Le 17° Régiment Colonial du Génie

(1.3.1944-1.12.1945)

Conférence exposée par Élie-André SÉGUÉLAS à la Société Archéologique

et Historique de Tarn-et-Garonne en 2003

Photo 02

 

 

Le régiment de tradition de l'actuel 17°Régiment du Génie Parachutiste est le 17e Régiment Colonial du Génie, créé à Port-Lyautey au Maroc, et dissous à la fin des hostilités.

Ce 17e RCG a été formé par la fusion de deux unités :

- le 72e bataillon du génie, dont les cadres formèrent l'ossature technique du nouveau régiment,

- le 17e régiment de tirailleurs sénégalais, de Meknès au Maroc.

72e Bataillon du Genie 17e Regiment de Tirailleurs Senegalais. 17e RCG

Le premier nommé provenait de Koulikoro, petite agglomération sur les bords du fleuve Niger, à 50 kilomètres de Bamako, la capitale du Mali, l'ancien Soudan français de l'Afrique Occidentale française.

Sergent 1943-44Sergent Séguélas

1943

J'appartenais à ce bataillon en qualité d'engagé volontaire, ayant souscrit un contrat, en 1941, à la caserne Banel de Castelsarrasin. J'avais alors dix-huit ans et quatre mois..

Avant d’aborder l'exposé, il m'a semblé nécessaire de rappeler que l'on ne peut juger les événements de l'Histoire avec des concepts contemporains. Il est indispensable de se reporter à l'époque considérée.

(Les faits et témoignages relatés, se rapportent à des notes prises au cours de cette période troublée, de 1941 à 1945).

Le 17° RCG dans les combats de la libération (Provence-Toulon-Germersheim).

Nous allons faire un saut de plus d'un demi-siècle, dans le passé du régiment de tradition : le 17e Régiment Colonial du Génie.

Comme beaucoup d'entre nous, j'aime me souvenir, ne serait-ce que pour vérifier mon parcours identitaire.

« Sans le passé, le présent est absent et l'avenir abstrait ».

Vivre, c'est fabriquer, à chaque instant, du passé. C'est donner une dimension positive au temps qui s'écoule et qui est notre seule réalité, comme notre seule vérité.

Le plan de l'exposé est simple : après un bref rappel historique sur l'Armée « B » de l'opération ANVIL (celle du débarquement de Provence), je brosserai, à grands traits, les principales étapes du 17' RCG, rappelant au passage quelques actions de groupe et de section, dans le cadre des missions qui furent confiées à la Compagnie 17/6.

Après la relation détaillée de Germersheim, je conclurai sur la pérennité de nos missions, leurs diversités actuelles, lesquelles ont rendu nécessaire la professionnalisation de nos armes et, bien sûr, au premier rang, de nos sapeurs parachutistes.

Depuis 1943, l'Armée française renaissait. Les chemins de la reconquête ont été durs et sanglants. Ceux qui n'ont pas désespéré se sont battus, dans le désert, en Tunisie, en Italie, en Corse, à Ille d'Elbe...

Et voici le moment où, sous les ordres du Général de Lattre, l'Armée « B » devenue la 1re Armée Française, retrouve le sol national. Elle débarque en Provence, les 15 et 16 août 1944, libère Toulon et Marseille avec une audace qui bouscule autant la résistance allemande que les plans du haut commandement allié, s'engouffre dans la vallée du Rhône, fonce vers le Rhin, entraînant 140 000 maquisards des Forces Françaises de l'Intérieur, qui viennent grossir les rangs des 250000 combattants initiaux.

Ainsi est née cette 1ère Armée Française, synthèse vivante d'une France fraternelle, et telle qu'on l'avait rêvée pendant les années de la nuit.

L'ennemi se raidit dans les Vosges enneigées, il faudra prendre crête par crête avant de pouvoir redescendre dans la vallée d'Alsace. Mulhouse, Belfort, Colmar, Strasbourg sont libérés, reconquis, dégagés. Franchissant le Rhin de vive force, la 1ère Armée Française plantera ses drapeaux à Karlsruhe, Stuttgart et à Ulm, au cœur de l'Allemagne nazie.

La France sera présente, en la personne du Général de Lattre, à la table des vainqueurs, pour signer à Berlin, avec les grands chefs alliés, l'acte de la capitulation des armées hitlériennes ; ce jour là, la France devenait un pays victorieux. Car nous nous souvenions de la parole de Turenne, parole qui n'avait cessé de stimuler notre résolution : « Il ne doit pas y avoir, en France, d'hommes de guerre en repos tant qu'il restera un Allemand en deçà du Rhin ! »

C'était il y a un demi-siècle !

Les missions majeures du 17° RCG

Rappelons le contexte général dans lequel vont s'inscrire les missions du 17° Régiment Colonial du Génie, initialement adaptées au renforcement des génies divisionnaires de la 9° DIC (Général Margnan) puis de la 3eDIA (Général de Monsabert).

Ce second débarquement, en Provence, oblige l'état-major allemand à une redistribution de ses divisions, dont une partie avait été envoyée sur le front de Normandie. Sur les plages de Provence (Cogolin, Cavalaire, Saint-Raphaël) les unités françaises sont de part et d'autre de trois divisions américaines : 45°, 361° et 3° divisions.

Ce débarquement et les premiers combats, en particulier ceux des commandos d'Afrique, nous ont coûté une perte de 1513 hommes.

L'insurrection générale, et les sabotages des forces de l'intérieur, ont facilité la marche de nos quatre divisions : le DIM, 9° DIC, 3° DIA et 1° DB. La liaison des forces anglo-américaines débarquées en Normandie et des forces débarquées en Provence, se fait entre Dijon et Châlon/Saône, le 12 septembre, soit à peine un mois après le débarquement du 15 août. Seul, le soutien logistique freina cette avancée victorieuse, nous manquons surtout de carburant.

La formation du 17e RCG quitte la Corse. Ma compagnie, la 17/6, était cantonnée à Bogognano, près d'Ajaccio.

Debarquement Provence

Après une traversée nocturne sans histoire sur un transport de troupes canadien, nous approchons de la plage de Cavalaire. La descente, dans une péniche de débarquement, à fond plat, s'effectue assez péniblement au moyen d'un grand filet à grandes mailles, genre échelle de cordages. Le fusil, les munitions, le « barda » ne facilitent pas les mouvements. Mouillés jusqu'à la ceinture, nous sommes dirigés vers un petit bois, proche de Saint-Raphaël

Nous sommes accompagnés par d'incessants sifflements de tirs croisés : artillerie allemande et canons de la flotte alliée, la tête de pont étant encore peu étendue en profondeur. Dans le ciel, deux « saucisses », pardon, deux ballons d’observation, sont en flammes. Nous poursuivons l’acheminement et le rassemblement de nos matériels. La nuit tombe, restant illuminée par intermittence par balles traçantes et fusées éclairantes. La sonorisation est complétée par les passages d'avions volant à basse altitude... Malgré ce tintamarre, l'émotion, une appréhension certaine, font place à la joie d'être, enfin ! Sur le sol de la patrie, cette « terre de France », dont nous rêvions au fin fond de l'Afrique! La canonnade s'éloignant, la fatigue nous terrassa, et nous nous endormîmes dans un sommeil réparateur.

Notre cantonnement de fortune est levé aux premières heures de l'aube. La vérification, entretien et plein des véhicules (nos solides GMC et nos increvables Jeep) ont été faits la veille. Nous sommes transportés aux abords de Toulon, où le 1er Choc rencontre des difficultés pour réduire les casemates des forts entourant le port et la ville. L'ennemi s'y trouve solidement retranché et les obus tombent sur la ville et à sa périphérie pour freiner l'avance de nos troupes.

Je suis détaché auprès de la 1re compagnie du Choc qui investit le quartier du Morillon, près de l'arsenal. Ce dernier est entièrement détruit. Je reçois pour mission de détruire les abattis et barrages piégés, obstruant les voies d'accès au fort. La rue principale montant vers la casemate est barrée par un amoncellement de bois, ferrailles et barbelés, avec mines antichars et antipersonnel. Ce barrage est fortement ancré aux murs des deux maisons d’angle au départ de la rue. Il faut faire vite, car la casemate crache sa mitraille.

Pas question de relever, puis neutraliser. Après une rapide visite de l'intérieur des habitations, vide d'occupant, je décide de détruire les deux pignons. Quelques minutes plus tard, l'explosion fait sauter mines et barrage. La voie est libre : les Chocs et le Génie d'assaut se lancent vers le fort, jettent des grenades et arrosent au lance-flammes les ouvertures de la casemate. Les renforts arrivent. L'ennemi se rend. Tous les forts sont pris, les uns après les autres. La bataille de Toulon dura neuf jours, du 18 au 28 août 1944.

Ces renforcements temporaires du Génie divisionnaire, pour les missions précises telles que les prises de Toulon, de Marseille, de franchissement, dont plus tard ceux du Rhin, illustrent la doctrine d' emploi, simple et efficace, qui a permis de faire face très rapidement aux circonstances des combats pour la reddition de points présentant de fortes résistances.

Avec nos alliés, l'Armée française avance « rapidement » dans la vallée du Rhône (pour une division, environ 12 km par jour). Notre bataillon le II / 17, arrivé à Belfort, a réparti ses compagnies à proximité des cols vosgiens, tous obstrués par de nombreux et importants abattis piégés : ce sont les cols de la Schulz, de Sainte-Marie, et du Bonhomme. Ma section est détachée, avec les éléments avancés, aux approches de ce col.

Dans les Vosges...

Nous recevons la mission d'ouvrir l'accès du col aux blindés de la 5e DB, en détruisant les barrages, éboulis et abattis des cinq premiers kilomètres. Ces abattis sont bien sûr truffés de mines antichars, les Rigelmines semblables à de grosses règles parallélépipédiques, et antipersonnel dissimulées dans les branchages des arbres abattus ; ce sont souvent des mines « Shrapnel », très redoutables.

Si nous avons assez de cordeau détonant, il nous manque des détonateurs. Me souvenant que, dans les vallées proches de la route d’accès au col, un champ de mines antipersonnel, des Shumines (radicales pour arracher un pied) n'avaient pas été entièrement relevé, je récupère une trentaine de détonateurs. Nous les plaquons avec de l'explosif, sur les grosses mines antichars : Tellermines et Rigelmines, visibles sous les abattis. Nous n'avons que le temps de nous abriter derrière les arbres à plus grand diamètre qui bordent la route. Celle-ci est ouverte à nos chars pour quelques dizaines de mètres. L'opération est répétée, avec autant de succès. Quelques éclats blessèrent deux sapeurs qui s'étaient mal protégés, mais fiers d' avoir accompli une mission délicate dans un minimum de temps.

Après les durs combats dans les Vosges enneigées, nous participons à la reddition de la « poche de Colmar » la bataille ayant duré vingt jours : du 20 janvier au 9 février 1945.

En exergue, permettez-moi de signaler un point intéressant.

C'est à la bataille de Colmar, que le Général américain Devers, commandant le 6e Groupe d'Armée auquel appartenaient la 7e Armée Américaine et la 1ère Armée Française, plaça des divisions américaines sous les ordres directs du Général de Lattre. Témoignage de la confiance du haut commandement allié !

La prise d'Armes du Valdahon

En plein hiver, alors que nos troupes harcelaient l'ennemi de la « trouée de Belfort » aux montagnes Vosgiennes, le Général de Gaulle et le premier ministre anglais Winston Churchill décidèrent de venir encourager plusieurs unités de la Ir' Armée. Cette prise d'Armes eut lieu au camp de Valdahon par une température avoisinant les moins 10°C

Les pieds engourdis dans la neige boueuse, les mains gelées cramponnant les armes, nous résistions de notre mieux à cette rigueur hivernale, « agrémentée » de violentes bourrasques de neige qui cinglaient nos visages rougis. Le passage des deux grandes personnalités fut, heureusement, très rapide mais nous fûmes fiers d' avoir pu présenter les armes à ces deux grands résistants qui avaient su galvaniser leurs peuples et relever le défi Nazi.

C'est vers cette époque que nous reçûmes les premiers matériels de pontage Bailey. L'entraînement fut sévère, de jour, mais surtout de nuit, éclairé par quelques phares de camions. Nous assemblions, démontions les éléments de base de ce grand meccano, variant les largeurs et les hauteurs pour correspondre aux portées et tonnages désirés. Nous étions « mécanisés » pour œuvrer, avec le maximum d'efficacité, surtout pour les lancements nocturnes avec très faible éclairage.

Les sapeurs du Génie, seuls, ouvrent la route aux unités d'infanterie et de cavalerie blindée, en rétablissant de nombreux ponts et routes. Mais c'est le déminage qui reste la principale mission, et l'apanage de notre Arme, alors que les prescriptions réglementaires obligent chaque combattant à déminer pour son propre compte.

Toutefois, l'infanterie et les chars prétendent n'avancer qu'autant que les sapeurs ont, au préalable, dégagé les itinéraires... De ce fait, par suite des sabotages du maquis et des destructions retardatrices de l'ennemi, les génies divisionnaires ont vite été débordés et ont été, sans cesse, renforcés par le Génie de réserve générale, tels .le 17e RCG et le 1011, initialement prévus comme régiments de corps d'Armée.

Le succès du débarquement les fit employer très rapidement à de nombreuses missions relevant du Génie de division, particulièrement pour des franchissements de brèches et de fleuves, tels le Rhône, la Saône, la Lauter, l'Ill, etc.

Le 25 décembre 1944, l'Armée « B » du Général de Lattre, reçoit une complète autonomie, et devient la 1ère Armée Française.

Depuis le débarquement, l'importante et indispensable logistique était assurée par les dépôts américains. Dès octobre 1944, la 1ère Armée doit constituer, de toute urgence, ses propres dépôts.

En décembre 1944, le Génie dispose d'un matériel de franchissement, relativement important :

- 2 équipages de pont de division blindée, soit près de 500 mètres de pont, de classe 30 tonnes,

- 7 unités, en matériel Bailey, soit 280 mètres de pont, classe 30 T, et de 1400 mètres de pont en charpente, classe 30.

Cette période (fin 1944-début 1945) est intéressante quant à l'utilisation du Génie, car elle indique un emploi massif et combiné des unités du Génie, aux différents échelons. Nous l'avons vu dans les Vosges : un bataillon du 17e RCG a renforcé les compagnies du Génie de la 5e DB et de la 4eDMM, devenues insuffisantes.

Le 17e approche des rives rhénanes. Notre compagnie est cantonnée à Mechtersheim, au nord de Germersheim. Le franchissement est proche... Nous participons à la reconnaissance des points de franchissement les plus favorables à des actions de vive force.

Avant d’aborder le franchissement de Germersheim, un mot sur nos rares moments de détente : fréquemment, et lorsque la chambre qu'il avait pu trouver n'était ni trop exiguë, ni trop démolie, notre chef de section, le Lieutenant Van Hecke, réunissait ses cadres.

En offrant un « pot », en général un grog bien tassé, il nous informait de la situation dans notre secteur, terminant par ses ordres pour le lendemain, voire les jours à venir. Nous prenions ensuite la parole à tour de rôle. Ces soirées détendues, car on pouvait fumer et plaisanter étaient revigorantes tant pour nos corps harassés que pour un moral parfois un peu flottant

Dans de tels moments, on ressentait plus profondément notre appartenance à une équipe fraternelle, à cette « chaleur humaine » propre à ceux qu'exalte un idéal commun.

Le lendemain nous partions pour exécuter les missions imparties, toutes impliquant de fréquents déplacements. Dans les Vosges, les tirs ennemis nous obligeaient à rouler de nuit, avec les phares bleutés. Au cours d'arrêts obligés suite aux mouvements de nos unités de l'avant, nous en profitions pour entretenir nos armes, nos matériels, et aussi, chose difficile !, nos treillis, mouillés et maculés... Le temps était affreux : pluies glaciales, bourrasques de vent, de neige...

La présence ennemie, très sensible, particulièrement autour de Colmar, se manifestait par des tirs de harcèlement d'éléments retardataires, très mobiles dans les contreforts boisés des montagnes vosgiennes.

Le 2° Corps d'Armée franchit le Rhin.

Le 25 mars 1945, le Général de Lattre convoque, à son PC de Guebwiller, le Général de Monsabert, commandant la 3' DIA, et le Général Dromard, commandant le Génie de l'Armée.

Les reconnaissances du Génie donnent le secteur de Germersheim comme étant le passage le plus favorable ; deux points de franchissement sont retenus. Le franchissement est fixé au 31 mars. Tous les moyens du Génie de l'Armée y seront employés. Le 6ecorps américain de la 7' Armée accepte d'étendre la zone française jusqu'à Spire, et alloue 300 bateaux d'assaut et 350 mètres de pont. Le 31 mars, à 4 h 45 précises, une préparation d'artillerie de 15 minutes est déclenchée dans le secteur de la 2edivision d'Infanterie Marocaine (2e DIM).

Dans ce secteur, le franchissement de vive force des deux bataillons d’assaut est assuré par les propulsistes du 17e RCG et du 101e, avec l'appoint du 211e bataillon de ponts lourds. Le Génie d'Armée sera ensuite chargé d'effectuer le passage de véhicules, par moyens discontinus : portière M2 ; portières –trailles de 4 flotteurs Treadway du 96° bataillon du Génie, ou 5 bateaux Heavy Ponton du 21 le pour les véhicules lourds du 3°RSM, et du 2eRD (unités de soutien mécanisées).

Avant d'aborder le bilan de l'action ainsi préparée, un mot sur nos propulsistes.

Les propulsistes

Guermersheim Les sapeurs du 17° arrivent le 30 mars, à la tombée de la nuit aux emplacements prévus, plage A et B, proches du grand fleuve tumultueux et sombre. Ils savent que, demain, à l'aube, ilsdevront s'élancer vers l'autre côté, guettés par un ennemi résolu ; ils savent surtout quel est le poids de leur responsabilité.

 

 

Les moteurs de leurs propulseurs devront alors tourner sans défaillance ; les équipages devront être à la fois intrépides et précis car il y va de leur vie, mais aussi du sort de l'opération. Ils ont une claire conscience de leur mission, sachant qu'ils vont transporter des soldats accroupis au fond des bateaux

Ils savent aussi qu'ils devront rester calmes et que, par leur sang-froid, ils vont communiquer l'impulsion de l'assaut aux soldats transportés, lesquels, dans un moment, vont bondir de l'embarcation et foncer frénétiquement vers l'ennemi. Certes, plusieurs tomberont, mais le mouvement en avant collectif est irréversible !

Au cours de l'action certains, blessés, poursuivent leur va-et-vient. Ils ne peuvent pas être entièrement saisis par l'ivresse de l'assaut, car le retour s'impose, la noria devant se poursuivre avec célérité. Et puis, ils sont seuls, avec des blessés de plus en plus nombreux, parmi leurs passagers.

Le 31 mars, à l'aube, la ronde des bateaux est amorcée. Il est 6 h. Les premières vagues de la flottille ont quitté le bras mort du Rhin, où elle était dissimulée, propulseurs au ralenti. Les bateaux foncent dans l'étroit goulet, vers l'autre rive embrumée, et peut-être vers la mort. Dans le feu d’artifice des tirs ennemis, de temps à autre, un bateau, touché, sombre ; ou bien, l'équipage blessé ne peut manœuvrer, et le bateau part à la dérive, en tournoyant...

Les hommes nagent vers la rive, un propulsiste repart aussitôt sur une autre embarcation, déjà remplie de fantassins. D'autres bateaux ramènent les blessés des premières vagues. Le sang-froid de nos propulsistes est admirable ; ils semblent aussi tranquilles qu'à l'école de ponts ! Beaucoup vont être distingués, quelques jours plus tard, par le Général de Gaulle. L'obstination, et le sacrifice de ces sapeurs a permis à nos premiers éléments de constituer, sur la rive allemande, la tête de pont française !

Malgré leur extrême fatigue, ces propulsistes seront volontaires pour d’autres franchissements sur le Rhin. Certes, ils n'ont pas de panache et sont sales, tachés de graisse, leurs treillis déchirés, mais ils montrèrent cette volonté de vaincre, cette fierté de remplir au mieux la mission confiée.

Le 2e Corps d' Armée a, définitivement, pris pied sur la rive droite du Rhin, avec une tête de pont de 20 km de large, entre Germersheim et Spire, et une profondeur de 15 km. Un pont de 23 tonnes est construit à Germersheim, un de 12 tonnes à Spire. Ce très beau résultat a été obtenu grâce au courage et à la ténacité des premières vagues d'assaut, mais aussi à l'héroïque travail des sapeurs.

Sur l'ensemble des propulsistes, et dans la seule journée du 31 mars, 54 propulsistes sur 90 ont été tués ou blessés, les trois-quarts des bateaux mis hors service (soit 94 sur 125). Ces pertes sont sévères pour l'Armée du Génie, comparées à celles, faibles, de l'avance en vallée du Rhône, à partir de la prise de Marseille. Deux mois avant la date prévue, Lyon avait été libéré le 3 septembre. À cette date, le bilan des pertes pour la libération des deux grands ports, de Toulon et de Marseille, avait été de 1530 tués.

Revenons au Rhin. La 7e Armée américaine vient de franchir le Rhin, et a pris la ville de Mannheim, ceci quelques jours seulement avant Germersheim, et le passage sur la rive droite du Rhin de la 2e DIM et du Combat command de la 5e DB.

Le détail du franchissement

Si le Génie a pu effectuer les reconnaissances des passages optima et réunir les matériels nécessaires, en place dès le 29 mars, à proximité des plages A et B retenues, proches du petit port de Germersheim (soit 160 bateaux M2 et 20 storm-boats avec leurs maintenances, 50 bateaux d'assaut et 122 propulseurs de 22 cv « Johnson ») l'infanterie, quant à elle, n'arrive à ses emplacements qu'au cours de la nuit du 30 au 31 mars, c'est dire que les liaisons entre les deux armes furent fort courtes !

Dans la soirée du 30 mars, et malgré les tirs de mitrailleuses et de mortiers nous indiquant la proximité de l'ennemi, nous arrivons à terminer le repérage des plages A et B. Si ces deux plages ont été utilisées par les trois premières vagues, réussissant à transporter l'effectif de deux compagnies du 4e RTM, la plage A, trop exposée, est rapidement abandonnée au profit de la plage B.

Le lendemain, let avril 1945 à dix heures, le succès est complet : 5 bataillons ont traversé le Rhin – le 4e RTM a pu remonter sur la rive ennemie et a pris à revers les casemates ennemies qu'il réduit au silence. Un renfort de vingt bateaux achève de faire traverser la totalité du personnel du 5e RTM. Viennent ensuite les passages discontinus des matériels lourds.

La compagnie 17/5 fait mouvement sur Spire, avec le matériel disponible pour renforcer le 1011, la construction du pont de Spire étant retenue, après la réussite du franchissement de Germersheim.

Quant à la compagnie 17/6, elle est placée en renfort des compagnies de combat de la 2e Division d'Infanterie. Sous les ordres du capitaine Roux, elle pousse ses reconnaissances à l'avant-garde des éléments d’infanterie, et entreprend sous le feu ennemi le dégagement d'importants abattis et la réparation de brèches permettant un rétablissement rapide des communications. La compagnie 17/6 est citée à l’ordre de la Division, par Ordre Général n° 1034.

Enseignements

On discutera longtemps de l'utilité, dans le cas de franchissement, d'une préparation d'artillerie...

Moins riches que nos alliés américains en matériel de franchissement, nous voulions lui donner le meilleur rendement en employant, dès le départ, des embarcations propulsées. Dans ce cas, la préparation d'artillerie offre l'avantage de couvrir le bruit des moteurs. Mais, si le démarrage a lieu, une fois les tirsd'artillerie levés, comme ce fut le cas de Germersheim, elle se révèle plus nuisible qu’utile.

En outre, du point de vue moral, il est nécessaire d'accompagner le débouché des bateaux, le plus longtemps possible par des feux, c'est le rôle des chars, des mitrailleuses et des mortiers. Retenons que pour entreprendre, dans des conditions optimales, un franchissement de vive force, il faut réunir une grande quantité de matériel.

Des pertes sont toujours à prévoir et il apparaît que la maintenance doit être, au moins, égale à 50 % du matériel utilisé, ceci aussi bien pour le matériel d'assaut que pour celui de l 9°appontage e. À Germersheim, les pertes atteignirent pratiquement la valeur de l'effectif engagé.

Les sapeurs du 17e, avec ceux du 101e, avaient « ouvert la route » dès le 31 mars: Une semaine plus tard, le 7 avril, le pont de Germersheim était construit par le 88e Bataillon du Génie. À partir du 9 avril, après avoir participé aux constructions des ponts de Spire et de Maxau, le 17e RCG est remis à la disposition du Génie du 2e Corps d'Armée.

Du Rhin au Danube

Après le franchissement du Rhin, la l’Armée Française fait mouvement en direction de la ville de Freudenstat, grand carrefour de la Forêt Noire, après avoir investi la ville de Karlsruhe. Le 21 avril, Stuttgart est pris ; trois jours après, le Danube est franchi.

C'est alors la proclamation de l'ordre du jour n° 8, le 24 avril 1945, et la fameuse appellation « Rhin et Danube », ordre du jour lu à toutes les cérémonies officielles des anciens de la 1ère Armée. Nos soldats viennent de renouveler la geste des grognards de la Grande Armée napoléonienne, en hissant les trois couleurs sur l'hôtel de ville de la vieille cité historique d'Ulm.

De la Provence au Danube, la Il Armée a capturé 250 000 prisonniers dont 34 généraux, battu deux Armées allemandes, et libéré les deux tiers du territoire français.

Le 15 septembre 1945, le Général de Corps d'Armée, Koenig, cite le lei RCG à l'ordre du Corps d'Armée. C'est l'ordre n° 1148. Tous les sapeurs furent honorés. Ces anonymes furent les artisans modestes d'une grande victoire !

Extrait du journal de marche de la Compagnie 17/6

La Compagnie fait mouvement, dès le 19 avril 1945, vers Tubingen, rétablissant les itinéraires : destruction de barricades, remblaiement d'entonnoirs, etc.

Au cours d'une reconnaissance, notre chef de section, le lieutenant Van Hecke, circulait en Jeep lorsqu'il fut pris à partie par des tirs d’armes individuelles partant d'un poste allemand situé à 50 mètres environ. Les deux sapeurs accompagnant le lieutenant ripostent aussitôt, pendant que l'officier fait faire un demi-tour à la Jeep, dans le chemin très étroit. Quelques minutes après, rencontrant un chef de char, le lieutenant signale l'incident, monte dans le char, et revenant sur les lieux, met en fuite les allemands.

Nous avions beaucoup d'estime pour notre chef de section. Son calme, son courage, ses rapides prises de décision, nous impressionnaient. Très proche de ses hommes, bivouaquant à proximité, son comportement en imposait.

Au cours de mes missions ultérieures dans les Aurès-Némentchas, en Algérie et en Indochine, me trouvant seul à décider, face à des situations imprévues et graves, je me souvenais de ce modèle d'officier dont la carrière fut brillante.

Les rares moments de détente

Bien sûr, il y avait, dans les villes, villages et hameaux traversés, ces effusions de joie de nos concitoyens. Nous en profitions, mais avec une certaine retenue, car d'une part nous savions dans quelles difficultés matérielles vivaient nos concitoyens, et d'autre part du fait de nos très nombreux déplacements, consécutifs à l'avance de nos troupes et aux réactions de l'ennemi, certes désorienté, mais réagissant souvent avec fermeté et l'énergie du désespoir.

.Nous aimions partager nos rations, bien conçues, avec nombre d'enfants. Quant au « repos du guerrier », il devait attendre des jours meilleurs, qui vinrent d'ailleurs, assez vite aprèsla libération de Strasbourg et notre entrée              

Enfin, signalons que lors de notre « montée », puis dans les Vosges et en Alsace, nous eûmes beaucoup de marraines, et il y eut; à la fin des hostilités, pas mal de « suites heureuses ».

Fin mai 1945, le 17e Génie remet en état la route Freudenstatdt-Horb-Sigma­ringen. La campagne terminée, le régiment est ramené au nord de la Sarre, dans la région d'Oberstein, Idar, Badkreuznach, Bern-Kastel. Le 14 août 1945, le 2e bataillon fait mouvement sur Azay-le-Rideau en vue d’effectuer des travaux au camp du Ruchard (Indre-et-Loire).

Le 1er octobre 1945, la 17/21 et le 1er bataillon sont dissous. Les compagnies deviennent par changement d'appellation les le,2e et 3e compagnies du 721 BG destiné à l'Extrême-Orient. Le 2e bataillon ne sera dissous à son tour que le 1" décembre 1945, à la fin des travaux du camp du Ruchard. Il donnera naissance au 2e Bataillon du 152e RGA.

Le monument commémoratif de Germersheim mentionne les unités ayant franchi le Rhin puis construit les ponts de Germersheim et de Spire.

Conclusion

La relation des quelques faits et actions particulières a pu nous donner un éclairage sur des actes individuels ou collectifs, au niveau d'unités élémentaires, 'de sections ou de groupes de combat. Ces actes furent nombreux, et, certes, limités dans le temps, car vite estompés par la nécessité de poursuivre les combats.

Par ailleurs, il est très difficile de rendre compte de l'état d'esprit, de l'imagination dictée par les circonstances et toujours en éveil, et de l'absolue nécessité d'agir vite et bien. Bref, du comportement du sapeur dans l'action, avec pour seul objectif, l'accomplissement de la mission et son corollaire, non moins important, avec le minimum de casse.

Mais je suis loin de penser au concept actuel américain de « guerre zéro mort », car il faudra toujours occuper le terrain, et pas après des « terres brûlées ».

À l'époque, j'avais vingt-deux ans. C'est l'âge de la moyenne des jeunes sapeurs parachutistes, dont j'admire les qualités de rigueur, de fermeté, d'exigences les plus contraignantes dans la réalisation des missions actuelles. C'est cela, le courage simple, la bravoure dans l'accomplissement des tâches souvent obscures, mais toujours valorisantes.

Récemment, le Colonel Szwed m'écrivait ces lignes sur la valeur d'exemple du passé historique des anciens : « Que les jeunes sapeurs et cadres parachutistes s'imprégnaient des valeurs transmises en héritage, en vue de préparer au mieux leurs futures missions. »

Les excellents bulletins de notre amicale nous tiennent au courant des faits et gestes du régiment, ce qui permet d' affirmer, en conclusion, que le flambeau est bien transmis : des rives tropicales du fleuve Niger, à Koulikoro, à celles de l'oued Sebou, à Port-Lyautey au Maroc, jusqu'aux berges du Tarn, à Castelsarrasin puis à Montauban, les nombreuses et exceptionnelles missions confiées au valeureux 17° RGP, sur les théâtres extérieurs, maintiennent bien haut les mérites et la réputation de ce brillant régiment ! Les qualités militaires et professionnelles de la « sape para », ne »sont plus depuis, longtemps à démontrer

L'heureuse union de sainte Barbe, la Vierge-martyre, décapitée par son père Dioscore qui fut frappé par la foudre, et de saint Michel, le guerrier céleste foudroyant les dragons démoniaques et les anges rebelles, a donné : « Sape et Para », qui est le symbole des feux vengeurs, ceux de la Vierge-martyre, et ceux de l'Archange victorieux !

« Des racines et des ailes »

Après la dissolution du 17e Régiment Colonial du Génie, à la fin de la guerre, il est créé un 17e Bataillon du Génie qui constituera pendant deux ans, de 1946 à 1948, le génie divisionnaire de la 25e Division Aéroportée.

Puis le 17e Bataillon du Génie Aéroporté servira pendant neuf ans, de 1949 à 1958, avec une portion centrale à Castelsarrasin. Il participera à l'expédition avortée d'Égypte en 1956.

Devenu Centre d'Instruction du Génie Aéroporté n° 17 à compter de 1958, il donnera naissance, le1erjanvier 1963 au 17e Régiment du Génie Aéroporté, toujours cantonné à Castelsarrasin. Le régiment reçoit son drapeau – celui de son régiment de tradition, le 17e Régiment Colonial du Génie –, le 24 juin 1964 ; l'inscription « Germersheim 1945 » figure sur l'emblème. Les missions sont nombreuses, en particulier en Afrique : Territoire des Afars et Issas, Gabon, Tchad, etc.

Des modifications organiques créant la 111 Division Parachutiste, amènent en 1971, la dissolution du 17e RGA. Mais, trois ans après, il est recréé, le 1er juillet 1974, et s'installera au Quartier Doumerc, à Montauban.

17e regiment du genie parachutiste

Commence alors pour ce corps d'élite, une période d'intenses activités compte tenu des obligations internationales de la France. C'est alors que ce régiment prend l'appellation, le 21 mars 1978, de 17e Régiment du Génie Parachutiste.

L'historique montalbanais de ce magnifique régiment peut être consulté à la Salle d'Honneur du quartier Doumerc, en particulier, au moment des « portes ouvertes »

Sergent un genou à terre sept 1944 Campagne de France

Sergent Séguélas un genou en terre

Septembre 1944 - Campagne de France

Juin 1951En école d'application du Génie

Juin 1951

Saigon 1952Au 71° Bon du Génie

Saïgon mai 1952

 

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