LA CONTESTATION CHEZ LES CADRES MILITAIRES

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L’exposé portera sur les critiques et réactions dans l’Armée de l’Ancien Régime, dans celle de la Révolution jusqu’à la IIIème République, aux débuts de la IIIème, durant les deux conflits mondiaux puis dans les guerres coloniales et enfin les prises de position quant aux engagements extérieurs jusqu’en 1986.

Idée maîtresse: Quid de la loyauté militaire face aux desseins des politiques et de leurs retournements, et surtout face à la défense de l’honneur sans faillir au mépris des lois.

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L’ARMEE DE L’ANCIEN REGIME

C’est la fin de la rivalité entre les féodaux attachés à leurs prérogatives et le pouvoir royal qui entendait affermir la centralisation. Le dernier sursaut de cette contestation fut marqué par la Fronde avec les figures de TURENNE et de CONDE. Leur rébellion dépassait la simple objection militaire. L’honneur, «  il y va de ma vie, de mon honneur et par conséquent de tout » (CONDE) a une place prépondérante qui sous-tend la défense des intérêts personnels. Les deux motivations : honneur et intérêt pouvaient concorder mais lorsqu’elles divergeaient, elles pouvaient conduire jusqu’à contrecarrer les opérations militaires.

Dés le début du XVIII° siècle, la vogue de la philosophie toucha le corps militaire. Bien d’autres officiers que LA FAYETTE furent acquis au libéralisme qui incitait à la critique et à la liberté de parole au point que dans la seconde moitié du siècle de nombreux ouvrages critiques furent publiés.

DE LA REVOLUTION A LA III ème REPUBLIQUE

 

Ce n’est plus la contestation du pouvoir centralisateur qui est en cause avec la Révolution mais celle des règles féodales : la nouvelle forme de centralisme faisait appel à une nouvelle notion, celle de NATION. Il s’ensuivit d’inévitables contestations contre.

Les excès de la Révolution: si certains ’acceptèrent les idées nouvelles, il n’en fut plus de même avec des mesures difficilement supportables telles que l’obligation de serment à la Constitution, les décrets sur la religion et le clergé, l’emprisonnement du roi.

Après avoir servi par obéissance et à contre cœur parfois, beaucoup émigrèrent et combattirent contre la Patrie. Encore faut-il rappeler que la noblesse européenne était liée par une solidarité horizontale de classe qui s’opposait à la solidarité encore fragile, verticale de chaque royaume. Cela explique les services militaires pris sans complexe à l’étranger et souvent en passant d’un pays à l’autre.

Les émigrés furent mal accueillis à l’Etranger, et vomis par leurs concitoyens qui ne les reçurent pas en libérateurs comme ils l’imaginaient. (6000 officiers sur 35000,72 généraux sur 1044, 8 en Vendée et 26 dans des armées étrangères) Valmy fut leur débâcle : ils furent chassés de partout et surnommés les « fuyards ».

Leur éducation ne leur avait pas appris à distinguer leurs devoirs et leur faisait porter à leur seul prince ce qui appartenait désormais à toute la Patrie.

Pour ceux qui restèrent en France on ne peut manquer de signaler les drames de conscience lorsqu’il fallut réprimer le soulèvement vendéen : épuration, captivité, désertion, démission, condamnation, destitution fut le lot d’un grand nombre d’entre eux.

Napoléon sut en rallier un grand nombre pour éviter des oppositions inutiles.

Le désordre républicain: avec la Terreur, l’opinion se partagea entre le retour d’un régime monarchique et la mise en place d’un chef énergique.

Contre un coup d’état on trouva BERNADOTTE, pour le retour d’un roi, PICHEGRU, MOREAU, pour un BONAPARTE libéral, LA FAYETTE, idéaliste qui voyait en lui le Washington français et, pour lui-même, BONAPARTE.

LE PREMIER EMPIRE

La prise du pouvoir par BONAPARTE

Son autoritarisme lui valut l’opposition d’autres généraux également poussés par la jalousie !

LA FAYETTE désillusionné se retira, BERNADOTTE se soumit, PICHEGRU et MOREAU continuèrent à comploter.

Le maintien de Napoléon 

Dès les premiers revers, les chefs qui devaient tout à Napoléon le trahirent pour le retour d’un roi et préserver l’avenir : MARMONT, NEY, AUGEREAU, BERNADOTTE,(Napoléon dira de lui « je puis l’accuser d’ingratitude, mais pas de trahison), MURAT, MOREAU.

Le retour de Napoléon

Une nouvelle fois les cadres furent soumis à un nouveau dilemme et y répondirent de manière variable. Certains étaient montés trop haut « ils avaient crevé leur plafond »mais, comme pour de nombreux autres dans des périodes ultérieures, la faute n’en revient-elle pas à ceux qui les nommèrent à des postes exceptionnels alors que braves et excellents tacticiens, ils n’étaient que de remarquables subordonnés ?

           

LA RESTAURATION

En comparaison avec le quart de siècle précédent, la Restauration coupée par les Cent jours fut relativement calme.

Jusqu’en 1848 l’Armée n’eut pas à combattre intensément : ESPAGNE(1823), (on parla depromenade en Espagne contre les révolutionnaires), GRECE (1827), BELGIQUE (1832) . L’expédition d’Alger suscita hésitations et contestations.

Des réactions furent enregistrées chez les officiers de l’Empire, condamnés, mis en demi-solde ou brimés par leurs pairs royalistes. (Avec une nouvelle épreuve lors de la reprise du drapeau blanc).Il ne faut pas oublier les lois d’exception, fin 1815, avec des exécutions imméritées – généraux Faucher, Clermont-Tonnerre, Mouton-Duvernet. On enregistrera trois fournées d’épuration en 1814, 1815 et 1820. C’est en 1821 que les complots suscités par la société secrète des Carbonari échoueront à Saumur, Nantes, Belfort, Neuf-Brisach. L’affaire la plus connue fut celle des quatre sergents de la Rochelle (45° de ligne), éxécutés le 21 septembre 1822.

Officier de 1816 à 1827, VIGNY exalta l’obligation de discipline dans son ouvrage « Servitudes et grandeurs militaires » paru en 1835. La leçon était claire mais ne fut que peu suivie.

Avec la révolution de 1830 beaucoup de cadres n’acceptèrent pas l’éviction des BOURBONS. D’autres furent confrontés au difficile problème du maintien de l’ordre ou manifestèrent des réactions opposées après le débarquement d’Alger le 5 juillet, (sous les ordres du général de Bourmont seul déserteur de Waterloo). Si le pouvoir sut s’assurer la fidélité de la Garde nationale et de l’Armée en lui donnant avantages et considération, les contestataires reportèrent leurs espoirs sur Louis-Napoléon

(1836 conspiration de STRASBOURG et 1840 celle de BOULOGNE ).

Avec la Révolution de 1848 on découvrit que la profonde mutation économique et sociale avait généré une puissante classe ouvrière.

Rétablir l’ordre sans déclencher une sanglante guerre civile et en évitant la pactisation des émeutiers avec la troupe apparut comme un exercice délicat.

Du 22 au 26 juin CAVAIGNAC brisa l’émeute. (12000 personnes furent tuées avec des excès des deux côtés.50000 hommes tinrent garnison à Paris. Les extrémistes furent jugulés jusqu’en …. 1871.

LE SECOND EMPIRE

Dès son coup d’état du 2 décembre 1851 le vainqueur flatta l’Armée qui lui fut fidèle à quelques exceptions. TROCHU dans « l’Armée française en 1867 » déclarait vouloir améliorer les institutions militaires et ranimer la vie intellectuelle dans les armées. BAZAINE, quant à lui, s’éleva contre les sacrifices au Mexique et surtout adressa en 1868 un rapport sur

l’impréparation de son 3ème corps à NANCY .Il ne fut pas écouté.

De 1870 à 1871, les combats malheureux et la guerre civile soulevèrent de nouveaux cas de   conscience. Nombreux furent-ils, mais c’est celui du Capitaine ROSSEL qui est le plus édifiant d’autant que présent à METZ avec BAZAINE, c’est la conduite de ce dernier qui déclencha son aventure.

Dans son Journal du siège de METZ, ce jeune polytechnicien avait eu l’audace d’analyser les réactions face aux mesures à prendre et à la nécessité de rompre l’encerclement :

« chacun cherche des raisons pour ne rien faire, pour ne pas s’exposer, pour ne pas se battre et chacun trouve de bonnes raisons…

Ci-gît une armée qui a préféré à sa Patrie et à l’honneur de ses drapeaux, une stérile obéissance ! »

Exfiltré de METZ il rejoignit Gambetta à TOURS qui lui confia une mission d’étude auprès de l’ Armée du Nord. De retour, il observa pagaille et inefficacité autour d’un Gambetta qu’il qualifia de «  drapeau plutôt qu’un chef, drapeau dont le gouvernement se sert pour avoir l’air républicain et viril. »

L’abandon de Paris aux insurgés le conduisit à démissionner et adhérer à la Commune dans un esprit de résistance à l’inaction. Face au laisser aller, aux beuveries, aux désordres, aux paniques, dans ses fonctions de ministre de la guerre, en butte à la jalousie et l’incapacité des comités il fut désavoué et démissionna. Arrêté par les Versaillais et condamné à mort, il fut fusillé à SATORY le 28 novembre 1871.

Idéaliste intransigeant, ce bourgeois protestant, dégoûté de la Révolution, ne crut jamais à la victoire des insurgés mais il ne les condamnait pas. « S’il était plus facile aux ouvriers d’arriver à l’aisance, ils auraient moins de vices et plus d’instruction. » Lucide, il avait compris le sens de leur révolte. «  Vous voyez bien, législateurs imbéciles, qu’il faut que vous ouvriez la société à la horde qui l’assiège. Sinon la classe ouvrière se fera une société en dehors de vous et courra à l’Internationale ».

La IIIème REPUBLIQUE

De 1870 à 1914

De profondes crises marquèrent les esprits suscitant de sérieux troubles de conscience qui touchèrent de nombreux officiers.

Néanmoins, aucun coup d’ état ne fut tenté : par esprit de discipline, mais peut-être également par manque de caractère et…de candidat valable.

Les crises en question :

-          le Boulangisme 1886 – 1891 : Boulanger,général populaire et piètre politique dont tous les partis voulaient tirer parti

-          Le scandale des décorations 1887 utilisé par le boulangisme. Le président Jules Grévy dont le gendre, député verreux, monnayait l’attribution de décorations, dut démissionner.

-          L’Affaire Dreyfus souleva des passions et l’armée vit son prestige éclaboussé par ce drame

-          L’affaire des fiches où dans une ambiance d’anticléricalisme sectaire officiel, la politique préféra la fidélité idéologique à l’efficacité professionnelle. Certains cadres optèrent pour la courtisanerie brûlant ce qu’ils avaient adoré et d’autres furent épurés. Parmi les brimés citons Foch, Castelnau, de Lange de Carry, Maunoury, Pétain … et le commandant Driant marié à la fille du général Boulanger. Cette désorganisation profonde du Commandement causa nos premiers revers en 1914.

-          Le problème social

  • marqués par les excès des «  communeux » et vivant un peu coupés du reste de la Nation, les cadres ne se souciaient pas du sort du prolétariat
  • démissionnaires, deux officiers s’investirent dans la contre révolution chrétienne marquée par la nouvelle doctrine du Catholicisme social (Albert de MUN et la TOUR du PIN ) où se fit remarquer le préfet Villeneuve-Bargemont.
  • Lyautey s’enthousiasma également pour cette orientation de l’Eglise, l’adopta à l’Armée et fit paraître en 1891 «  le rôle social de l’officier ». Cet article paru dans la revue des deux mondes provoqua des réactions diverses.

Les officiers répugnèrent à assurer le maintien de l’ordre avec le sentiment que ce n’était pas leur métier. C’est en juin 1907 que le 17ème de Ligne de Béziers se mutina : évènement dont les communistes firent une légende.

Deux bataillons de ce régiment de recrutement local furent envoyés à Agde et plus de 500 soldats revinrent à Béziers et pactisèrent avec les soldats du 81° RI venus les arrêter.

La contestation se marqua contre :

L’anticléricalisme.

La victoire des Républicains sur l’Ordre moral en 1877 marqua le début d’une bataille religieuse qui se termina en 1905. Pour l’expulsion des congrégations et l’inventaire des biens ecclésiastiques la réquisition d’officiers pour prêter main forte à la police fut très mal vécue.

C’est en brisant leur épée, c’est à dire en quittant l’Armée, que certains crurent

trouver l’apaisement de leur conscience mais que de rancœur, d’amertume, d’humiliation, de colère…

L’inefficacité – l’impréparation.

L’épopée coloniale ne devait pas faire oublier la ligne bleue des VOSGES où l’effort consenti ne fut pas suffisant. Barrès parla des « deux orphelines ».C’est une période riche en publications très critiques : la Grande Muette portait mal son nom.

1867   L’Armée française en 1867                                    Général TROCHU

1887   Les transformations de l’ Armée                           Général THOUMAS

1895   Contre le service de deux ans                                Général LEWAL

1897   La future débâcle                                                     Capitaine NEREY( retraité)

1905   L’Armée nouvelle                                                    Capitaine JIBE (Gal MORDACQ)

1906   Vers un nouveau SEDAN                                        Commandant DRIANT

1907   Sommes-nous défendus ?                                       Député Charles HUMBERT

Ce député meusien déclara à la chambre le 25 octobre 1907 : « En dehors du canon de 75,  l’armée n’avait pas de matériel de combat moderne » et déplora «  l’état lamentable des forts de Verdun, la pénurie d’armements, de mitrailleuses… »

1907   La transformation de l’Armée (1897-1907)        Général METZINGER

1908   L’Armée qui souffre                                               Médine

1911   L’officier contemporain                                          Capitaine d’ARBEUX

« les officiers ne trouveront plus en leurs chefs les défenseurs sur lesquels ils pouvaient compter auparavant. »         

Le 4 mars 1913 en séance du Conseil supérieur de guerre, le Général de CASTELNAU, adjoint de JOFFRE, déclarait : «  nous sommes une armée de pouilleux .En 1870 le Maréchal LEBOEUF déclarait qu’il ne manquait pas un bouton de guêtres : actuellement, il manque les guêtres ». Le général Galiéni, présent, félicita le contestataire « d’avoir mis les pieds dans le plat en les y agitant impétueusement ».

Tout cela au moment où il allait falloir serrer les rangs.

LA GUERRE 14-18

L’Union sacrée fut une réalité indiscutable.         Polémiques, rancoeurs plus ou moins oubliées, chacun fit son devoir.

La contestation se caractérisa par deux causes :

L’incompétence des chefs critiqués pour ne pas avoir pris en compte le fait que « le feu tue ». Leur incompétence fut sanctionnée par le limogeage.

Rocolle dans l’hécatombe des généraux parle de leur incapacité.

La conduite de la guerre.

Auxsacrifices répétés et inutilesou injustifiés, l’indiscipline individuelle puis collective se transforma en 1917 en mutinerie contre la guerre et les conditions de vie. Aucun cadre ne semble y avoir participé mais nombreux furent punis non pour avoir manqué d’énergie mais très certainement pour avoir trop compati aux souffrances de leurshommes

Verdicts des tribunaux militaires : 23385 condamnations (1% de l’effectif des combattants) dont 412 condamnations à mort dont 50 furent éxécutés. A partir du 1° juin, le général Pétain, bénéficiant d’un régime d’exception jusqu’au 14 juillet, décida seul à la vue des verdicts.

1918 – 1939

L’entre deux guerres ne fut pas une période favorable pour l’Armée.

Pour résumer, on n’avait plus besoin d’Armée après la « der des ders ».

Face à ce laisser-aller général, des cadres, et non des moindres s’élevèrent contre :

le relâchement après l’Armistice :

FOCH continua à s’opposer à CLEMENCEAU lors du traité de paix voulant assurer la sécurité de la France en tenant le Rhin pendant quinze ans, ce qui ne lui paraissait pas une garantie suffisante.

De nombreux officiers rencontrèrent dans leur pays l’incompréhension et chez leurs chefs plus d’inconscience. Nobecourt dans l’histoire politique de l’armée souligne que la crise morale n’épargna pas la troupe. En 1919, des mutineries éclatèrent à Brest, Chartes, Rochefort, Saint-Germain, Satory, Toulon, Toulouse…

la politique coloniale :

Le laisser-aller national, la méfiance politicienne à l’égard des chefs en poste, les rivalités de personnes qui frisaient parfois la haine ?

Gouraud, haut commissaire en Syrie où 70000 hommes tenaient garnison face aux Arabes et aux Anglais, demande son rappel en 1922 quand Poincarré impose des restrictions de budget et d’effectifs ramenant notamment les hommes à 20000.

Les heurts entre LYAUTEY et GALLIENI handicapèrent notre action dans les colonies où des opérations furent menées jusqu’en 1934, date où GIRAUD pacifia l’extrême Sud marocain. L’efficacité reposa sur des cadres responsables qui sur place firent preuve d’initiatives risquées bien souvent.

la non préparation à la guerre :

            - Entre le beurre et les canons la France choisira le beurre, l’Allemagne, les canons, et ce sera 1940.

            - Un anonyme écrivit en 1929 « feue l’armée française » où il exposait notre agonie due au déclin consécutif à la Victoire et des lois de 1927/1928 ramenant le service à un an et appelait à « une réaction salutaire ».

            - Généralissime de 1931 à 1935 WEYGAND harcela PETAIN ministre de la guerre qui déclara aux commissions de l’armée des deux chambres « Si l’ennemi s’engage dans les Ardennes, on le pincera à la sortie des forêts. Donc, ce secteur n’est pas dangereux » !!.

            - En mai 1934 le Conseil supérieur de la guerre conclut que «  l’Armée était hors d’état de faire face victorieusement à une entreprise hostile de l’Allemagne ».

            - GAMELIN  ne savait pas dire non et le Front populaire ne permit pas un ultime effort national.

            - L’Armée française ne put réagir à la réoccupation de la Rhénanie le 7 mars 1937.

            - Après l’ANSCHLUSS de l’Autriche, DALADIER n’obtint pas les 40 000 hommes réclamés.

- Il y eut ensuite la reculade, le lâche soulagement de MUNICH conduisant à l’écroulement final.

Beaucoup d’officiers, conscients de la menace allemande, s’alarmèrent du triomphe du Front populaire. Certains craignirent un coup de force communiste. Le plus actif de ces officiers fut le Commandant LOUSTANAU-LACAUqui voulut organiser dans l’armée des comités d’auto-défense, tandis qu’un polytechnicien DELONCLE voulut faire basculer l’Armée (la Cagoule)

Sans vouloir comploter d’autres officiers voulurent attirer l’attention par des écrits très critiques à l’égard des grands chefs militaires et des politiques qu’ils traitaient de racaille durant la 1ère guerre :

Général NIESSEL                             Le déséquilibre militaire

Général MAURIN                              L’armée moderne   1er mai 1938

Général MORDACQ                                      La défense nationale en danger 1938. Il termine son ouvrage par une adresse aux politiciens « qu’attendez-vous pour agir ? »

Général de GAULLE                         vers l’armée de métier 1934 avec l’emploi en masse des blindés- Le fil de l’épée 1935 - La  France et son armée 1938 Travail écrit pour Pétain qu’il publia à son nom : de là la rupture.

                       

1938, c’est à cette date qu’une circulaire de GAMELIN interdit aux militaires d’écrire sur des sujets stratégiques.

 

1939 – 1945

Tout au long de cette guerre, les cadres, traumatisés par l’effondrement des armées, déchirés, par de graves cas de conscience concernant notamment le choix entre deux France, furent confrontés dans des oppositions qui suscitèrent la haine et souvent la mort et dont subsistèrent de profondes rancunes.

Les cadres s’élevèrent contre :

 

   le manque d’énergie au combat.

durant la drôle de guerre où il ne fallait pas tirer les premiers

après le 10 mai, des unités se défendirent avec acharnement pour l’honneur, mais pour d’autres, il en fut autrement.

le manque d’énergie du Commandement, cas du colonel de Gaulle qui contre-attaque à Montcornet, le 17 juin, obtempérant aux ordres de ne pas poursuivre seulement après 24 heures, en poussant jusqu’à l’Aisne.

des ordres jugés inexécutables ou déplacés

la captivité :

désobéissance aux ordres reçus

reddition dans un souci de sauver la face

suicide

l’acceptation de la défaite.

De GAULLE

D’autres, fidèles à PETAIN en qui ils avaient confiance, résistèrent dans l’armée

d’armistice

         Figure de Henri FRENAY

D’autres encore, moins de la moitié, prétextant obéissance au Maréchal ; les erreurs anglaises (Mers El-Kébir) et gaullistes (notamment DAKAR).

           Le traumatisme de la défaite accentua l’antimilitarisme d’une fraction de la population.

Le débarquement allié en AFN et l’occupation de la zone libre relancèrent de nombreuses réactions ;

     de la part des cadres de l’armée d’armistice :

- résistance de de LATTRE (condamné en janvier 1943, il s’évada le 3 septembre).

- sabordage de la flotte (nombreux cas de conscience chez les marins)

- arrière-pensées :

la Royale peu républicaine, favorable à PETAIN

anglophobie renforcée par Mers El-Kebir

méfiance vis à vis de de Gaulle homme des Anglais       -refus de livrer la    flotte aux Allemands    

- esprit de discipline de l’Amiral de LABORDE qui n’obéit qu’à DARLAN ou PETAIN

Les réactions après le débarquement en AFN.

       Avec la dissolution de l’armée d’armistice, on observa une accentuation de la participation au sein de l’ORA davantage aidée par les Britanniques que par les Gaullistes leur reprochant d’être restés en métropole et d’être sous les ordres de GIRAUD.

       On enregistra également des difficultés supplémentaires avec l’emprise grandissante des communistes qui utilisaient la Résistance dans le but politique de prendre le pouvoir, au mépris des civils victimes des représailles..

       L’Armée française riposta aux Alliés en AFN, la discipline fut la plus forte mais les problèmes de conscience ne manquèrent pas.

Ces combats auraient-ils pu être évités ?

PETAIN était lui-même déchiré entre les combats avec les futurs Alliés et l’impossibilité de les arrêter à cause de l’Allemagne et de LAVAL. La riposte aux Gaullistes s’expliquait par le souvenir de l’échec de DAKAR et du drame de la SYRIE (76 officiers 256 sous-officiers et 7047 soldats tués dans des combats fratricides).

Contre De GAULLE se présentaient PETAIN, WEYGAND, MUSELIER, GIRAUD. Avec ce dernier le duel fut bien plus grave qu’une querelle : ce fut l’affrontement moral entre deux armées.

Le dernier volet de contestations retenu pour la fin du conflit concerne celles contre les décisions militaires.

On enregistre des heurts entre les responsables militaires durant la campagne de France et d’ Allemagne sur des problèmes militaires qui revêtaient un caractère politique qui n’échappait pas à De GAULLE. LECLERC s’opposa aux Américains à PARIS puis à De LATTRE qui lui-même, à partir de STRASBOURG connut des difficultés avec le Commandement allié.

Tous ces cadres, aux sorts si divers, furent animés d’un grand sens du devoir pour qu’ensemble ils se retrouvent à la participation de la victoire finale. Mais les blessures, les querelles, les clivages, les rancoeurs, les jalousies ne s’effacèrent pas et l’amalgame recherché fut un mariage manqué. L’épuration puis la loi de dégagement des cadres ne facilitèrent pas le semblant d’unité recherché, d’autant que des milliers d’officiers se rappelaient qu’on leur reprochait de n’avoir pas pris position sous VICHY. Ils s’en souviendraient dans les conflits futurs.

1945 – L’INDOCHINE – 1954

La guerre d’Indochine a suscité une large gamme de contestations :

                 - éviter la guerre :        « une guerre sans fin »  (LECLERC)

                                                           penser à l’Algérie (SETIF)

                                                      penser à reconstruire la nouvelle armée

-  guerre meurtrière : SALAN tout comme De LATTRE s’alarme

     -   discrédit sur le Commandement : affaire des piastres ( réévaluation en 1945 qui provoqua un grave trafic), scandales desgénéraux (rapport secret du général Revers diffusé par le Vietminh), pertes élevées.

                           -   sévices et tortures,

                   - absence de politique cohérente :

gouvernements successifs,

pas d’appui officiel

                                                              manque de renforts,

               -  rôle du parti communiste français

                   - problème de conscience des prisonniers du Viet- Minh.

            C’est avec amertume et rancœur donc un profond malaise que l’Armée va aborder le conflit algérien.

         

          1954 – L’AFRIQUE FRANCAISE du NORD – 1962

« On nous a fait le coup en Indochine, en Tunisie, au Maroc, on ne nous fera jamais le coup en Algérie, je vous le jure, dites le bien à PARIS » Général en chef LORILLOT général en chefen Algérie.

A l’âge de la guerre révolutionnaire, l’apolitisme traditionnel n’a plus cours pour tous les cadres confrontés à cette forme de guerre. Désormais, au principe de l’obéissance passive se substitue la notion de discipline intellectuelle.

La contestation se concentra sur plusieurs objectifs :

-          l’attente d’une mission nette avec des moyens pour la remplir

-          l’objection de conscience contre les violences : notamment la torture.

-          l‘opposition à une mainmise communiste

-          le renversement d’un pouvoir jugé inefficace

-         

Si avant l’arrivée du général de GAULLE l’Armée, en état de rébellion morale, ne voulut néanmoins pas provoquer l’irréparable, dès qu’il fut au pouvoir, sa politique algérienne heurta rapidement une partie de l’Armée. Beaucoup de cadres connurent des drames de conscience qui leur firent prendre des positions diverses voire extrêmes. Malgré l’action des activistes, l’Armée ne bascula pas, mais des cadres agirent d’eux-mêmes: les premiers complots, le putsch, l’OAS, Bastien-Thiry.

Beaucoup n’acceptèrent pas l’abandon sans défaite car ils trahissaient l’esprit même de leur engagement.

De GAULLE imposa « le silence dans les rangs » à l’armée ramenée en Métropole qui enregistra une sévère répression : cadres poursuivis, dégagés, mutés, dissolution d’unités (10ème et 25ème DP), démission d’un millier d’officiers,…. Sans oublier les procès.

 

La contestation de la politique militaire gouvernementale

Elle se développa de manière constante dés1950.

Le Général De MONTSABERT publia en 1950 « Il faut refaire l’Armée française ».

Puis ce fut le refus de la CED en 1954 avec l’engagement du Maréchal JUIN.

Après vingt années de calme relatif, les affaires STHELIN et BINOCHE relancèrent les discussions. Le premier proposa en 1974 contre le F1 de DASSAULT la création d’un autre type d’appareil dans le cadre de l’Alliance. Le second, Commandant en Chef à BERLIN, exprima avec vigueur sa défiance à l’encontre des orientations politiques de la RFA en 1975.

Enfin, SANGUINETTI, s’éleva contre l’évolution contraignante du devoir de réserve, en 1976.

Au printemps 1981, la méfiance à l’encontre des socialo-communistes fut initialement neutralisée par la désignation de Charles HERNU jusqu’à ce qu’il annonçât qu’ « un des objectifs de l’Armée pourrait être de défendre les intérêts du camp socialiste ». Le malaise se poursuivit avec des réorganisations successives qui sans être rodées étaient systématiquement revues à la baisse des effectifs militaires et des projets de modification du Service national.

-          une brochure du GRED (Groupe d’études et de recherches sur la Défense ) fut intitulée :

«  pour l’ Armée, demi-tour gauche ! »

-          les trois chefs d’Etat-Major annoncèrent l’obligation d’envisager une révision fondamentale des missions face au risque de dégagement des cadres et de nouvelles et coûteuse redistribution des moyens existants en décembre 1982.

-          Même la Gendarmerie enregistra des mécontentements : Irlandais de Vincennes, Nouvelle-Calédonie, affaire Grégory.

-          en mars 1983, le CEMAT, le Général DELAUNAY démissionne : « loyal vis-à-vis du gouvernement, je ne suis guidé que par l’intérêt de notre défense ».

-          en septembre de la même année, le Général BOONE commandant la Vème RM déclarait à ses chefs de corps « ne pouvant admettre, ne daignant me soumettre, je dois me démettre ».

-          en août 1984 ce fut le tour du Général LACAZE quittant ses fonctions de CEMA

-          BIGEARD en rajouta un couplet avant que le Général ARNOLD commandant la 1ère DB à TREVES soit suspendu pour avoir exprimé devant 19 journalistes parisiens ses réticences sur la réorganisation de l’Armée.

-          Le général SCHMITT, CEMAT, déclara : « manquement grave à l’obligation de réserve » ce qui amena le Général De MONTAUDOIN à METZ début 1986 à poser la question :

-          « il faut savoir si un général tenu à l’obligation de réserve doit se taire lorsque la défense et ses capacités sont en jeu ».

-          Lors d’un colloque au Sénat, l’ancien CEMA, le Général MERY lança un véritable réquisitoire contre la gestion de la défense depuis 1981.

Pour ne pas être tenu par ce devoir de réserve, le Général COPEL, sous-chef d’Etat-Major opérations à l’Etat-Major de l’Armée de l’Air démissionna. Son livre « Vaincre la guerre » (1984) provoqua d’abondants commentaires au point que le ministre de la Défense reconnut qu’il apportait des éléments de réflexion.

A noter que pour exprimer les mêmes préoccupations un lieutenant, officier de tir au plateau d’Albion, Jean-Jacques CAHU, prit le parti de déserter. Défendu par les écologistes et le Général de la BOLLARDIERE, il ne réussit pas néanmoins à définir son idée de « dissuasion non armée ».

En ce qui concerne les opérations extérieures, l’opération MANTA au TCHAD de 83/84 fut l’objet d’un livre très critique d’un colonel pilote de Jaguar, le Colonel ARNAUBEC sous le pseudonyme de SPARTACUS ;

Enfin, en été 1986, le général DUBROCA, brigadier de l’armée de l’air, en 2° section, fit paraître « la France sans défense : demain un nouveau mai 40 » où il s’interrogeait notamment sur notre préparation : « il nous faut une armée de combattants et non de fonctionnaires ».

Le cœur du problème c’est bien entendu l’esprit de défense pour lequel la formation morale n’est et ne doit pas être exclusive de l’Armée quant à son enseignement.

 

                                    En guise de conclusion

 

Le vieux dilemme discipline-conscience qui débouche sur des choix déchirants et des drames ne manquera pas de continuer.

Laissons le mot de la fin au Général de GAULLE :

Dans « Le fil de l’épée » il écrivait :

« Politiques ou soldats, les meilleurs serviteurs de l’Etat sont rarement plastiques. Il faut que les maîtres aient des âmes de maîtres, et c’est un calcul bien mauvais que d’écarter de la puissance, les caractères accusés sous prétexte qu’ils sont difficiles ».

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