Réponse au général Faugère

Gal (2S). Bertrand Binnendijk Magistro [http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/ du-cote-des-elites/item/3219-reponse-au-general-d-armee-faugere] 3 août 2017 12:52
Bertrand Binnendijk
Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, Ecole supérieure de guerre (ESG), Diplômé d'études approfondies en histoire militaire et relations internationales, Diplôme de droit canonique (Institut catholique de Paris). Après avoir exercé des commandements dans différentes unités de l'Arme blindée Cavalerie, il s'est orienté vers les relations internationales, en occupant différents postes en étatmajor de haut niveau et à l'étranger.
Officier de liaison-instructeur auprès de l'Army command and staff College, en Grande-Bretagne (1994-1997), Attaché de défense près l'ambassade de France à Tel Aviv, en Israël (2001-2004). A dirigé la Division Maîtrise des armements, puis la division Monde de l'état-major des armées. A ce titre, a participé aux négociations de contrôle des armements dans le monde et travaillé au développement de la coopération militaire avec les pays du Proche et Moyen-Orient, de l'Asie et de l'Amérique latine. Après avoir quitté le service actif, a passé un diplôme de droit canonique à la Faculté de droit canonique de l'Institut catholique de Paris et poursuit actuellement des études de théologie. Dans ce cadre, a rédigé un mémoire intitulé « L'Eglise catholique au Maroc : l'Accord de 1983 entre le Roi Hassan II et le Pape Jean-Paul II ». CV sur le site Magistro http://www.magistro.fr/index.php/template-2/lorem-ipsum-9/binnendijk-bertrand. 

La semaine dernière, le général Faugère procédait sur le site MAGISTRO à une analyse très fine de la crise dont le Président de la République et l'ancien CEMA furent les protagonistes1. Cette analyse dit bien, me semble-t-il, ce que les militaires de tous grades peuvent ressentir après l'humiliation volontairement infligée par le chef de l'État à l'un des meilleurs CEMA que les armées aient connus. Comme clé possible de compréhension de ce comportement apparemment inexplicable, l'auteur évoque un possible cynisme de la part du chef de l'Etat mais sans vraiment explorer cette voie. Pour ma part, je suis convaincu que seul un cynisme absolu éclaire ce triste épisode : les jours du général de Villiers comme CEMA étaient comptés dès avant l'élection d'Emmanuel Macron. Pour en comprendre les raisons, il faut évoquer en effet la crise qui s'est produite en 2014, lorsque ce dernier était ministre de l'économie et Pierre de Villiers, CEMA depuis quelques mois. Le directeur de cabinet de Bercy de l'époque est devenu depuis le Secrétaire général de l'Elysée ! Comme à l'accoutumée, Bercy avait imaginé d'effectuer une énième ponction sur le budget de la défense pour boucher le tonneau des Danaïdes des finances publiques. Pour manifester leur opposition devant cette pratique insupportable, le général de Villiers et les trois chefs d'état-major d'armée, soutenus en sous-main par J-Y Le Drian, leur ministre de tutelle de l'époque, avaient menacé de démissionner en bloc, menace qui ne s'était jamais vue jusqu'alors. Devant pareille bronca, le Président Hollande avait alors arbitré en faveur des armées, désavouant ainsi Bercy et son ministre. Cet épisode ne pouvait qu'avoir impressionné très défavorablement quelqu'un qui, visiblement, nourrit une conception très centralisée, pour ne pas dire autocratique de l'exercice du pouvoir. Comment un simple « technicien » de la défense pouvait-il avoir l'outrecuidance de prétendre s'opposer à une décision d'ordre politique ! Élu président, Emmanuel Macron ne pouvait donc pas garder comme CEMA un officier de la trempe de Pierre de Villiers, dont il savait d'expérience qu'il s'opposerait de toutes ses forces à l'effeuillage continuel du budget des armées. Il fallait donc s'en débarrasser, mais sans en prendre l'initiative pour ne pas porter la responsabilité de la rupture. En effet, il lui fallait absolument éviter le reproche de « politiser » la relation PR/CEMA, ce que ses prédécesseurs à l'Elysées s'étaient


1- voir l'article du général Faugère du 28 juillet 2017 Leçon d'une crise à la tête des armées [http://www.magistro.fr/index.php/template/lorem-ipsum/du-cotedes-elites/item/3212-lecon-d-une-crise-a-la-tete-des-armees]

toujours abstenus de faire, les militaires étant ontologiquement neutres à l'égard du pouvoir, quelle qu'en soit la couleur politique. L'éviction du CEMA allait donc se faire en trois actes, selon un plan parfaitement machiavélique.

Premier acte : La prolongation du CEMA dans ses fonctions était annoncée. Faisant suite aux mises en scène militaro-théâtrales qui s'étaient succédées depuis la prise de fonction du nouveau PR, elle devait témoigner de la confiance supposée de celui-ci à l'égard de la chose militaire. Quand on connait la rigueur morale de Pierre de Villiers, il n'y a aucun doute qu'il n'ait préalablement obtenu du PR les garanties budgétaires nécessaires sans lesquelles il n'aurait jamais accepté cette prolongation.

Deuxième acte : Mettant à profit les fuites (organisées par qui ? Personne ne s'en est soucié !) de l'audition à huis-clos du CEMA devant les députés de la Commission de la Défense, le PR sort du bois le 13 juillet, en humiliant outrageusement le CEMA, selon la manière indigne que l'on sait. La date retenue sciemment permettait de donner un écho maximum à la mise en accusation publique d'un CEMA devenu déloyal. Quand on sait l'intelligence d'EM, on ne peut avoir aucun doute sur le but d'une pareille charge. La violence de l'attaque était parfaitement proportionnée à l'effet recherché, à savoir une démission forcée d'un CEMA que l'on avait fait semblant de vouloir conserver, mais à la seule « initiative » de ce dernier. Et pour le cas où Pierre de Villiers n'aurait pas compris ce que l'on attendait de lui, le Premier ministre en remettait une louche dès le lendemain en précisant que, bien sûr, il « pouvait » rester CEMA, façon à peine déguisée de lui signifier qu'on ne le souhaitait pas. Et EM portait l'estocade dans le Journal du dimanche en agressant à nouveau sa cible avec une violence telle que celui-ci ne pouvait pas ne pas démissionner. Et qui croira que le porte-parole du gouvernement déversa son flot de propos injurieux sans l'assentiment du PR ?

Troisième acte : Le général de Villiers démissionne en effet, mais en reprenant la main. Sans attendre d'être congédié comme un malpropre lors d'une « entrevue » prévue le vendredi suivant, il prend le PR de cours en annonçant sa démission selon une forme où l'on retrouve son légendaire sens de l'honneur et de la dignité. L'opinion publique est stupéfaite et indignée. Les media, qui ont tant contribué à son élection, sont sidérés.

Conclusion : Si la démission espérée a bien été obtenue, c'est au prix d'un désastre de la communication présidentielle. La confiance est durablement rompue entre le chef des armées et celles-ci. Cet épisode a révélé à la fois un cynisme démesuré, un amateurisme confondant, mais par-dessus tout, un mépris de la chose militaire apparu au grand jour. Il convient de noter que les quatre principales « têtes pensantes » du ministère des armées ont été écartées : l'ancien ministre Le Drian, son ancien directeur de cabinet Levandovski, l'ancien directeur de la DGA et maintenant le CEMA. La voie est libre désormais pour quoi ? Nul ne le sait.

Moralité : S'il faut des années pour construire la confiance, une seconde suffit pour la ruiner durablement.

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