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LE DEBARQUEMENT EN PROVENCE

Colonel Gilles LATTES

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Diapo 02 Anvil Dragoon » tel est le nom de code du débarquement en Provence qui s'est déroulé, à partir du 15 août 1944, entre Toulon et Cannes.

 À l'origine appelée Anvil, ce qui signifie enclume en anglais, le nom a été changé en Dragoon par Winston Churchill qui était contre ce débarquement. Il aurait préféré une percée des troupes déployées sur le front d'Italie vers les Balkans afin de prendre en tenaille l'armée allemande en Europe centrale et d'arriver à Berlin avant les Soviétiques. Il s'oppose notamment à de Gaulle qui menace de retirer les divisions françaises du front italien. Les objectifs de cette opération étaient de libérer Toulon et Marseille afin de disposer de ports en eau profonde puis de remonter le Rhône pour effectuer la jonction avec les forces de l'opération Overlord débarquées en Normandie. Le choix de la zone de débarquement est la Provence, privilégiée pour ses ports en eaux profondes et le relief accidenté de l’arrière-pays qui isole les Allemands.

Voilà donc dressé le cadre de ce débarquement que nous allons découvrir un peu plus en détail.

Diapo 03  Afin de constituer les forces du débarquement il va être nécessaire d'acheminer les troupes à partir de leur position. Les différents ports d'embarquement sont, (comme le montre la diapo à l'écran,) Naples, Tarente et Brindisi en Italie, Palerme en Sicile, Cagliari en Sardaigne, Ajaccio en Corse, Oran et Alger en Algérie.Tous ces navires forment une armada de plus de 2000 bâtiments dont 880 anglo-américains, 34 français et 1370 navires pour le débarquement. Cette flotte réunie au large de la Corse est, pour des raisons stratégiques, venue en dix convois. (Sur la diapositive on retrouve les routes suivies par ces convois et numérotées de 1 à 10) Par ailleurs, des opérations de diversion et de leurre sont prévues, telle l'opération Span qui, pour tromper l'ennemi, a prévu d’envoyer, dans un premier temps, la flotte alliée vers Gênes en Italie, avant de la rediriger le 14 août au soir vers les côtes provençales.
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"Nancy a le torticolis", "Gaby va se coucher dans l'herbe", "le chasseur est affamé": le 14 août au soir, la BBC confirme aux initiés par ces messages codés que le débarquement en Provence est bien pour le lendemain. Le jour J étant le 15 août 1944

Le débarquement proprement dit va comprendre un assaut naval et un assaut aérien suivis d'une deuxième vague de débarquement.
Diapo 05  Le 15 août 1944, trois divisions du 6e Corps d'Armée américain, soutenues par nos Commandos d'Afrique et le groupe naval de Corse, vont débarquer entre Toulon et Nice dans la région de Saint-Tropez, Saint-Raphaël. Puis, à partir du lendemain 16 août, le premier échelon du gros de l'Armée française débarquera à son tour et marchera sur Toulon et Marseille, les deux môles de la résistance allemande sur le littoral méditerranéen.
Diapo 06 Voici donc le déroulement de ce débarquement.

 

En premier afin d'assurer une couverture des plages durant la nuit du 14 au 15 août les commandos français et américo-canadiens sont déposés sur les flancs du futur débarquement.

Au nord la Force Rosie, composée par le groupe naval d'assaut français du capitaine de frégate Sériot, débarque à Miramar pour couper la route aux renforts allemands venant de l’est.

Au sud, la Force Romeo, avec le groupe français des commandos d'Afrique du lieutenant-colonel Bouvet, débarque de part et d'autre du cap Nègre afin de couper la route aux renforts allemands venant de l'ouest.

La Force Sitka américo-canadienne commandée par le colonel Walker doit détruire les batteries des îles de Porquerolles, de Port-Cros et du Levant situées devant Hyères.

L'assaut aérien est confié à la force rugby du général Robert Frédérick qui avait mission de s’emparer du Muy et des hauteurs de Grimaud afin d’empêcher l’afflux de renforts ennemis depuis l’ouest.

Diapo 07 L'assaut naval sera conduit par les trois divisions américaines qui forment la Force Kodak du Général Lucian Truscott. Ces troupes d'assaut sont elles-mêmes divisées en trois forces : 

La Force Alpha du général O'Daniel, composée de la 3°division d'infanterie et de la 1ère division blindée française du général Sudre, doit débarquer du côté Ouest sur les plages de Cavalaire à La Croix-Valmer et de Pampelonne à Ramatuelle. Elle compte 29 432 hommes et 33 370 véhicules

La Force Delta du général William Eagles, composée de la 45°division d'infanterie débarquera à Sainte-Maxime (plage de La Nartelle). Elle aligne 30 900 hommes et     34 700 véhicules

Diapo 08  La Force Camel du général John Dahlquist, composée de la 36° division d'infanterie, sera débarquée du côté Est sur trois plages différentes: face à la base d'aéronautique navale de Fréjus-Saint-Raphel, au Dramont et sur la plage d'Anthéor. Elle comporte 29 820 hommes et 35 970 véhicules.
Diapo 09  La Force Garbo constituera la 2° vague d'assaut qui débarquera à J+1. Commandée par le Général Alexander Patch elle est composée du 6° corps US et de l'armée B du Général de Lattre de Tassigny. Aux côtés de l'armée B se trouvent d'autres unités françaises : le 2° CA du général de Larminat , la 1ère DMI du Général Brosset, la 3° DIA du général Monsabert et la 1ère DB du Général Vigier. 
Diapo 10  En appui et soutien de ce débarquement et des opérations qui ont précédé ou qui vont suivre on trouve les forces aériennes mises à la disposition du commandement soit 2000 appareils auxquels il faut rajouter ceux de l'aviation embarquée à bord des porte-avions alliés. (à l'écran quelques type d'appareils qui ont participé au débarquement de Provence .De gauche à droite des appareils américains: un chasseur mustang, un avion d'assaut Douglas A 26, une forteresse volante Boeing B 17. En bas à gauche des appareils anglais le chasseur Spitfire, le bombardier Avro type 694 Lincoln, un hydravion Fairey Seafox)
Diapo 11  De son côté la Marine a pris une part importante dans la mise en place de ce débarquement en acheminant depuis l'Italie, la Sardaigne, la Corse et l'Algérie toutes les troupes du débarquement et en fournissant également un appui feu lors du débarquement. Parmi l'armada des 2000 navires mobilisés pour cette opération on dénombrait 4 porte-avions et aussi une trentaine de bâtiments de guerre français.(Ici sur la diapo on note la Présence de la Marine Française intégrée dans le dispositif du débarquemen

 Face aux troupes du débarquement les allemands disposent d'environ 80 000 hommes. Ils contrôlent la façade méditerranéenne de la frontière espagnole à la frontière italienne. Depuis 1943 l’organisation TODT ne va pas cesser de construire toute une série de défenses visant à empêcher tout débarquement allié sur la côte- A l’intérieur, notamment dans les vastes plaines comme celles de la Crau, seront mis en place des obstacles destinés à empêcher tout atterrissage d’avions ou de planeurs, de même dans les plaines du Var et dans l’arrière-pays.

Diapo 12  La côte sera hérissée d'ouvrages bétonnés dotés d'artillerie lourde de tous calibres, mitrailleuses lourdes et légères, mortiers et canons de 20m/m.
Les ports comme Toulon et Marseille sont constitués en véritables forteresses, protégées par des défenses maritimes, aériennes, mais aussi par toute une série d'ouvrages les couvrant vers l'intérieur du pays.
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Mais, revenons sur les actions des différentes forces engagées dans ce débarquement.

-La force Rosie  se compose de 67 fusiliers marins du capitaine de Frégate Seriot. Après de nombreux coups de main sur les côtes italiennes, les hommes du groupe naval d'assaut de Corse appareillent le 14 août à 18 heures. Ils doivent débarquer entre Le Trayas et Théoule à la pointe de l'Estrillon pour effectuer des démolitions capitales sur les routes Cannes-Fréjus et Cannes-St Raphael afin de protéger le flanc droit du débarquement. Le premier groupe, commandé par le capitaine de corvette Marche, a pour objectif les démolitions sur la route Fréjus-Cannes. Le second avec le lieutenant de vaisseau Letonturier est chargé des destructions sur l'axe Cannes-St Raphael.

 A 0h15 les bâtiments mettent en panne à environ mille cinq cent mètres de la pointe de l'Esquillon. Un avion qui lâche des fusées éclairantes les oblige à remettre les machines en marche et à faire semblant de piquer vers le sud à petite vitesse, mais la mise à l'eau des rubber-boats a lieu au point prévu à 1h15.

Le capitaine de frégate Sériot qui a embarqué sur le premier engin, atteint la terre à 1h40 et reconnaît les points d'accostage. Il ressort de la baie pour lancer les signaux lumineux prévus pour alerter les autres rubber-boats qui foncent vers le sol français. A 2 h 00, une fusée rouge et une fusée blanche montent dans le ciel de l'intérieur des terres et une longue rafale de de mitrailleuse allemande déchire le silence de la nuit provençale. Heureusement, les fusées fonctionnent mal, les Allemands, qui semblent avertis de l'imminence d'une intrusion ennemie, n'aperçoivent pas les commandos.
Pendant que le lieutenant de vaisseau Letonturier débarque son matériel de démolition, le capitaine de corvette Marche prend la tête de la colonne silencieuse. A 2h50, une mine explose sous les pas des commandos.

A noter que le champ de mines venait d'être posé 48 heures plus tôt. L'ORIC (Officier de Réserve Interprète et du Chiffre) Auboyneau est blessé en même temps que deux de ses matelots. (Sur la photo du bas on voit le point d'accostage indiqué par la flèche rouge et la localisation du champ de mines) Deux autres engins-pièges explosent quelques instants après et l'enseigne de vaisseau Servel, du groupe Letonturier, saute à son tour quelque minutes après cette deuxième explosion. Il est tué et la même explosion fauche un second-maître et deux quartiers-maîtres. C'est l'enfer; les commandos infiltrés sont en pleine zone minée. Cinq matelots sont encore blessés et, vers 4h30, c'est au tour de Letonturier de sauter. Il n'est que blessé; un matelot mortellement touché s'écroule non loin de lui. L'opération est désespérée, trois autres matelots tombent encore. Alertés par le vacarme des explosions, les Allemands barrent la route des survivants. Le capitaine de corvette Marche tente de s'échapper, il saute lui aussi sur une mine, son corps roule sur les pentes de la falaise infernale. Refusant de se rendre, risquant le tout pour le tout, les commandos de Chaffiote entraînent les blessés vers la mer. Letonturier saute une seconde fois sur une mine, il a la jambe fracturée. Les blessés ne peuvent pas être descendus sur les éboulis de la falaise. Vingt-cinq survivants seulement regagnent les rubber-boats. Deux avions alliés les prenant pour des allemands piquent et repiquent sur eux, les hommes replongent dans la mer et regagnent à la nage le pied de la falaise où les attendent les soldats Allemands. Tandis que l'ingénieur mécanicien Chaffiote est conduit sans ménagements au PC du général Allemand qui commande les défenses du secteur, les blessés sont entassés dans une villa au-dessus des champs de mines. Une unité F.F.I.,alertée par deux civils, attaque l'escorte des prisonniers valides sur la route de Grasse et une dizaine de commandos réussissent a s'évader dans la confusion de l'embuscade pour rejoindre les unités américaines qui débarquent. Au cours de cette nuit dramatique, le groupe naval d'assaut a perdu deux officiers, deux Oficiers-Mariniers et six hommes d'équipage ainsi que dix-sept blessés. Vingt-huit hommes restent aux mains des Allemands. Ce sera le plus sanglant échec du début du débarquement

La Force Roméo du groupe français des commandos d'Afrique du Lieutenant-colonel Bouvet comptait environ sept cents hommes.

Diapo 14 Diapo 15 Elle avait pour mission de s'emparer du Cap Nègre  et d'y détruire une batterie de trois canons de 155 mm qui pouvaient compromettre sérieusement la réussite du débarquement sur le flanc Ouest. Elle devait en plus s'emparer du mont Biscare, occuper le village de la Molle et contrôler la route nationale 98 entre Bormes les Mimosas et Cogolin.

Enfin elle devait s'assurer de la maîtrise de la route du littoral, la départementale 554, conduisant à Cavalaire où aurait lieu le débarquement de la 1ère Armée Française.

C'est une vedette canadienne qui indique le cap des LCA : elle se trompe de deux degrés cette erreur va mettre une pagaille incommensurable sur les plages prévues pour le débarquement.

Le capitaine Marcel Rigaud et l'enseigne de vaisseau Johnson, de la Royal Navy sont les premiers à débarquer, pour guider depuis la côte la flottille de LCA.

Rigaud, a été retenu car connaissant le mieux l'endroit : avant-guerre, il y passait ses... vacances. Il touche Le Rayol, à 00h30, après avoir compris l'erreur de navigation induite par les Canadiens.

Diapo 16 Le capitaine Ducourneau et son 1er Commando de 34 hommes est chargé de la réduction du Cap Nègre. Le sergent Daboussy,  membre du club alpin d'Alger, ouvre la voie d'une ascension verticale de 100 mètres sur la falaise. A 1 h 45, au prix d'un bref combat, le Cap Nègre est pris. Ducournau enregistre deux blessés seulement contre 20 morts dans le camp allemand.
Diapo 17 (La diapo à l'écran indique les différents points d'accostage et situe les lieux à atteindre et fixés pour leur mission : axe Bormes les Mimosas - Cogolin, le village de la Motte et le Mont Biscarre.)

L’aspirant Jeannerot débarque, lui, sur une position allemande. Il se retrouve à Aiguebelle à 4 km du Cap Nègre.

Un autre groupe commandé par l’adjudant Texier aborde plus à l’Ouest de l’anse du Rayol vers le tunnel du Canadel et se heurte à une patrouille allemande- L’adjudant Texier est tué. Il est le premier mort de ce débarquement

A 1 heure 50 les premiers éléments du gros des Commandos abordent sur la plage du Canadel soit à deux kilomètres de l’endroit prévu; rapidement à terre les commandos et malgré la distance à parcourir, coiffent leurs objectifs sur la route et la voie ferrée.

Diapo 18 Le lieutenant- colonel Bouvet  installe alors le groupe au sommet du Biscarre qui donne sur le col du Canadel ; il est ravitaillé dès le point du jour par parachutage; le 3° Commando va progresser lui à l’intérieur des terres en direction du carrefour de la Mole.
Diapo 19 La Force Sitka composée de commandos américains et canadiens a pour mission de neutraliser l'ensemble des batteries côtières installées sur les îles d'Hyères  île du Levant, Port Cros, et Porquerolles qui comptent 18 forts.
Diapo 20 Le débarquement a lieu dans la nuit sur l'île du Levant,  en vue de neutraliser la batterie du Titan et ses quatre canons de 164. L'opération est confiée à deux régiments canadiens et américains, de la First Special Service Force du Colonel Walker. Débarqués sur la côte Sud-Est, ils s'emparent de l'île, découvrent que la batterie du Titan est factice, et finalement prennent le contrôle du port.
Diapo 21 A Port Cros,  le 1er régiment débarque dans la calanque du Tuf, s'empare du poste de garde de Port Man, puis du fort de la Vigie. Les Allemands se retranchent dans les forts de l'Estissac, qui tombe le 16 août, et dans celui de l'Eminence où 46 hommes et 2 officiers, tiennent jusqu'au 17 août.
Diapo 22 Porquerolles est bombardée du 18 au 22 août en particulier le fort de la Repentance qui reçoit 121 obus, la batterie haute des Mèdes reçoit 25 obus, le mont des Salins (15 obus), la batterie du Lion (298 obus) et la pointe du Langoustier (40 obus). Les Allemands se rendent à la marine américaine le 22 août. Le premier Porquerollais à remettre le pied sur l'île est l'abbé Le Cuziat qui hisse un drapeau tricolore sur l'église.

Comme nous venons de le voir la couverture de la zone de débarquement a été assurée par les commandos mis en place au cours de la nuit.

Diapo 23 L'assaut aérien débute au cours de la nuit. C'est la Force Rugby  du général Robert Fréderick qui en a la charge.L'assaut aérien comportait un parachutage d'hommes et de matériel entre Le Muy et La Motte.
Diapo 24 Cet assaut aérien complétait de fait le dispositif de couverture du débarquement.Entre minuit et 2 heures du matin, le 15 août, 6 871 parachutistes Américains, Britanniques et quelques Français prennent place à bord de 270 avions C 47 qui décollent de 10 aérodromes différents aux alentours de Rome.
Diapo 25 Aux approches des côtes les avions sont accueillis par des tirs de la DCA allemande qui tire un peu au hasard en raison d'un épais brouillard qui recouvre la région. De nombreux incidents et des erreurs de navigation des pilotes font que des parachutistes sont largués à plusieurs dizaines de kilomètres de leurs objectifs. Certains même, comme la Brigade Britannique, sont parachutée à 45 km de leur DZ initiale.
Diapo 26 En renfort aux paras, près de 500 planeurs américains de type Wacoet anglais de type Horsa partent d'Italie et apportent toute la journée du 15 août le matériel lourd, des jeeps, du ravitaillement ainsi que des unités combattantes, et des unités de logistique. Près de la Motte, 330 planeurs déposèrent en sept vagues, 2 250 soldats et des équipements cruciaux pour renforcer les parachutistes qui avaient déjà atterris près du Muy. Ce renfort est indispensable afin de permettre aux paras de garder le contrôle du Muy, point stratégique pour barrer la route aux troupes ennemies. Le bilan de l'opération reste mitigé, en effet 60% des paras US et 40% des Britanniques ont atterri trop loin de leur secteur. 92 parachutistes sont morts entre le 15 et le 19 août.
Diapo 27 L’assaut naval débute à l’aube du 15 août. À partir de 8 h la Force Kodak commence à déferler sur les plages entre Cavalaire et Saint-Raphaël, en se répartissant en 3 secteurs définis pour chacune des forces Alpha, Camel et Delta. Les trois divisions américaines sont chacune appuyée par un Beach Group chargé d’assurer la logistique après que les unités d’assaut aient conquis leurs plages assignées.
Diapo 28 Diapo 29  Voici quelques vues de ce débarquement.   (les premiers éléments touchent terre – le débarquement à Saint Tropez)

 Moins d’une heure plus tard, la Force Alpha a neutralisé les défenses côtières et dès l’après-midi les jonctions avec les autres secteurs de la Force Kodak sont réalisées. Cogolin, Grimaud, Ramatuelle et Saint-Tropez sont libérées dans la journée. Dans la soirée, la Force Delta a rejoint les parachutistes de la Force Rugby. Le soir du 15 août, la tête de pont est presque réalisée de part et d’autre de Fréjus. Aussitôt son débarquement réussi, le 6° Corps de Truscott doit assurer le débarquement de sa puissante artillerie dont 22 Bataillons d’Artillerie de campagne, 15 Bataillons de DCA, 3 Bataillons motorisés de mortiers chimiques, ses unités blindées d’appui les unités du Génie, les hôpitaux de campagne, les unités d’ordonnance, etc.


Il a notamment pour mission de participer à la conquête du Massif des Maures en rejoignant les unités parachutistes avant de se lancer vers Les Bouches-du-Rhône, les Basses-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence) et le Vaucluse.

L'objectif était de débarquer et de constituer une ligne de front de vingt-cinq kilomètres de profondeur (appelée Blue Line), puis d’avancer vers la vallée du Rhône et de prendre contact avec le 2° corps d'armée français.

Diapo 30 Dès le 17 août au matin, la « Blue line » (matérialisé ici sur cette diapo) est atteinte en tout point et même dépassée.

Une petite parenthèse sur un aspect peu évoqué et pourtant capital. On parle rarement de la logistique, cependant quand on voit l'important volume des forces et des matériels engagés on a du mal à envisager ce que représente l'effort logistique d'une telle opération. En amont les calculs ont dû être réalisés et une planification rigoureuse établie pour soutenir sanitairement et nourrir plus de 300 000 hommes ravitailler en carburant plus de 500 chars (dont la consommation est de 400 l aux cents km) et des milliers de véhicules, approvisionner en munitions plus de 1000 canons pour ne citer que les principaux besoins des combattants. Le ratio généralement admis en logistique: c'est que pour un combattant il faut compter 7 personnes affectées au soutien.

Diapo 31 A J + 1 et les jours suivants les soldats de la Force Garbo dont les forces françaises et l'armée B du général de Lattre de Tassigny débarquent en baie de Cavalaire et dans le golfe de Saint-Tropez. Le premier échelon fort de 37 000 hommes et 5860 véhicules est suivi d'un deuxième échelon qui comprend 28 000 hommes et 3500 véhicules.
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La libération du Var se déroule en deux temps. 

Du 15 au 21 août, l'essentiel du département passe sous le contrôle des troupes américaines et de la Résistance locale. Entre le 20 et le 28 août, c'est la bataille pour Toulon et pour la libération de Marseille menées par les unités, à majorité coloniales, de l'"Armée B" du général de Lattre de Tassigny (la future 1ère Armée)

Diapo 33 L’attaque sur Toulon commence par les combats de la 1re DMI (Division de marche d'infanterie) de Brosset pour s’emparer d’Hyères qui tombe le 21 août. Le 20, de Lattre établit son PC au domicile de M. Coulet maire de Cogolin. C’est alors que l’Enseigne de Vaisseau Sanguinetti qui avait été parachuté dans le Var et s’était infiltré dans Toulon arrive au PC du «Roi Jean» pour lui signaler que les Allemands érigent précipitamment des défenses. De Lattre décide alors de prendre l’ennemi de cours avec l’aide des FFI. Il ordonne donc au Colonel de Linarès de former un groupement tactique afin d’envelopper Toulon par le nord via La Garde-Freinet et Gonfaron. Le reste des éléments est chargé d’investir la cité portuaire par l’Est.
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 Malgré quelques accrochages avec des groupes de soldats allemands les Tirailleurs du 3e RTA et les Spahis progressent bien et rejoignent les Maquisards du Revest à l’Ouest de Toulon.

Le débordement est bel est bien effectué. (On voit ici sur la diapo la réalisation de ce débordement à l'Ouest de Toulon) Linarès envoie alors ses hommes s’infiltrer par les routes conduisant au Revest et au Beausset.

 C’est la 1ère Compagnie du 3e RTA du Lieutenant Alland qui entre la première dans Toulon. En même temps, des éléments mécanisés atteignent Bandol. Le 21 toujours, Linarès déclenche son attaque par l’Ouest avec Tirailleurs, blindés et Bataillon de Choc. L’assaut est particulièrement violent, Français et Nord-Africains devant combattre de haute-lutte pour s’emparer de la Poudrière, de la batterie du Mont Faron et de la Porte Castigneau. Le tout avec des pertes. Mais en même temps, les FFI du Capitaine Savari passent à l’action à l’intérieur de Toulon et viennent semer la confusion chez les Allemands. Grâce à leur intervention, les hommes du 1er Choc parviennent à pénétrer dans Toulon pour s’emparer du Lycée Napoléon mais ils ne peuvent aller plus loin.

Diapo 35 Le même jour, de Lattre expédie la 1ère DFL, la 9e DIC et les Commandos d’Afrique afin d’entrer dans Toulon par l’Est. Mais les deux divisions se heurtent à une forte résistance de la part des Allemands au niveau du Massif du Touar. Si la 1ère DFL s’empare de Pipaudon, elle doit combattre durement pour s’emparer de la Garde et du Pradet. De son côté, les Tirailleurs Sénégalais et l’Infanterie Coloniale sont sérieusement pris à parti dans la Vallée du Gapeau entre Solliès-Pont et Hyères. Pendant près de deux jours, les combats sont acharnés et finalement le Fort du Coudon est pris. Le même jour, les Chasseurs d’Afrique enfoncent la défense allemande à l’Est de Toulon. Le lendemain (22 août), Chars et Tirailleurs s’emparent de La Valette mais doivent attendre que le Pradet et la Batterie de Six-Fours soient tombés.

De son côté, les Tirailleurs Sénégalais et l’Infanterie Coloniale appuyés par le 5e Chasseurs d’Afrique occupent le massif du Touar –

Le 23, la 1re DFL contrôle définitivement le Pradet et la 9°DIC entre dans Toulon pour effectuer la jonction avec les FFI et le Groupement de Linarès. Les combats font rage pendant toute une partie de la journée. Tirailleurs, Spahis, Sénégalais et Commandos font la course pour savoir qui hissera le drapeau français place de la Liberté. Durant l’après-midi, de Lattre, André Diethelm Commissaire de la République du GPRF (Groupement Provisoire de la République Française) et le Major américain Bullitt viennent assister à une cérémonie de Libération qui ne mobilise pas la population toulonnaise étant donné la poursuite des combats. Plusieurs forts et bunkers restent aux mains des Allemands. Il faut donc encore trois jours aux unités françaises pour s’emparer successivement des Forts de Sainte-Catherine, d’Artigues, du Malbousquet et du Clos Mayol.

 

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Le 26 août, tout est fini et l’Obest Widmann choisit de se rendre.
Enfin, symboliquement,  les Croiseurs légers «Georges Leygues» et «Emile Bertin» viennent mouiller en rade de Toulon, afin de faire oublier le souvenir du sabordage de la flotte moins de deux ans plus tôt.

Le bilan humain de la bataille de Toulon est lourd. Il n'est pas possible de chiffrer les pertes de façon précise, mais on peut donner quelques évaluations : du côté de la Résistance, on compte près de 300 tués ou blessés ; selon le général de Lattre, les pertes de l'armée française se sont élevées à 2700 tués ou blessés ; 8000 Allemands ont été tués et 17000 faits prisonniers.

Diapo 37 Dès le 20 août, l'évolution de la bataille de Toulon avait décidé le Général de Lattre à entamer sans plus attendre l'action en direction de Marseille.  II s'agit en effet de profiter des succès déjà acquis et surtout d'empêcher le Commandement allemand d'envoyer des renforts de Marseille vers Toulon. C'est pourquoi les Tabors marocains foncent dans le sillage de la 1re DB et des éléments de la 3e DIA déjà engagés sur la route des Maures en direction d'Aubagne. Alors, telle une marée, la manœuvre s'amplifie autour de la grande cité phocéenne dont les portes sont atteintes le 22.
Diapo 38 Menés entre le 19 et le 28 août1944, les combats et manœuvres pour la libération de Marseille débutent bien avant l’arrivée des forces alliées par le déclenchement d’une grève générale lancée par la CGT. 
Diapo 39 Sentant le vent tourner, les Allemands évacuent alors leurs positions du centre-ville pour se replier sur leurs points d’appuis fortifiés
Diapo 40 tandis que les Forces françaises de l’intérieur (FFI) commencent à harceler leurs positions dans les quartiers périphériques
Diapo 40 à Saint-Loup, Saint-Tronc, Sainte-Marguerite, le Merlan, Château-Gombert et Saint-Antoine.
Diapo 41 ou même en plein cœur de la ville Comme ici sur la canebière.
Diapo 42 Le 23 août, le général de Monsabert commandant de la 3e DIA établit son poste de commandement dans un immeuble de la rue Armény. (En plein centre-ville comme on le voit sur la diapo) Ses ordres sont clairs : pas de raid aérien dévastateur ni de recours massifs à l’artillerie afin d’éviter les dommages collatéraux, mais au contraire une intervention ciblée de fantassins appuyés par des blindés. Seul l’archipel du Frioul (Ici en bas à droite de la diapo) sera la cible des forteresses volantes afin qu’elle fasse taire les puissants canons de marine. Pour Montsabert, l’un des objectifs prioritaires est la colline de La Garde.

 (Là où se situe ND de la Garde) Il s’agit en effet d’un point haut à partir duquel, retranchés dans des abris souterrains, les Allemands coordonnent les tirs de leurs batteries du Frioul, de la Côte Bleue et de l’Estaque.

La bataille s’annonce pourtant des plus incertaines car, face à de Montsabert, le général Schaefer peut compter sur près de 16 000 hommes. Les allemands pour la plupart sont retranchés à la gare Saint-Charles, (en plein centre-ville) autour de la basilique de la Garde, dans les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas,

Diapo43 Ces forts se situent de part et d'autre de l'entrée du vieux port ici en bas de l'écran) mais aussi au Prado ou encore dans la base sous-marine Martha. S’y ajoutent une cinquantaine de batteries côtières. Ce même 23 août, l’hôtel des Postes alors occupé par les Allemands, est pris. 108 Allemands sont faits prisonniers. Dans l’après-midi du 25 août, le 3e RTA réduit au silence la batterie de Gratte Semelle (Ici à droite sur l'écran) capture 40 officiers et 911 hommes de troupe. Deux jours plus tard, le 27août, les tabors marocains attaquent avec succès le fort Saint-Nicolas, soutenus par des chars. Le lendemain, la forteresse du Racati est la dernière à rendre les armes, au prix de rudes combats. La reddition allemande est finalement obtenue le 28 août, à 8 heures du matin.

Le bilan humain est lourd : 106 FFI sont morts au combat mais aussi de nombreux civils qui les avaient rejoints. Quant aux résistants qui préparaient l’arrivée des forces alliées, 38 ont été assassinés les 18 juillet et 12 août dans les bois de Signes. En ville, près de 8 000 habitants ont été tués au cours de sept bombardements et 3 054 sont morts en déportation. Quant à la 3e DIA, elle déplore la perte de près de 500 hommes, officiers, goumiers, tirailleurs et cuirassiers.

Le 28 août, c'est l'épilogue: le Général allemand Schaeffer, commandant le secteur fortifié de Marseille, fait hisser le drapeau blanc sur le fort Saint-Nicolas et se rend avec le reste de ses troupes. Ainsi, dans le même temps, Toulon, objectif essentiel des opérations des Armées alliées dans le Sud de la France, aura été conquise en 6 jours, et Marseille, dont les plans initiaux n'envisageaient l'attaque que deux mois après le débarquement, sera tombée en 8 jours : la bataille de Provence est gagnée avec plus de 60 jours d'avance sur le calendrier prévu.

On ne peut évoquer le débarquement en Provence sans parler de la contribution des résistants FFI et FTP qui ont apporté un soutien non négligeable en particulier dans les parachutages et dans la libération des villes de Toulon et de Marseille. Ils ont aussi guidé différentes unités dans leur progression dans l'arrière-pays varois.

Diapo 44 Le débarquement en Provence du 15 août 1944 a été un modèle du genre, mais il a surtout fait ressortir la résurrection de l’Armée française en tant qu’entité, car cette Armée B deviendra la 1ère Armée française sous le commandement du général Jean de Lattre de Tassigny, intégrant au fur et à mesure de son avance des groupes de résistants.

*A ce sujet une petite parenthèse. Rappelons pour la petite histoire mais aussi par devoir de mémoire que 7 Reyniésiens issus du maquis de Cabertat et, après la libération de Montauban, ont rejoint, du côté d'Orange, cette armée B où ils ont été incorporés au 3° Hussard. Il s'agit des 4 Jeannot Jeannot Bonnet, Jeannot Garcia, Jeannot Méric, Jeannot Soussirac, et d’Henri Verdu, Pierre Issard et Georges Juhaz. Ce dernier faisait partie des réfugiés accueillis à Reynies en 1940. Engagés pour la durée de la guerre ils sont revenus à Reyniès à l’issue. Georges Juhaz est resté dans l'armée.Henri Verdu suite au froid intense qui régnait dans les Vosges a eu une pleurésie. Hospitalisé à l'hôpital de Remiremont il y décéde le 24-12-44 des suites de la maladie contractée sur le front. Son nom figure sur le monument aux morts de Reyniès. (Refermons la parenthèse)

 Cette diapositive résume parfaitement l'opération Anvil Dragoon. Elle retrace l'assaut naval et l'assaut aérien, les batailles de Toulon et Marseille et simultanément la poursuite des opérations en direction de la vallée du Rhône.

Diapo 45 L’offensive menée en Provence a été le fait de nos soldats, car la conquête de Toulon et de Marseille, est due aux seules unités de cette Armée B composée de pieds noirs, de coloniaux, de sénégalais, Tchadiens, congolais, algériens, marocains, tunisiens, gabonais, guinéens, antillais, calédoniens, tahitiens, libanais et syriens, indochinois, français évadés de métropole tous sous le commandement de généraux prestigieux. Les combats de reconquête ont aussi montrés l'union entre les FFL et les FFI.

En faisant le bilan de ce débarquement, on notera que le 25 septembre, date de fermeture de la dernière plage, on dénombrait 324 069 hommes, 68 419 véhicules et 490 237 tonnes de ravitaillement débarqués. Cette opération «Anvil Dragoon» démontre ainsi le succès et la nécessité de de ce débarquement en Provence en ouvrant de fait un deuxième front pour libérer notre pays et que vive la France.

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