrière garde qui lui fait face , mais l'ensemble de l'Armée anglaise.

III – La bataille décisive le 18 juin 1815.

     1 – Le champ de bataille et les forces en présence.

     Les deux armées passent la nuit du 17 au 18 sous une pluie d'orage incessante; les hommes dorment à même le sol, dans la boue ou dans les seigles mouillés ( on avait l'impression de rentrer dans un bain, diront certains). Pas de bois pour faire du feu, les musettes sont vides, les vivres n'arriveront que tard dans la nuit voire dans la matinée. Au petit jour les deux armées se font face sur un champ de bataille choisi et aménagé par Wellington. Diapositive10

      Si Victor Hugo a qualifié, dans son poème « l'Expiation » Waterloo de « morne plaine », ce doit être ce que l'on appelle une licence poétique; d'ailleurs il s'est empressé d'ajouter, deux vers plus loin, « dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons », ce qui correspond beaucoup plus à la réalité. En effet, les plateaux de la Belle Alliance et de Mont-Saint-Jean, d'une altitude moyenne de 130 mètres, s'élèvent parallèlement d'est en ouest, ils sont séparés par un vallon, d'altitude moyenne de 100 mètres. La route Charleroi-Bruxelles traverse le champ de bataille suivant un axe nord-sud. A gauche et à droite de la route, c'est une succession de mamelons et de creux. Le chemin d'Ohain à Braine l'Alleud, suit grosso modo la crête du plateau de Mont-Saint-Jean, à l'est il est au ras du sol mais bordé de haies vives qui rendent sa traversée difficile. A l'ouest de la route, sur 400 mètres environ, il forme un chemin creux de 2 à 3 mètres de profondeur facile à défendre, même si Victor Hugo en a exagéré l'importance. En arrière de la crête, le terrain s'incline vers le nord, permettant aux troupes de seconde ligne d'échapper aux vues de l'adversaire et d'être ainsi protégées des feux. Trois « brises lames », comme les a dénommées Wellington, se dressent à mi-pente :

     - le château d'Hougoumont avec ses communs, son verger et son bois,

     - la ferme de la Haie Sainte, bâtiment massif bordée elle aussi d'un verger et adossée à une sablière,

      - l'ensemble ferme de la Papelotte et hameau de Smohain.

En résumé, ce terrain est favorable à la défensive et permet des contre-attaques dont la mise en place peut se faire à l'abri des vues.

     Le duc de Wellington, compte tenu des pertes enregistrées aux Quatre-Bras, dispose de 68.000 hommes et 180 canons. Il a appris le 17 soir que Blücher serait en mesure de l'appuyer en tombant sur le flanc droit des Français le 18 après midi. Cela explique, qu'attendant les Prussiens à l'est, il puisse affaiblir son aile gauche et renforcer son centre et sa droite. Il a fait occuper Hougoumont par les Coldstream Guards et des chasseurs hannovriens, la Haie Sainte par des éléments de la King German Legion et la Papelotte par la division hollandaise de Perponcher. Diapositive11

Sur son aile gauche une division anglaise couverte par deux brigades de cavalerie. Le centre et l'aile droite sont déployés sur deux lignes germano anglaises soutenues par l'essentiel de la cavalerie lourde. En arrière une réserve à base de troupes allemandes et hollandaises. Très à l'ouest, la division hollandaise de Chassé pour s'opposer à un éventuel débordement. Assuré de l'aide des Prussiens, Wellington est confiant. Proche de la troupe, actif et imperturbable sur le champ de bataille, il combattait en tenue de chasse, un chapeau civil sur la tête et le bon mot toujours aux lèvres. Lorsque Lord Uxbridge, commandant la réserve de cavalerie, vint le voir le 17 soir pour lui demander ses intentions pour le lendemain, le duc lui répliqua par une question :

      - « Qui attaquera demain, Bonaparte ou moi ? »

     - « Bonaparte » répondit Uxbridge

     - « Bien, poursuivit le duc, Bonaparte ne m'a pas informé de ses plans, et comme les miens dépendent des siens, comment voulez vous que je puisse vous en parler ? »

Mais voyant la perplexité et un certain dépit sur le visage de son interlocuteur, il lui posa familièrement une main sur l'épaule et lui dit : « Il n'y a qu'une chose certaine, mon cher, c'est que quoiqu'il arrive demain, vous et moi nous ferons notre devoir ».

      Coté français, et compte tenu des 33.000 hommes et des 108 canons confiés à Grouchy pour poursuivre Blücher, l'Empereur dispose de 74.000 hommes et 260 canons. Ne connaissant pas avec précision le dispositif de Wellington, il décide de déployer son armée de manière symétrique de part et d'autre de la route de Bruxelles. A droite de cette route il place les 16.000 fantassins des 4 divisions d'infanterie du 1er Corps de Drouet d'Erlon, couverts à l'est par la cavalerie légère de Jaquinot. Derrière on trouve les 2700 cuirassiers de Milhaud et les 2000 lanciers et chasseurs à cheval de la cavalerie légère de la Garde. A gauche de la route, les 3 divisions du 2éme corps de Reille (15.000 hommes) couvert à l'ouest par les 1.300 cavaliers de Piré. En deuxième échelon au centre du dispositif, à cheval sur la route de Bruxelles, le 6éme corps de Mouton à 2 divisions (10.000 hommes), entre les 3.000 cuirassiers et carabiniers de Kellerman et les 2.000 lanciers et chasseurs de Domon et Subrevie. Diapositive12

  En réserve la Garde Impériale avec aux ordres de Drouot, les 3 divisions d'infanterie (Jeune Garde, Moyenne Garde et Vieille Garde) soit 13.000 grenadiers et chasseurs d'élite et enfin, aux ordres de Guyot, la division de cavalerie lourde soit 1600 grenadiers à cheval et dragons. En fin de matinée, l'Empereur fait mettre en place ce qu'il nomme la « grande batterie », formée de l'artillerie du 1er corps renforcée par les batteries lourdes des 2éme et 6éme corps soit un total d'environ 80 tubes pour affaiblir les défenses anglaises avant l'attaque.

2- Pendant ce temps là Grouchy....

     Abandonnons quelques instants la mise en place des troupes à Waterloo pour retrouver le Maréchal Emmanuel de Grouchy que nous avions laissé sur le champs de bataille de Ligny recevant de Napoléon l'ordre de poursuivre l'armée de Blücher. Grouchy s'est mis en route vers midi à la poursuite des Prussiens qui ayant quitté Sombreffe dans la nuit possédaient une dizaine d'heures d'avance sur lui. Il atteint Gembloux le 17 dans la soirée et pousse quelques reconnaissances vers Namur qui ne donnent rien. Il pense alors que les Prussiens se dirigent vers Wavres puis Bruxelles pour y faire leur jonction avec Wellington, il en rend compte à Napoléon, en précisant qu'il marche sur Wavres où il attendra des ordres complémentaires de l'Empereur. Il quitte tranquillement Gembloux le 18 matin et s'arrête à Wahlain pour déjeuner, au moment où Blücher quitte Wavres pour rejoindre Bülow et Ziethen dont les avant-gardes sont en vue de Waterloo. Diapositive13

 Il est midi, le Maréchal en est au désert ,il mange des fraises lorsque retentit au Nord-ouest un fort bruit de canonnade. Le général Gérard, commandant le 4éme corps arrive avec ses officiers et des habitants du village. «  Il faut marcher au canon » déclare-t-il. Grouchy lui répond qu'il s'agit sans doute de l'arrière-garde laissée par Wellington pour couvrir sa retraite sur Bruxelles. Mais le feu devient plus vif et plus nourri, indiquant que deux armées sont aux prises. « La bataille est au Mont-Saint-Jean à la lisière de la forêt de Soignes, vous y serez dans quatre ou cinq heures de marche »dit un paysan que Gérard avait choisi comme guide. « Il faut marcher au canon » répète Gérard, « Il faut marcher au canon » répètent tous les officiers présents. Grouchy, vexé, rétorque que si l'Empereur avait besoin de lui il le lui aurait fait savoir. Gérard s'entête « Monsieur le Maréchal, il est de votre devoir de marcher au canon ». Offensé qu'un subordonné lui fasse la leçon devant une vingtaine d'officiers, Grouchy demande ses chevaux pour partir vers Wavres. Au moment où il monte en selle, Gérard risque une dernière tentative: « Permettez moi au moins de faire mouvement avec mon corps d'armée vers la forêt de Soignes, je suis certain d'y arriver en temps utile ». « Non, répond Grouchy, cela serait une faute impardonnable que de diviser mes forces » et cela dit, il s'éloigna au galop. A partir de cet instant le sort de la bataille était pratiquement scellé.

3- L'attaque et l'échec du 1er corps de Drouet d'Erlon.

     La concentration des troupes dans un espace aussi restreint interdisant les larges débordements, l'idée de manœuvre de Napoléon était simple : « Je ferai jouer ma nombreuse artillerie, je ferai charger ma cavalerie pour forcer les ennemis à se montrer et quand je serai bien sûr du point occupé par les nationaux anglais, je marcherai droit sur eux avec la Vieille Garde ». Il précise en donnant ses ordres aux commandants de corps d'armée, qu'il veut dans un premier temps mener une action de diversion sur Hougoumont, puis porter en force son aile droite contre l'aile gauche anglaise, la culbuter sur le centre, enfin attaquer le long de la route de Bruxelles pour couper l'armée anglaise en deux et la détruire. Il était effectivement logique d'attaquer avec l'aile droite contre la gauche adverse, car cela présentait un double avantage : faire effort sur le côté faible de l'adversaire et le séparer des Prussiens qui ne pouvaient arriver que par l'Est. Napoléon avait l'habitude de dire « La guerre est un art simple et tout d'exécution ». Son plan est effectivement simple, tout va dépendre de son exécution. Diapositive14

 

     Ce 18 juin matin, Napoléon a l'air confiant, même si les fortes pluies de ces dernières heures ont détrempé le terrain, favorisant la défensive et rendant difficile la mise en place des pièces d'artillerie, ce qui retarde le début des hostilités. Lorsque le maréchal Soult et le général Reille lui font part de leurs inquiétudes au moment d'engager le combat, il les accueille avec condescendance.

     Reille : « Bien postée comme Wellington sait le faire et attaquée de front, je regarde l'infanterie anglaise comme inexpugnable en raison de sa ténacité et de la supériorité de son tir. Mais l'armée anglaise est moins agile, moins souple, moins manœuvrière que la notre. Si on ne peut la vaincre par une attaque directe, on peut le faire par des manœuvres ». Napoléon, impatienté et peut être irrité par cette prise de position d'un général devant tout son état-major, rétorque vivement : « Parce que vous avez été battu par Wellington, vous le considérez comme un grand général. Et moi, je vous dis que Wellington est un mauvais général, que les Anglais sont de mauvaises troupes et que ce sera l'affaire d'un déjeuner ». « Je le souhaite de tout coeur », répond Soult.

      Pour faciliter l'attaque de son aile droite, Napoléon a décidé de prononcer une manoeuvre de diversion sur Hougoumont, espérant que Wellington y enverra des renforts dégarnissant ainsi son centre. A 11.00 heures, il donne l'ordre à Reille d'occuper les approches d'Hougoumont. C'est la division de Jérôme Bonaparte, frère cadet de l'Empereur, qui en reçoit la charge. Cette attaque rendue très difficile par la configuration du terrain et l'excellent usage défensif qu'en auront fait les grenadiers des Coldstream Guards, n'attirera que peu de renforts anglais et consommera tout au long de la journée le tiers des effectifs du 2éme Corps. Diapositive15

      Pendant ce combat préliminaire, Napoléon prépare son offensive principale. Avant de donner l'ordre à la grande batterie d'ouvrir le feu, il fait avec sa longue-vue un dernier tour d'horizon du champs de bataille et aperçoit sur sa droite, à hauteur de la Chapelle Saint Lambert, village distant de 7 ou 8 kilomètres, quelque chose ressemblant à une troupe en mouvement. Ce ne pouvait être Grouchy, son message de 06.00 heures indiquant qu'il quittait Gembloux pour Walhain, mais plus vraisemblablement les avant-gardes d'un corps prussien, cette hypothèse fut presque immédiatement confirmée par un hussard prussien fait prisonnier, porteur d'un pli de Bülow à Wellington, annonçant l'arrivée de ses avant-gardes à la Chapelle Saint Lambert. Napoléon expédie aussitôt un message à Grouchy qui se termine par ces mots : « une lettre qui vient d'être interceptée porte que le général Bülow doit attaquer notre flanc droit. Nous croyons apercevoir ce corps sur les hauteurs de Saint Lambert. Ainsi ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous et écraser Bülow que vous prendrez en flagrant délit ». L'Empereur prit incontinent des mesures pour protéger le flanc de l'armée. Les divisions de cavalerie légère de Domon et Subervie, furent détachées sur la droite afin d'observer l'ennemi et de prendre contact, le cas échéant, avec Grouchy. Mouton reçut l'ordre de porter le 6éme Corps derrière cette cavalerie dans une position où il pourrait contenir les Prussiens. Napoléon semble être resté confiant, il dit à Soult :  « Nous avions ce matin quatre vingt dix chances pour nous. Nous en avons encore soixante contre quarante. Et si Grouchy répare l'horrible faute qu'il a commise en s'amusant à Gembloux et marche avec rapidité, la victoire en sera plus décisive, car le corps de Bülow sera entièrement détruit ».

     Il était environ 13.30 quand Napoléon donna l'ordre à Ney de déclencher l'attaque. La batterie de quatre vingt pièces commença un feu très fourni sur les positions anglaises entre la Haie Sainte et la Papelotte. Bien que spectaculaire cette canonnade ne causa pas de pertes très importantes chez l'ennemi, Wellington faisant reculer ses troupes à contre pente et le terrain détrempé bloquant les boulets sans permettre les ricochets. Au bout d'une demi-heure, l'artillerie suspendit son tir pour laisser passer l'infanterie de d'Erlon. Sous le commandement de Ney, le 1er Corps s'ébranle; les 16.000 hommes, descendent, sous les feux de l'artillerie anglaise, vers le creux du vallon et remontent la pente du plateau. La progression est difficile dans la boue et les seigles trempés. Le dispositif adopté par d'Erlon est un peu surprenant puisque il a organisé ses divisions en colonnes fermées ce qui nuit au déploiement rapide en ligne pour augmenter la puissance de feu ou en carré pour s'opposer aux charges de cavalerie. Les quatre divisions arrivent à hauteur du chemin d'Ohain et coiffe la crête, elles sont accueillies par la fusillade anglaise, s'arrêtent pour se redéployer et riposter plus efficacement. Il s'en suit un désordre que le général Picton exploite en déclenchant le feu des bataillons écossais, les célèbres Highlanders , surnommés à cause de leur kilt, « les sans culottes » par les soldats français.

     Picton, qui combattait élégamment vêtu d'un habit civil avec un chapeau haut de forme, est tué d'une balle dans la tête, mais la ligne française flotte et c'est à ce moment que Lord Uxbridge lance sa cavalerie lourde, la brigade du général Ponsonby formée de régiments anglais, irlandais et écossais, les fameux Scots Grey et la Household brigade du général Somerset, c'est à dire la cavalerie de la Maison du Roi. Les fantassins sont taillés en pièces, deux divisions sur quatre sont totalement désorganisées. Dans l'ivresse de la victoire, la cavalerie anglaise au lieu de s'arrêter et de regagner ses lignes remonte le plateau de la Belle Alliance et vient sabrer les artilleurs de la Grande batterie qui s'enfuient en abandonnant leurs pièces. Sans appui d'infanterie ou d'artillerie, les cavaliers anglais deviennent vulnérables, les cuirassiers de Milhaud et les lanciers de Jacquinot, contre attaquent les prennent en tenailles et leur infligent de très lourdes pertes, le corps du colonel Hamilton commandant les Scots Greys sera retrouvé les deux bras coupés. Le général Ponsonby est fait prisonnier par un sous officier des lanciers, mais lorsque quelques Scots Grey cherchent à libérer leur chef, le sous-officier préfère le tuer d'un coup de lance puis charge les Ecossais, en tue trois et met les autres en fuite. Diapositive16
     Il était 15.30 heures l'attaque du comte d'Erlon avait échoué, son corps d'armée était en partie désorganisé et même si la cavalerie lourde de Wellington avait subi de lourdes pertes, tout restait à faire pour Napoléon qui venait de recevoir un message de Grouchy écrit, à Walhain à 15.30, qui lui annonçait qu'il se dirigeait vers Wavres. Il devenait donc très improbable, qu'à moins de s'être mis à marcher au canon à 12.00 heures, Grouchy puisse prendre de flanc les Prussiens de Bülow. L'échec sanglant de d'Erlon, la présence de Bülow et l'éloignement de Grouchy rendaient, désormais, très aléatoire le résultat de la bataille. Wellington aussi était inquiet, son objectif était de tenir ses positions jusqu'à l'entrée en ligne de l'armée prussienne; il avait espéré que Bülow commencerait son attaque dès 14.00 heures, il était 15.30 et Bülow était toujours en train de regrouper son corps d'armée éparpillé par les difficultés du parcours. Diapositive17

4 – L'attaque prématurée de Ney à la tête de la cavalerie.

Vers 16.00 heures, Napoléon donne de nouveau à Ney l'ordre de s'emparer de la Haie Sainte. Le général d'Erlon rallie ses bataillons, plus ou moins éprouvés, les Français repartent à l'assaut du plateau et la Grande batterie reprend son pilonnage en le concentrant sur le centre anglais. Pour réduire les pertes les bataillons anglais reculent à nouveau à l'abri de la contre-pente. Ney, se méprenant sur ces mouvements qu'il voit mal à travers la fumée, croit à un commencement de retraite de l'armée anglaise et décide de prendre pied sur le plateau avec la cavalerie pour enfoncer définitivement le front de Wellington.

    De sa propre initiative, a priori sans l'accord de l'empereur et dans le feu de l'action, il réussit à convaincre le général Milhaud de le suivre avec son corps de cuirassiers « En avant, il s'agit du salut de la France ». Au passage Milhaud dit au général Lefèbvre-Desnouëttes, commandant la cavalerie légère de la Garde « Je vais charger, soutiens moi ». Avec Ney à leur tête 5000 cavaliers se préparent à se lancer à l'assaut du plateau, entre la Haie Sainte et Hougoumont. Les Anglais observaient avec inquiétude les positions françaises, craignant une nouvelle attaque d'infanterie, mais quand ils virent la cavalerie se déployer face au plateau, leur surprise fut extrême et certains ressentirent même du soulagement. « Nous nous étonnâmes, dit un officier de l'entourage du duc, que l'on tentât une attaque de cavalerie contre une infanterie encore non ébranlée et qui couchée en arrière de la crête avait peu souffert de la canonnade ». Diapositive18

Aussitôt, Wellington pousse en première ligne la quasi totalité de ses réserves et déploie, en quinconce, entre la route de Nivelles et la route de Bruxelles vingt bataillons formés en carré, précédés de toute l'artillerie disponible . Les cuirassiers gravissent péniblement les pentes grasses du plateau, subissant les feux de l'artillerie .

     Quand ils atteignent les canons anglais, les servants abandonnent leurs pièces et se réfugient à l'intérieur des carrés formés sur trois rangs, le premier genoux en terre, baïonnettes inclinées formant un véritable mur d'acier, les deuxième et troisième rangs debout, faisant feu le plus tard possible pour avoir une efficacité maximale. Les cavaliers couronnent la ligne de crête, chargent l'infanterie, repoussent une contre-attaque peu convaincante de la cavalerie légère hollandaise, hanovrienne et des hussards noirs de Brunswick. A la Belle Alliance où se tient l'état-major français, voyant les canons abandonnés, les cavaliers français qui virevoltent parmi les carrés anglais on crie victoire. Napoléon semble surpris et mécontent, il dit à Soult  : « Voilà un mouvement prématuré qui pourrait bien avoir des résultats funestes sur cette journée ». Le major général renchérit « Ney nous compromet comme à Iena ». L'empereur réfléchit un instant puis reprend  « C'est trop tôt d'une heure, mais le mal est fait et il faut soutenir ce qui est fait ». Il donne l'ordre à Kellermann de soutenir Ney avec ses cuirassiers et ses carabiniers, Guyot le suivant avec la cavalerie lourde de la Garde. Diapositive19
     Pendant plus de deux heures la cavalerie française va effectuer une dizaine de charges de moins en moins efficaces. Par une erreur tactique que l'on doit imputer à Ney chargé de coordonner l'attaque, mais également à Napoléon qui n'intervint pas alors que l'action se déroulait sous ses yeux, la cavalerie ne fut à aucun moment soutenue par l'infanterie du 2éme corps de Reille qui était disponible, mise à part la division de Jérôme Bonaparte toujours à l'attaque de Hougoumont. Cette infanterie aurait pu s'emparer des canons anglais et fusiller les carrés de Wellington. Ce n'est qu'à 18.30 heures, alors que la cavalerie est exsangue que Ney lancera l'infanterie de Reille à l'assaut de la Haie Sainte qui tombera enfin aux mains des Français. Ney y fait placer des canons qui prennent en enfilade les positions britanniques. La situation des alliés devient très critique, Wellington regarde sa montre et dit  : « Blücher ou la nuit ». Ney demande à Napoléon des renforts d'infanterie pour enfoncer les dernières résistances anglaises, mais compte tenu de la menace prussienne sur son flanc droit, Napoléon refuse sans doute à tort de se départir de la Garde. Même les historiens britanniques pensent qu'à ce moment, les « bonnets à poils » auraient sans doute enfoncé les troupes anglaises épuisées. A toute demande d'ordre ou de renfort de ses généraux, Wellington répondait d'ailleurs : « Il n'y a pas d'autre ordre que de tenir jusqu'au dernier homme ». Diapositive20

 

 

5 – L'engagement des Prussiens

    Aux environs de 18.00 heures le corps d'armée de Ziethen, confronté à un terrain très difficile le long de la forêt de Soignes peine à faire sa jonction avec l'aile gauche anglaise. Plus au sud, poussé et harcelé par Blücher qui veut tenir sa promesse de soutien faite à Wellington, le corps d'armée de Bülow, débouche du bois de Paris en direction de Plancenoit suivi à distance par le corps de Pirch. Les Prussiens sont d'abord au contact des divisions de cavalerie de Domon et Subrevie qui les freinent jusqu'à hauteur du 6éme corps du général Mouton qui se retranche dans le village de Plancenoit. Ses 10.000 fantassins perdant pied peu à peu face aux 33.000 hommes de Bülow, il demande de l'aide à l'empereur qui le renforce par la division de la Jeune Garde, qui reprend Plancenoit mais en est chassé par un nouvel assaut prussien. Napoléon envoie alors deux bataillon de la Vieille Garde qui à 19.00 heures reconquièrent le village à la baïonnette. A peu près au même moment le corps de Ziethen fait sa jonction avec la gauche de Wellington, lui permettant de récupérer des troupes pour renforcer son centre. Le dernier corps d'armée prussien resté en couverture à Wavres rend compte à Blücher qu'il est attaqué par Grouchy et qu'il est en difficulté. La réponse du feld-maréchal est claire : « Que le général Thielmann se défende comme il pourra, il importe peu qu'il soit écrasé à Wavres si nous avons la victoire ici ». Diapositive21

 

 

6-L'attaque de la Garde et la déroute.

A 19.00 heures Napoléon juge que la situation est grave mais pas désespérée : l'engagement de deux bataillons de la Vieille Garde a permis de reprendre Plancenoit face à Bülow qui est jusqu'à présent le seul corps prussien identifié. Napoléon est en droit de penser que Grouchy arrête le reste de l'armée de Blücher à hauteur de Wavres. Face à Wellington, la division de Durutte du 1er Corps   prend la Papelotte et gravit le plateau en repoussant les tirailleurs néerlandais de Perponcher. De part et d'autre de la Haie Sainte, conquise par les Français, la gauche du 1er Corps et la droite du 2éme Corps pressent fortement les Anglais sur le chemin d'Ohain. La ligne ennemie paraît ébranlée, l'empereur présume que Wellington a engagé toutes ses réserves. Il lui reste deux heures de jour pour en finir. Il décide d'engager la Garde et ordonne à Drouot d'en faire avancer neuf bataillons sur les treize restants. Il se met à la tête du premier carré et descend de la Belle Alliance vers la Haie Sainte. Hélas pour lui, c'est le moment où Ziethen, à la demande pressante de Wellington et ayant réuni enfin la totalité de son corps d'armée, débouche le long de la lisière sud de la forêt de Soignes, à hauteur du village de Smohain. L'armée française est dès cet instant prise dans un étau anglo-prussienne; cette nouvelle risquant de susciter la panique, Napoléon donne l'ordre d'annoncer que c'est Grouchy qui arrive. Cette fausse nouvelle que beaucoup critiqueront, un chef ne ment pas à ses hommes, ravive la confiance et l'enthousiasme des Français. Apercevant Ney à hauteur de la Haie Sainte, Napoléon lui donne le commandement des cinq carrés de la Moyenne Garde, gardant sous ses ordres directs les quatre bataillons de la Vieille Garde. Cette décision peut surprendre, alors que depuis 48 heures, Napoléon critique les actions de Ney, il s'en remet à lui pour l'attaque de la dernière chance.

    Ney choisit alors, avec ou non l'assentiment de Napoléon, d'attaquer entre Hougoumont et la Haie Sainte, comme avec la cavalerie quelques heures plus tôt, au lieu de s'engager le long de la route de Bruxelles, itinéraire plus court et en partie protégé des feux de l'artillerie. Les cinq bataillons de la Moyenne Garde, précédés par Ney et une dizaine de généraux, s'avancent au pas cadencé au son lancinant des tambours et aux cris de « Vive l'Empereur ». Ils sont rapidement canonné par l'ennemi, Ney roule à terre avec son cheval, le cinquième tué sous lui, il se relève et poursuit à pied, l'épée à la main, aux côtés du général Friand commandant les Grenadiers de la Garde. Les carrés de droite culbutent rapidement les troupes de Brunswick, mais tombent ensuite sur les Anglais du général Halkett, les deux partis se fusillent à courte distance, pendant de longues minutes sans qu'aucun des deux ne prenne l'avantage. L'échelon de ga uche arrive à hauteur du chemin d'Ohain, c'est là que 2.000 foot guards du général Maitland les attendent couchés dans les blés. Diapositive22

 La légende dit que c'est Wellington en personne qui commanda : « Stand up guards and shoot them » ; à la première décharge 300 hommes tombent à terre dont le général Michel, commandant les chasseurs de la Garde. Les témoins disent qu'ils ont eu la sensation que les carrés français étaient ramenés en arrière par la puissance de feu. Les guards donnent l'assaut à la baïonnette et les deux carrés de chasseurs commencent à se désagréger. Le carré du 4éme Grenadier le plus à gauche, s'arrête et fusille les foot guards, mais les fantassins de la brigade Adam placés en potence, se dévoilent à leur tour sur le flanc des grenadiers et les tirent à bout portant. Alors se produit cette chose d'inouïe : avant de parvenir au contact, devant la force du feu britannique, conscients d'arriver trop peu nombreux sur des obstacles trop bien défendus, les grognards hésitent. Les Anglais tirent encore, chasseurs et grenadiers fléchissent et commencent à reculer. Un cri jaillit sur l'ensemble du front : « La Garde recule », suivit de « Nous sommes trahis » quand les hommes de Durutte se rendent compte que ce n'est pas Grouchy mais Ziethen qui débouche de Smohain. L'armée française se désagrège, toutes les troupes engagées redescendent en désordre du plateau.

     C'est la déroute. Wellington a compris que c'était l'instant décisif, il s'avance devant la ligne de ses troupes, se dresse sur ses étriers et fait tourner trois fois son chapeau au dessus de sa tête, signal de la contre-attaque générale. Un énorme« hurrah » retentit et l'Armée anglaise se lève, sort de ses abris et dévale en torrents, au son des bugles, des tambours et des pibrocks à la poursuite de l'Armée française qui se débande et s'enfuit. Lord Uxbridge, commandant la cavalerie, vient auprès de Wellington pour lui proposer de lancer la cavalerie légère; un éclat d'obus le frappe à la jambe droite. « Par Dieu, Monsieur, dit-il à Wellington, je crois que j'ai perdu ma jambe ». « Par Dieu, lui répond ce dernier, je crois que vous avez raison ». Uxbridge sera amputé quelques minutes plus tard et sa jambe sera enterrée sur le champ de bataille. Peu de temps avant sa mort, en 1854, Uxbridge, voulant « reposer entier dans son cercueil » demandera le retour de sa jambe, en échange de sa prothèse en bois qui est depuis exposée au musée de Waterloo. Pendant cet intermède entre « gentlemen britanniques », le Maréchal Ney, tête nue, à pied, un tronçon d'épée à la main crie avec rage au comte d'Erlon : « D'Erlon vient te faire tuer, car si nous en réchappons toi et moi, nous serons pendus par les émigrés ». Il se trompe, car d'Erlon, bien que condamné à mort sera gracié et finira sa vie Pair de France et Maréchal, quant à lui, il sera fusillé quelques mois plus tard. Il essaie de rallier quelques soldats pour les conduire à l'assaut en leur disant « Venez voir comment meurt un maréchal de France » et il crie face à la l'artillerie anglaise, «  Je voudrais que ces obus anglais me rentrent dans le ventre ». Rien y fait , ce jour là, la mort ne voulait du « brave des braves ». Diapositive23
      Sur la chaussée de Bruxelles, seuls trois bataillons de la Vieille Garde effectuent une retraite ordonnée pour essayer de rallier les troupes en débandade, Napoléon fait mettre en batterie ce qui reste de l'artillerie de la Garde pour ralentir la ruée anglaise; mais constatant l'inutilité de cette manœuvre, il se place en avant des lignes françaises recherchant une mort « à la Turenne ». Soult,  saisissant son cheval par la bride le fait rentrer à l'intérieur d'un carré qui retraite vers la Belle Alliance, en lui disant : « Non Sire, nos ennemis sont déjà assez heureux ». Le général Cambronne commandait un des carrés de la Garde, le général Hill, adjoint de Wellington, voyant le combat désespéré des « bonnets à poil » de la Garde et voulant éviter une mort désormais inutile à ces vaillants soldats, leur demande à plusieurs reprises de se rendre : « Grenadiers, rendez vous, vous serez traité comme les meilleurs soldats du monde. Nous vous rendrons les honneurs ». Cambronne répond : « La Garde meurt et ne se rend pas ». Blessé grièvement à la tête, Cambronne sera fait prisonnier et emmené en Angleterre. Sa réponse héroïque sera rapportée dans la presse parisienne dès le 24 juin. Lors qu'il rentre en France fin 1815, il est surpris de la notoriété que lui vaut cette phrase que rapidement il nia avoir prononcée en disant avec logique: « je ne peux avoir dit ces mots puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu ». Comte d'Empire, marié à une Anglaise , il nia également la réponse grossière que certains lui imputèrent; vers la fin de sa vie il convint néanmoins, que dans l'énervement du combat, il avait peut-être dit quelque chose comme : « Allez vous faire... ». La France vaincue mais toujours attachée à la beauté du verbe, préfèrera garder « La Garde meurt et ne se rend pas », dont l'héroïsme faisait passer l'amertume de la défaite. Diapositive24

 

     Napoléon, accompagné de ses plus proches collaborateurs, Bertrand, Soult, Mouton et Drouot se replia au sein d'un carré de la Vieille Garde jusqu'à la ferme du Caillou, là il les quitta pour regagner la France escorté par les survivants d'un escadron de chasseurs à cheval de la Garde. Le 21 juin il était à Paris au Palais de l'Elysée, où se joua le dénouement de l'Empire.

     A Waterloo, vers 22.00 heures devant la ferme de la Belle Alliance, Wellington et Blücher se congratulèrent brièvement se qualifiant mutuellement de vainqueur, Wellington allant jusqu'à dire à Blücher: « Vous êtes le meilleur général du monde car vous avez vaincu Bonaparte ». A la grande surprise du duc peu habitué aux embrassades continentales, Blücher lui donna l'accolade en lui disant: « Mein lieber kamarad, quelle affaire ! ». Puis les deux vainqueurs décidèrent que les Prussiens seraient chargé de la poursuite, mission qu'ils remplirent avec une férocité surprenante; beaucoup de blessés furent achevés à la baïonnette, beaucoup de fuyards furent sabrés par les uhlans ou fusillés par l'infanterie alors même qu'ils s'étaient rendus. De nombreux officiers anglais durent intervenir pour faire cesser ces massacres. Au lever du jour, le général Gneisenau, n'ayant pu faire prisonnier Napoléon qu'il voulait, suivant ses propres paroles, faire mettre à mort, fit cesser la poursuite et fit chanter par ses troupes l'hymne de Luther : « Ein feste burg ist unser Gott. (C'est une citadelle que notre Dieu) ». Diapositive25 

IV – Les raisons de la défaite.

     Depuis 200 ans, historiens et stratèges se penchent sur la bataille de Waterloo pour analyser les raisons de cette défaite. Il y a les pro Napoléon comme Adolphe Thiers et Henry Houssaye qui exonèrent l'Empereur de toute faute en rendant responsables ses grands subordonnés. Il y a les anti Napoléon tel Bernard Coppens, dont la virulence nuit quelque peu à la crédibilité et il y a enfin ceux qui font preuve d'objectivité dans leur jugement comme Jean Tulard, Alessandro Barbero et Thierry Lenz.. Il est donc hasardeux de définir une vérité méritant d'être inscrite dans le marbre de l'Arc de Triomphe ou dans le bronze de la Colonne Vendôme. Une certitude cependant, Napoléon est responsable de la défaite de Waterloo comme il est responsable des victoires d'Austerlitz, Iena ou Friedland. Car si la victoire apporte au chef mérite et gloire, la défaite lui apporte démérite et opprobre. C'est l'essence même de l'exercice du commandement.

     Pourtant, Napoléon avait conçu une manœuvre stratégique brillante : séparer ses adversaires et les battre successivement, mais ce faisant il prenait des risques car pour réussir, cette manœuvre devait être menée à la perfection par les exécutants, le moindre accroc pouvant avoir des conséquences dramatiques.

     Or ses grands subordonnés, en particulier les trois maréchaux, ne se sont pas montré à la hauteur, mais c'est Napoléon qui les avait choisis. Soult n'avait aucune expérience du métier de chef d'état-major général et contrairement à Berthier son prédécesseur, il n'était pas capable de traduire en ordres clairs la pensée du chef et il manquait de rigueur dans la transmission des ordres. Il faut reconnaître, à la décharge de Soult, que l'Empereur donna, quelques fois, des directives verbales à Ney et Grouchy sans passer par son chef d'état-major. Diapositive26 
     Grouchy, tout juste nommé maréchal, avait servi pendant de longues années comme commandant de la réserve de cavalerie, il n'avait jamais commandé un corps d'armée et Napoléon lui en donnait brusquement deux avec à leur tête des vieux briscards comme Vandamme et Gérard , un tant soit peu vexés d'être subordonnés à un maréchal qui n'avait pas leur expérience à ce poste. Cette situation allait créer chez lui une anxiété et une susceptibilité nuisibles à la réussite de son commandement. Il n'a pas très bien compris ce que l'Empereur attendait de lui, n'a pas osé demander des précisions et n'a pas su écouter les conseils de Gérard lui demandant de marcher au canon pour soutenir l'Empereur. Napoléon dira de lui : « Le maréchal Grouchy avec 33.000 hommes et 108 canons, a trouvé le secret qui paraissait introuvable de n'être dans la journée du 18, ni sur le champ de bataille de Mont-Saint-Jean ni sur Wavres. La conduite du maréchal Grouchy est comme si son armée avait subi un tremblement de terre qui l'eût engloutit ».  Diapositive27
      Ney, quant à lui, rejoint l'Armée sans savoir à quoi Napoléon allait l'utiliser, il se retrouve de but en blanc dirigeant une manœuvre qu'il n'a pas eu le temps d'étudier, face un ennemi mal défini. De plus ayant poussé Napoléon à l'abdication un an plus tôt, ayant fait ensuite allégeance au roi, s'étant rallié enfin à l'Empire, il devine que ces différents voltes faces risquent de lui couter cher. Il manque de sérénité et passe d'une passivité surprenante aux Quatre Bras à une nervosité incontrôlée à Waterloo, où son magnifique courage ne peut compenser ses erreurs. Napoléon aura à son égard ce jugement sévère : « C'était un brave, personne ne l'était plus que lui, mais c'était un fou, il est mort sans emporter l'estime de personne ».  Diapositive28
     En ce qui concerne l'Empereur lui même, il donne l'impression de sous estimer ses adversaires et de penser qu'il lui suffira de paraître sur le champ de bataille pour faire reculer Wellington et Blücher. Le 17 matin, après la bataille de Ligny, il perd un temps précieux en passant ses troupes en revue, distribuant des décorations, rédigeant quelques dépêches pour Paris, semblant convaincu que Blücher est en pleine retraite alors qu'il est déjà sur la route de Wavres pour tenir sa promesse de soutien à Wellington. Il ne songe pas à envoyer des reconnaissances de cavalerie pour savoir où sont et que font exactement les Prussiens et être ainsi en mesure de donner,en temps utile, des ordres précis à Grouchy qui commande le tiers de son armée. Quand le 17 soir il arrive au pied du plateau de Mont-Saint-Jean, il ne fait pas reconnaître le champ de bataille, ce qui est une grave erreur car c'est en attaquant le 18 en fin de matinée que l'existence des défenses de Hougoumont, la Haie Sainte et la Papelotte sera perçue, or c'est sur ces trois môles que les attaques françaises vont buter toute la journée.  Diapositive29

    De même, aucune flanc garde ne sera déployée en direction de Wavres. Les généraux Bülow et Ziethen seront surpris d'arriver sur le champ de bataille sans avoir rencontré le moindre soldat français , c'est seulement vers midi, une fois les Prussiens repérés à la Chapelle Saint Lambert, que Napoléon prendra ce danger en compte.

On a pu reprocher à Napoléon de ne pas avoir manœuvré pour déstabiliser l'armée anglaise, mais il est vrai que la configuration du terrain choisi par Wellington ne se prêtait pas à de larges mouvements de débordement. La seule véritable manœuvre de Napoléon fut l'attaque de d'Erlon sur l'aile droite, mais comme elle connut une conclusion inattendue et peu glorieuse, la bataille se transforma en une série de chocs frontaux dont les défenseurs allaient sortir vainqueurs. Devant l'obstination de Napoléon a passer par le centre, le duc qui était un passionné de boxe, laissa échapper ce commentaire peu flatteur : « Au diable, après tout ce n'est qu'un cogneur », dit-il, presque un peu déçu que son adversaire ne se montre pas à la hauteur de sa réputation. D'ailleurs quelques temps après, comme on lui demandait son avis sur la bataille, il répondit très brièvement : « Il m'a attaqué de manière classique et je l'ai battu de manière classique ».

Conclusion.

     Pour conclure, je voudrais dire quelques mots sur les conséquences de cette défaite. Waterloo est l'exemple même de la bataille décisive car non seulement elle met fin à une guerre mais elle met fin également à une période historique, la Révolution française et l'Empire. Après une parenthèse de 26 années, la Monarchie reprend ses droits,

     Louis XVIII, revient dans les « fourgons de l'étranger » sur un trône, qu'il considère être le sien depuis 1795, date de la mort au Temple de son neveu Louis XVII. La France est renvoyée dans ses frontières de 1789, les « perruques poudrées », reviennent espérant récupérer leurs biens et leur privilèges, la « terreur blanche » et les épurations font des ravages. Diapositive30 
     Mais Waterloo marque aussi un tournant dans l'Histoire mondiale. Lorsque le 18 juin à 21.00 heures, l'Armée anglaise se lève et poussant ses « hourra » descend le plateau de Mont-Saint-Jean à la poursuite de l'Armée française en déroute, que la silhouette de Wellington se détache sur le soleil couchant ( belle image d'Epinal pour les Anglais), c'est l'Angleterre qui s'installe au premier rang du monde occidental. La France vaincue, c'est la fin du blocus, c'est la liberté pour l'Angleterre de commercer avec le monde entier et son économie va en profiter pour connaître une croissance rapide. C'est le moment où va retentir tout autour du Globe, cet hymne à la gloire de l'Empire britannique « Rule Britannia, Britannia rule the waves » que l'on peut traduire par  « Impose ta loi Angleterre, impose ta loi sur les mers ».  Diapositive31

 L'Autriche et la Russie n'étaient pas à Waterloo et la gloire d'avoir vaincu Napoléon et d'avoir ramené la « grande nation » au rang d'une puissance moyenne leur échappe. Mais les Prussiens étaient là, ils ont participé à la victoire et sans doute sauvé l'Armée anglaise. Ce sont Wellington et Blücher qui se donnent l'accolade des vainqueurs devant la « Belle Alliance », mais cette accolade est, à plus ou moins long terme, un marché de dupes pour l'Angleterre, elle a bien déboulonné la France de son piédestal en Europe continentale, mais ce faisant elle a ouvert la porte à la Prusse, petite puissance qui peu à peu va avaler les autres états allemands et contester la domination anglaise. Mais comme l'a dit un célèbre auteur anglais «  ceci est une autre histoire ».

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